Ervis Martinaj : la disparition du roi des jeux albanais

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**11 août 2022. Tirana. La famille Martinaj signale la disparition d’Ervis Martinaj, 40 ans, propriétaire du King Casino et roi des jeux albanais. Il avait quitté son domicile trois jours plus tôt, le 8 août vers 18h30, pour ne jamais revenir. Selon des témoins cités par la presse, des hommes en tenues de forces spéciales l’auraient intercepté. Il ne donnera plus jamais signe de vie.**

Cette disparition n’est pas un fait divers. Elle marque l’effondrement soudain d’un empire bâti en moins d’une décennie — et l’ouverture d’un mystère que la justice albanaise n’a toujours pas résolu. Surnommé le patron des jeux, Martinaj était le visage d’une nouvelle génération de parrains : jeune, formé en Italie, propriétaire de casinos et de paris sportifs, condamné en 2021 pour mise à disposition de conditions pour meurtre et organisation illégale d’activités de jeu.

Voici ce que l’on sait de l’homme, de son empire et de sa disparition.

De Parme à Tirana : la construction d’un empire

Ervis Martinaj naît en 1982 à Burrel, dans une famille originaire du Monténégro installée à Fushë-Kuqe. Son père, Mustafa Martinaj, est un ancien directeur de banque. En 2000, le jeune Ervis part étudier l’économie à l’université de Parme grâce à une bourse. Il n’obtient jamais son diplôme, mais son passage en Italie lui laisse des contacts.

De retour en Albanie, il plonge dans l’économie grise du jeu. En 2011, il fonde le King Casino, officiellement déclaré comme société de jeux électroniques. En 2012, il lance le réseau de paris sportifs Albania Baste Live. En 2013, une troisième société, Eurovis, est enregistrée au nom de sa mère. En quelques années, Martinaj contrôle une part significative du marché albanais des jeux d’argent. La presse locale le surnomme mbreti i bixhozit — le roi des jeux. Son réseau emploie des dizaines de personnes et génère des revenus que les enquêteurs décriront comme sans commune mesure avec ses déclarations fiscales.

En février 2020, l’opération Force de la Loi lui demande de justifier la source de sa fortune en 48 heures. La même année, le gouvernement albanais ferme tous les casinos et salles de paris sportifs du pays. Le King Casino cesse définitivement son activité.

Condamnations, attentats et parcours criminel

Le roi des jeux n’est pas un simple entrepreneur. Son nom apparaît pour la première fois dans les annales criminelles en octobre 2013 : Elvis Doçi, un autre homme d’affaires du jeu, est exécuté à Tirana. La police enquête sur Martinaj pour un conflit lié aux paris sportifs. En novembre 2015, Enton Nikaj est abattu dans un parking de Tirana par Emiljano Tasho, un proche de Martinaj condamné pour ce meurtre.

En octobre 2018, Martinaj échappe lui-même à la mort. Dans le quartier du Bloc, un ancien commando, Meviol Bilo, ouvre le feu. Martinaj est blessé. Son ami Fabiol Gaxha est tué. En avril 2021, la Cour de Tirana le condamne à 3 ans et 8 mois de prison en procédure accélérée pour mise à disposition de conditions pour meurtre, dissimulation de revenus, falsification de documents d’identité et organisation illégale d’activités de jeu. Avant même de commencer à purger sa peine, il disparaît.

La disparition : trois thèses, aucune réponse officielle

Le 8 août 2022, Martinaj quitte son domicile en début de soirée. Sa famille signale sa disparition trois jours plus tard. Selon le journaliste Artan Hoxha, il aurait été intercepté par des hommes portant des uniformes de forces spéciales, circulant dans des véhicules officiels. Trois thèses circulent depuis lors dans la presse albanaise.

La première, portée par l’ancien Premier ministre Sali Berisha, affirme que Martinaj a été éliminé en raison d’un conflit dans le milieu des jeux impliquant des personnalités proches du gouvernement. La deuxième, défendue par son père Mustafa, accuse directement des dirigeants de la police d’État de couvrir l’affaire. Mustafa Martinaj affirme avoir fourni aux enquêteurs des preuves sur l’emplacement possible du corps — sans suite. En mai 2026, devant le tribunal spécial GJKKO, la famille déclare pour la première fois qu’Ervis « n’est plus en vie ». La journaliste Klodiana Lala affirme que « la famille connaît le bourreau » et que Jeton Lami, un ancien des forces opérationnelles aujourd’hui arrêté, « sait la vérité ». Le parquet spécial SPAK n’a jamais rendu public un rapport définitif.

La confiscation posthume et l’héritage d’une énigme

La disparition n’a pas arrêté la justice. En janvier 2023, le tribunal spécial ordonne la saisie préventive des biens de Martinaj et de ses proches. En janvier 2025, le parquet SPAK requiert la confiscation définitive de 35 propriétés d’une valeur totale d’environ 10 millions d’euros : 100 % des parts du King Casino, des villas à Surrel et Vlorë, des appartements à Tirana, des terrains à Saranda, Dhermi, Patok et Fushë-Kuqe, cinq véhicules de luxe. En mars 2026, le tribunal rejette la demande de la famille visant à lever la saisie. La loi albanaise ne permet pas de juger quelqu’un dont le décès n’est pas officiellement constaté.

Martinaj incarne une génération spécifique — celle des parrains post-communistes formés à l’étranger, propriétaires de façades légales, opérant dans des marchés que l’État n’avait pas encore su réguler. Comme Campolo en Calabre ou Bozhkov en Bulgarie, il a prospéré dans l’angle mort entre la légalité et le crime organisé, dans une époque où les contrôles financiers laissaient des espaces que certains savaient exploiter. Ce que ces empires ont laissé derrière eux — un imaginaire du casino comme territoire de pouvoir opaque — s’exprime aujourd’hui dans un cadre radicalement différent : celui d’une soirée casino entreprise, où la mécanique des tables reste entière, sans les arrière-cours.

FAQ

**Qui était Ervis Martinaj ?**

Né en 1982 à Burrel, Ervis Martinaj était un entrepreneur albanais du jeu, propriétaire du King Casino (fondé en 2011) et du réseau Albania Baste Live. Surnommé le roi des jeux, il a été condamné en avril 2021 à 3 ans et 8 mois de prison par la Cour de Tirana pour mise à disposition de conditions pour meurtre, dissimulation de revenus et organisation illégale d’activités de jeu. Il a disparu le 8 août 2022. Sa famille a déclaré en mai 2026 qu’il n’était plus en vie. Aucun décès n’a été officiellement constaté.

**Pourquoi sa disparition reste-t-elle non élucidée ?**

Malgré les déclarations de sa famille affirmant qu’il a été assassiné, aucun corps n’a été retrouvé. Plusieurs sources — journalistes, opposition politique, famille — évoquent une implication possible de membres des forces de l’ordre albanaises. Le parquet spécial SPAK n’a jamais rendu public de rapport définitif. La loi albanaise ne permettant pas de juger quelqu’un dont le décès n’est pas officiellement constaté, la procédure pénale est suspendue.

**Quel est l’héritage judiciaire de l’affaire Martinaj ?**

Le parquet SPAK a requis la confiscation définitive de 35 biens d’une valeur d’environ 10 millions d’euros, dont le King Casino, des villas, des appartements et cinq véhicules de luxe. En mars 2026, le tribunal spécial GJKKO a rejeté la demande de la famille visant à lever la saisie. La procédure de confiscation se poursuit en l’absence de l’accusé, dans un cadre juridique inédit pour la justice albanaise.

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