Gioacchino Campolo : le roi des vidéopokers qui a blanchi 432 millions d’euros pour la ‘Ndrangheta

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**13 janvier 2009. Reggio de Calabre. Les hommes du GICO de la Guardia di Finanza frappent avant l’aube. Gioacchino Campolo, soixante-dix ans, est extrait de son domicile et conduit au commissariat. Son épouse Renata Gatto et son fils Demetrio sont placés en résidence surveillée. L’homme qu’on appelle le « re dei videopoker » vient d’apprendre que son empire s’effondre.**

Le parquet de Reggio lui reproche d’avoir été la lavatrice des clans calabrais — celle qui transformait les euros de la drogue en jetons, puis les jetons en immeubles. Pendant quinze ans, des milliers de machines à sous truquées ont servi de lessiveuse à la ‘Ndrangheta. Le résultat : 260 appartements, des Dalí accrochés dans la salle à manger, et 432 millions d’euros saisis par la justice italienne.

Voici comment un entrepreneur calabrais ordinaire est devenu le plus grand blanchisseur d’argent de l’histoire du jeu en Italie.

L’alliance avec les clans : machines truquées et protection mafieuse

Né à Reggio en 1939, Gioacchino Campolo commence légalement, dans les années 1990, après la libéralisation du secteur des appareils à sous en Italie. L’opportunité est réelle : le marché s’ouvre, les licences sont accessibles, la demande explose. Campolo s’y installe comme exploitant. Puis la ‘Ndrangheta lui propose une rente bien plus juteuse.

Le mécanisme est simple dans son principe, redoutable dans son exécution. Campolo modifie les logiciels de ses vidéopokers pour inverser les probabilités — réduire les gains des joueurs, augmenter le flux de liquidités vers les caisses. L’argent liquide des trafiquants de drogue entre dans les machines, ressort en gains déclarés, puis transite vers des comptes bancaires apparemment propres. Les jetons deviennent des immeubles. Les immeubles deviennent du patrimoine.

Son génie n’est pas seulement technique — il est commercial. Pour s’imposer sur le marché de Reggio, Campolo conclut des alliances avec les familles les plus puissantes : les De Stefano, les Zindato, les Audino, les Libri. Contre un pourcentage reversé en liquide, les clans assurent sa protection et imposent ses appareils aux commerçants récalcitrants par la menace et parfois la violence. En quelques années, Campolo contrôle une part massive du marché calabrais des machines à sous. Personne ne refuse ses appareils. Personne ne pose de questions.

L’homme aux 260 appartements et au Dalí accroché dans sa cuisine

Lors de l’opération « Les Diables » en 2010, les enquêteurs du parquet antimafia ouvrent les portes de ses résidences. Ce qu’ils découvrent dépasse leurs projections initiales : 260 unités immobilières — appartements, boutiques, hôtels particuliers — disséminées à Reggio, Rome, Milan, Taormina, et jusqu’à Paris, rue Saint-Honoré. Quatre entreprises, des dizaines de voitures de luxe, des comptes nourris par des milliards de lires puis d’euros non déclarés.

La collection d’art est le détail qui frappe. Dans ses résidences, les carabiniers du Noyau de protection du patrimoine culturel trouvent des toiles de De Chirico, Fontana, Guttuso, Carrà, Sironi. Un Dalí appuyé au mur de la salle à manger, que Campolo regardait en prenant ses repas. Une huile de Ligabue, Lionne avec serpent, accrochée dans son bureau. Des Modigliani sur la table basse.

Puis vient l’ironie. Des enquêtes ultérieures révèlent que plusieurs toiles — des Dalí, des Guttuso, des Picasso — sont des faux habilement produits. Celui qui truquait les machines à sous pour voler ses clients s’était lui-même fait voler par des marchands d’art. En 2012, la justice saisit 330 millions d’euros de biens. En ajoutant les œuvres, le total atteint 432 millions — la saisie la plus importante jamais réalisée sur un seul individu à l’époque en Italie.

L’héritage : 432 millions, une collection exposée et une succession criminelle

En 2013, la Cour de cassation confirme la condamnation de Campolo à 16 ans de prison pour extorsion aggravée par la méthode mafieuse et recel. Le dossier est clos. Mais le marché, lui, ne l’est pas.

Les magistrats parlent d’un vide commercial. Ce vide est immédiatement comblé. L’opération Las Vegas, conduite en 2020, révèle que la famille Sapone — Antonio, Maria Ripepi et leur fils Vincenzo — a passé un accord secret avec Campolo avant sa condamnation définitive : si Campolo était acquitté, ils se retireraient ; s’il était condamné, ils prendraient le relais, moyennant une quote-part reversée à ses anciens employés. Mêmes méthodes, mêmes circuits, même protection de clan. En 2025, la Guardia di Finanza procède à de nouvelles confiscations dans la région de Reggio pour 21 millions d’euros liés à d’autres infiltrateurs du marché des machines à sous. La roue tourne.

La collection Campolo, elle, a connu un autre destin. Les œuvres authentiques — celles qui ne sont pas des faux — sont aujourd’hui exposées au Palazzo Crupi de Reggio de Calabre, ouvert au public. L’argent de la ‘Ndrangheta, converti en art, reconverti en patrimoine public. C’est peut-être la seule forme de justice que cette histoire ait produite.

Ce que l’affaire Campolo illustre — le casino et les machines à sous comme instruments de blanchiment autant que de jeu — a laissé une empreinte durable dans les régulations européennes du secteur. Aujourd’hui, les contrôles sur les flux financiers des établissements de jeu sont sans commune mesure avec ce qu’ils étaient dans les années 1990. Et cet univers s’exprime aussi dans un cadre entièrement différent : celui d’une soirée casino entreprise, où la mécanique des tables et la tension des mises restent entières, sans les arrière-cours qui les ont longtemps accompagnées.

FAQ

**Qui était Gioacchino Campolo ?**

Gioacchino Campolo (1939-2021) était un entrepreneur de Reggio de Calabre, condamné en 2013 par la Cour de cassation à 16 ans de prison pour extorsion aggravée par la méthode mafieuse et recel. Surnommé le roi des vidéopokers, il avait blanchi l’argent des clans De Stefano, Zindato et Audino en truquant des milliers d’appareils à sous, réinvestissant les liquidités dans un patrimoine immobilier colossal en Italie et à Paris.

**Comment Campolo truquait-il ses machines à sous ?**

Campolo modifiait les logiciels de ses vidéopokers pour inverser les probabilités de gain — réduisant artificiellement les gains des joueurs tout en augmentant le flux de liquidités. L’argent liquide des trafiquants de drogue entrait dans les machines, ressortait en gains déclarés, puis transitait vers des comptes bancaires apparemment légitimes. La protection des clans garantissait l’imposition de ses appareils aux commerçants et l’absence d’enquêtes locales.

**Qu’est-il advenu du patrimoine saisi ?**

En 2012, 330 millions d’euros de biens ont été saisis. En ajoutant les œuvres d’art — dont plusieurs se sont révélées être des faux — le total a atteint 432 millions d’euros, la plus grande saisie sur un seul individu en Italie à l’époque. Les œuvres authentiques sont aujourd’hui exposées au Palazzo Crupi de Reggio de Calabre, ouvert au public. L’affaire a également inspiré des mesures renforcées de contrôle des flux financiers dans le secteur européen des jeux d’argent.

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