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**13 novembre 2007. Göteborg. La police suédoise déploie des centaines d’hommes simultanément dans 150 commerces — pizzerias, snacks, kiosques. Des dizaines de techniciens débranchent les câbles des serveurs. 400 machines à sous sont saisies. L’opération Las Vegas vient de porter son premier coup.**
Dans un appartement de Belgrade, Rade Kotur regarde la télévision. Il sait que son empire vacille. Depuis vingt ans, cet ancien ouvrier bosno-serbe règne sans partage sur les machines à sous illégales de Suède — des milliers d’appareils truqués dissimulés dans des commerces de banlieue, blanchissant l’argent via un réseau transnational. Une semaine plus tard, Scotland Yard l’arrête à Londres.
Voici comment un immigré arrivé à Göteborg les mains dans les poches a bâti l’un des empires criminels les plus sophistiqués de Scandinavie.
De Volvo aux bornes internet : le génie du camouflage
Né dans les années 1950 en Bosnie yougoslave, Kotur débarque en 1972 à Göteborg. Il est engagé chez Volvo, où travaillent de nombreux immigrés yougoslaves. Son sens de la mécanique et son ambition l’orientent rapidement vers les flippers et machines à sous — une industrie que le monopole public Svenska Spel tient fermement. Sa première condamnation pour manipulation de machines à sous tombe dès l’automne 1978. Trois autres suivront, en 1990, 1993 et 2002. Aucune ne l’arrête.
Son vrai génie est le camouflage. Ne pouvant concurrencer Svenska Spel frontalement, Kotur invente un subterfuge : il installe des ordinateurs dans des commerces, présentés comme des bornes internet ou des espaces multimédia. Derrière l’écran, des programmes de jeux cryptés attendent le client. La police et la loterie nationale mettent des années à casser le chiffrement. Entre-temps, le réseau génère des centaines de millions de couronnes — le marché parallèle total est estimé à 5 milliards de couronnes suédoises. L’argent transite vers des comptes en Allemagne, en Angleterre et en Serbie. Interpol classe Kotur parmi les plus gros blanchisseurs européens du secteur.
La guerre des clans : le meurtre de Ratko Đokić
Au tournant des années 2000, un rival menace son territoire : Ratko Đokić, surnommé le Parrain, opère une flotte concurrente de machines à sous. En mai 2003, à Skärholmen, dans la banlieue sud de Stockholm, deux hommes abattent Đokić devant un club de boxe. Le tribunal qualifiera le tireur, Nenad Mišović, de « tueur au service de Rade Kotur ». Mišović est condamné à la prison à vie. Milan Ševo, chef présumé de la mafia serbe en Suède et beau-fils de Đokić, prend la fuite vers la Serbie — hors de portée de l’extradition.
Le parquet suédois tente pendant des années de faire condamner Kotur pour ce meurtre. Le silence des témoins et le manque de preuves directes fragilisent l’accusation. Ce n’est qu’avec l’opération Las Vegas de 2007 que le dossier bascule — grâce à une coopération internationale entre Scotland Yard, Europol, les autorités serbes et la police suédoise.
Le procès de Göteborg et la peine définitive
En 2008, au palais de justice de Göteborg, s’ouvre ce que la presse suédoise décrit comme le premier procès mafieux du pays. Le tribunal condamne Kotur en première instance pour instigation de meurtre, tentative de meurtre, jeux illégaux et fraude fiscale. En appel, la Cour de l’Ouest l’acquitte pour le meurtre de Đokić — faute de preuves suffisantes. Il est en revanche reconnu coupable de complicité de tentative de meurtre contre un ancien chef de la sécurité passé dans le camp adverse, dont l’exécution avait été commanditée en 2002.
La peine est ramenée de 14 à 12 ans de prison ferme. Les fraudes fiscales retenues dépassent 25 millions de couronnes. Les salaires non déclarés et recettes occultes totalisent près de 70 millions de couronnes supplémentaires. Incarcéré à l’unité de haute sécurité de Kumla, Kotur est victime en 2011 d’une violente agression par un autre détenu. Des machines à sous appartenant à son ancien partenaire sont saccagées pendant son incarcération — signe que son influence persiste depuis la cellule.
L’héritage : un marché assaini, une guerre jamais terminée
Libéré en novembre 2015, Kotur rentre à Göteborg. En 2016, une fusillade éclate près de son domicile — un homme proche de son clan est grièvement blessé. Les autorités suédoises n’ont pas refermé le dossier de ses avoirs illicites. Il se présente aujourd’hui comme un homme d’affaires respectueux des lois.
L’affaire Kotur a eu un impact durable sur la régulation suédoise du jeu. L’opération Las Vegas a conduit à un renforcement des contrôles sur les commerces accueillant des terminaux informatiques, et à une révision des seuils de déclaration des flux de jeu. Elle illustre, avec les affaires Campolo en Calabre et Zemour en Belgique, comment le secteur des machines à sous a servi de vecteur de blanchiment dans des marchés insuffisamment contrôlés. Ce que ces réseaux ont bâti dans l’ombre — un imaginaire du jeu comme espace sans règles — trouve aujourd’hui son inverse dans le cadre d’une soirée casino entreprise, où la mécanique des tables et la tension des mises restent entières, dans un espace entièrement traçable.
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FAQ
**Qui est Rade Kotur ?**
Né vers 1952 en Bosnie, Rade Kotur est un immigré bosno-serbe arrivé en Suède en 1972. Surnommé Spelkungen (le Roi du Jeu), il a bâti pendant vingt ans un empire sur les machines à sous illégales dissimulées dans des commerces suédois. Condamné en 2009 à 12 ans de prison ferme pour complicité de tentative de meurtre, fraude fiscale et jeux illégaux, il a été libéré en 2015. Il vit à Göteborg.
**Comment fonctionnait le mécanisme des machines à sous illégales ?**
Kotur installait des ordinateurs dans des pizzerias, snacks et kiosques, présentés comme des bornes internet. Les programmes de jeux étaient cryptés pour contourner les contrôles de la loterie nationale et de la police. Ces appareils généraient des flux de liquidités que Kotur blanchissait via des comptes en Allemagne, en Angleterre et en Serbie. Le marché parallèle total a été estimé par les enquêteurs à 5 milliards de couronnes suédoises.
**Pourquoi Kotur a-t-il été acquitté pour le meurtre de Ratko Đokić ?**
Le tribunal de première instance l’avait condamné pour instigation du meurtre de Đokić en mai 2003. En appel, la Cour de l’Ouest de la Suède a annulé cette condamnation faute de preuves directes suffisantes — le principal exécutant, Nenad Mišović, avait été condamné à la prison à vie, mais le lien entre Kotur et le commanditaire n’a pas été établi au-delà du doute raisonnable. Il reste condamné pour complicité de tentative de meurtre dans une affaire distincte.
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