Sammy the Bull Gravano : la trahison, le repentir et la NBA

Portrait de Salvatore « Sammy the Bull » Gravano

⏱ Temps de lecture : 11 min

23 octobre 2025. Phoenix, Arizona. Salvatore « Sammy the Bull » Gravano, 80 ans, est assis devant son ordinateur. Sur l’écran, un journaliste de Cronkite News l’interroge en visio. La nouvelle vient de tomber : Chauncey Billups, entraîneur des Portland Trail Blazers et membre du Hall of Fame, vient d’être arrêté. Terry Rozier, meneur des Miami Heat, également. Tous deux sont accusés d’avoir participé à des réseaux de paris illégaux parrainés par plusieurs familles new-yorkaises. Gravano écoute, sourit à peine, puis répond : « I’m not shocked at all. Sports have been rigged for years and years and years ».

L’homme qui fut le sous-boss de la plus puissante famille criminelle américaine, celui qui a confessé dix-neuf meurtres pour sauver sa peau, n’a plus rien à perdre. Il ne craint pas les représailles. Il vit dans la banlieue de Phoenix, entouré de sa famille, loin des balles et des trahisons. Quand on l’interroge sur les nouveaux parrains du jeu, son regard s’allume. Lui qui a passé sa vie à compter les liasses et à organiser les extorsions voit dans le scandale NBA un retour aux sources. Et une ironie : l’État a légalisé les paris sportifs, mais les méthodes n’ont pas changé.

Du code du silence à la rupture absolue

Gravano n’a pas toujours été un vieux monsieur tranquille. Né à Brooklyn en 1945, il gravit les échelons de la famille Gambino jusqu’à devenir le numéro deux de John Gotti. Il participe à l’assassinat de Paul Castellano en 1985, puis accumule les meurtres — dix-neuf, selon ses propres aveux. En 1991, alors que Gotti le soupçonne de vouloir le trahir, Gravano prend les devants. Il rencontre en secret un procureur fédéral et lui annonce : « I want to jump from our government to your government ». La raison ? « If we beat the case, John will try to kill me when we hit the street ». Il parle. Il livre tout : les cadavres, les rackets, le blanchiment. Son témoignage envoie Gotti en prison à vie.

Ce faisant, Gravano brise l’omerta — un geste impensable pour un mafieux de son rang. La mafia le condamne à mort. Mais lui est passé de l’autre côté. Il purge cinq ans de prison, puis reçoit une nouvelle identité. Il s’installe en Arizona, sous un faux nom. Il tente de mener une vie normale. Très vite, il replonge : trafic d’ecstasy, arrestation, nouvelle condamnation. Libéré en 2017, il se lance dans les podcasts. Il raconte ses souvenirs, donne son avis sur l’actualité. Les gens l’écoutent. Parce qu’il a vu de l’intérieur ce que les autres ne font que soupçonner.

« La mafia reprend ses anciennes méthodes »

Le scandale NBA éclate en octobre 2025. Le FBI arrête 34 personnes, dont des joueurs, des entraîneurs et des membres des familles Gambino, Bonanno, Genovese et Lucchese. Les accusations sont variées : parties de poker clandestines truquées, paris sportifs basés sur des informations confidentielles, menaces physiques contre les mauvais payeurs. Selon les actes d’accusation, les victimes ont été escroquées d’au moins 7 millions de dollars entre 2019 et 2025. L’un des parieurs a perdu à lui seul 1,8 million de dollars.

Gravano n’est pas étonné. Il explique au Daily Mail que l’escroquerie repose sur un mécanisme immuable : les perdants solvables ne sont pas inquiétés ; les perdants insolvables subissent la pression. « They go after them, they threaten them. They may even hit them, give them a beating, or something like that ». Il ajoute que le danger pourrait être plus grave que ce que les médias imaginent. « There might be another indictment coming down with people that we haven’t even heard of yet ».

Quant à Billups et Rozier, Gravano ne les ménage pas. Il qualifie leur comportement de cupidité pure : « It’s greed, it has nothing to do with threatening him or fear ». Selon lui, les joueurs sont attirés par le prestige : « The enjoyment of rubbing elbows with mob guys, good-looking women, the whole nine yards ».

L’ironie de la légalisation

Gravano ne se contente pas de commenter l’affaire. Il livre une analyse plus large. Pour lui, la décision de l’État de légaliser les paris sportifs est une hypocrisie. « Am I shocked that they came in and took over gambling? No », déclare-t-il à Cronkite News. « With the mob, they were getting zero. Now, all of a sudden, they make it legitimate, and they’re making millions of dollars in tax money ».

Autrefois, la mafia prélevait sa part dans l’ombre ; aujourd’hui, l’État encaisse l’argent des paris et punit ceux qui tentent de tricher. Mais la tricherie existe toujours. Gravano en veut pour preuve l’affaire Jontay Porter, l’ex-joueur des Raptors banni à vie en 2024 pour avoir truqué ses performances. La seule différence : les parrains d’aujourd’hui portent des costumes gris, siègent dans des bureaux à Wall Street et ne risquent pas la balle dans la nuque s’ils échouent.

L’ancien tueur voit dans cette affaire le signe que la mafia ne s’est pas éteinte. Elle s’est adaptée. Les méthodes classiques — intimidation, pression, utilisation de figures d’attraction pour appâter les parieurs — reviennent au goût du jour. La légalisation des paris a simplement permis à l’État de se réapproprier une part des bénéfices que la mafia encaissait seule depuis des décennies.

Cette mécanique du risque maîtrisé — celui que l’on contrôle sans jamais se salir les mains — se retrouve aujourd’hui dans un contexte radicalement différent. Là où les anciens parrains comptaient sur la menace et la loyauté forcée, les organisateurs modernes misent sur la transparence. Une tables de jeu et croupiers pour événement d’entreprise ne repose ni sur des enveloppes de liquide, ni sur des joueurs contraints : seulement des tapis verts, des jetons sans valeur réelle, et l’assurance que personne ne viendra réclamer son dû le lendemain matin.

FAQ

1. Qui est Sammy « the Bull » Gravano ?

Sammy Gravano (né en 1945) est un ancien mafieux italo-américain, sous-boss de la famille Gambino à New York. Il est connu pour avoir témoigné contre John Gotti en 1991, avouant dix-neuf meurtres. Libéré en 2017 après une seconde condamnation pour trafic de drogue, il anime des podcasts et commente l’actualité criminelle depuis l’Arizona.

2. Qu’a dit Gravano sur le scandale des paris NBA ?

Il a déclaré n’être « pas du tout choqué », estimant que le sport est truqué depuis toujours. Il a expliqué que l’escroquerie repose sur l’intimidation des mauvais payeurs et que la cupidité des joueurs est le principal moteur de l’affaire. Il a critiqué la légalisation des paris par l’État, qu’il juge hypocrite.

3. Quel est le lien entre la mafia et le scandale des paris NBA 2025 ?

Les actes d’accusation du FBI mentionnent quatre familles mafieuses new-yorkaises : Gambino, Bonanno, Genovese et Lucchese. Leurs membres auraient organisé des parties de poker truquées, utilisé des joueurs comme figures d’attraction et escroqué des parieurs à hauteur d’au moins 7 millions de dollars entre 2019 et 2025.


Questions fréquentes

Pourquoi Sammy Gravano a-t-il trahi John Gotti alors qu'il était son bras droit ?

Gravano a compris que Gotti le soupçonnait de trahison et qu'il le ferait assassiner s'ils échappaient au procès. Pour sauver sa peau, il a pris les devants en 1991 : il est allé voir le procureur fédéral et a tout confessé. Son témoignage a envoyé Gotti en prison à vie.

Comment la mafia continue-t-elle à truquer les paris sportifs malgré leur légalisation ?

Selon Gravano, les méthodes n'ont pas changé : parties de poker truquées, informations privilégiées sur les matchs, et surtout pression physique sur les mauvais payeurs. Le scandale NBA de 2025 a révélé que quatre grandes familles new-yorkaises avaient escroqué au moins 7 millions de dollars entre 2019 et 2025.

Pourquoi des stars NBA millionnaires prendraient-elles le risque de tricher aux paris ?

Pour Gravano, ce n'est pas une question d'argent mais de prestige et de fascination. Ces joueurs recherchent le frisson de côtoyer des mafieux, des femmes séduisantes et l'univers interdit du jeu clandestin. C'est de la cupidité pure, pas de la contrainte.

Sammy Gravano vit-il encore dans la peur après avoir brisé l'omerta ?

Non, à 80 ans, il vit tranquillement dans la banlieue de Phoenix, entouré de sa famille. Libéré en 2017 après une seconde condamnation, il anime désormais des podcasts où il raconte sans filtre ses souvenirs mafieux. Il n'a plus rien à perdre.


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