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17 mars 1987. Houston, Texas. À 19h25, Santo Trafficante Jr. s’éteint au Texas Heart Institute, où il s’était rendu pour une opération de pontage cardiaque. À 72 ans, l’un des derniers grands parrains de l’époque des dons vient de quitter la scène, emportant avec lui une partie des secrets du XXe siècle américain — les liens entre la pègre, la Maison-Blanche et les services secrets.
Contrairement aux règlements de comptes sanglants qui ont marqué la fin de beaucoup de ses contemporains, le boss de Tampa meurt paisiblement dans son lit. Mais le mystère ne disparaît pas avec lui. Sa vie reste hantée par deux ombres : sa collaboration avec la CIA pour éliminer Fidel Castro, et les théories persistantes qui l’associent à l’assassinat de John F. Kennedy.
Voici l’histoire d’un homme qui n’a jamais passé une journée en prison — et qui en savait peut-être trop pour finir autrement.
Des trottoirs de Ybor City aux palaces de La Havane
Santo Trafficante Jr. naît à Tampa en 1914 dans une famille sicilienne. Son père, Santo Sr., a construit un empire en Floride dans le sillage des grands parrains new-yorkais — Lucky Luciano, Frank Costello, Meyer Lansky. À la fin des années 1940, il envoie son fils à Cuba pour prendre part à l’explosion des casinos sous le régime de Fulgencio Batista. En 1954, à la mort du père, le fils hérite de l’empire floridien et reprend les opérations cubaines.
La Havane sous Batista est un paradis pour les tripots et les jeux d’argent. Trafficante y gère d’abord le Sans Souci, puis acquiert une constellation d’établissements : l’Habana Riviera, le Tropicana Club, le Sevilla Biltmore, le Capri, le Commodoro, le Deauville. Sa société contrôle directement le casino du Deauville — 14 étages, piscine sur le toit, deux salles de jeu, construit pour 2,3 millions de dollars en 1957. À son apogée, Trafficante est le deuxième plus gros investisseur américain à Cuba après Meyer Lansky. Personne ne parle. Le don est réputé pour son secret et sa loyauté aux codes de la Cosa Nostra.
1959 : la révolution cubaine et le pacte avec la CIA
Le 1er janvier 1959, Castro entre dans La Havane. Batista fuit. En quelques semaines, le nouveau régime nationalise les propriétés étrangères et ferme tous les casinos. Trafficante est expulsé comme étranger indésirable, brièvement emprisonné. Son empire cubain disparaît du jour au lendemain.
Il comprend immédiatement que sa survie passe par l’élimination de Castro. Son prestige et ses réseaux font de lui l’un des rares acteurs capables d’intervenir sur l’île. En août 1960, le colonel Sheffield Edwards, chef de la sécurité de la CIA, élabore un plan d’assassinat du Líder Máximo. Il recrute un intermédiaire, Robert Maheu, qui contacte le mafieux Johnny Roselli. Roselli présente deux hommes qu’il appelle Sam Gold et Joe — Sam Giancana et Santo Trafficante Jr. Le pacte est scellé.
Pendant plusieurs mois, CIA et pègre testent différents moyens — poison, tireurs embusqués — sans jamais aboutir. Plus tard, Trafficante témoignera devant la Commission des Assassinats de la Chambre des représentants, assurant avoir cru servir le gouvernement américain. Cette période de La Havane — l’âge d’or criminel des casinos cubains — est documentée séparément dans l’histoire de l’ère Batista sur ce site. Le mécanisme du blanchiment via les tables de jeu que pratiquaient Trafficante et Lansky à Cuba préfigure exactement ce que les casinos du New Jersey abriteront vingt ans plus tard lors d’une casino événementiel pour entreprises franciliennes — la même mécanique, dans un cadre radicalement différent.
L’ombre de Dealey Plaza et le crépuscule d’un don silencieux
Le pire soupçon qui a poursuivi Trafficante jusqu’à sa tombe concerne l’assassinat du président Kennedy. La thèse repose sur un mobile : en 1963, Trafficante est furieux contre Robert Kennedy, procureur général, qui mène une guerre sans merci contre le crime organisé. Il aurait déclaré dans une conversation privée avec un exilé cubain que le président serait touché. Le House Select Committee on Assassinations, en 1978-1979, n’a pas formellement retenu cette accusation mais a conclu à une probable conspiration sans identifier les responsables.
Trafficante, cité à comparaître en 1978, nie avec véhémence toute implication. Des décennies après sa mort, certains journalistes et anciens procureurs affirment qu’il a avoué à son avocat de longue date avoir participé au meurtre. D’autres décrivent ces confidences comme irrecevables juridiquement. Aucune preuve matérielle n’a jamais été rendue publique. Les archives gouvernementales sur ce point restent partiellement classifiées.
Malgré la suspicion, Trafficante n’a jamais purgé une seule journée de prison pour ses crimes principaux — racket, corruption, blanchiment. Arrêté au sommet d’Apalachin en 1957, les charges sont abandonnées. Dans les années 1980, l’infiltration du FBI via l’agent Joseph Pistone (Donnie Brasco) aurait pu l’envoyer derrière les barreaux — les charges sont finalement rejetées. Il meurt en 1987 à Houston, entouré des siens.
Après sa mort, la famille Trafficante se disloque. Aucun successeur n’émerge. Les casinos qu’il possédait à Cuba sont soit détruits, soit transformés en hôtels d’État gérés par le régime castriste — un retour ironique de l’histoire. Sur la Promenade des Amériques à Tampa, son nom est encore murmuré. Dans les archives du gouvernement américain, les pages concernant son rôle exact dans les complots contre Castro ou Kennedy restent obstinément noircies.
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FAQ
Qui était Santo Trafficante Jr. ?
Né à Tampa en 1914, Santo Trafficante Jr. dirigeait le crime organisé en Floride et dominait les casinos de La Havane sous Batista. Deuxième investisseur américain à Cuba après Meyer Lansky, il a géré une constellation d’établissements dont le Tropicana, le Capri et le Deauville. Expulsé de Cuba après la révolution de 1959, il a participé aux projets d’assassinat de Castro commandités par la CIA. Il est mort en 1987 sans avoir jamais été condamné pour ses crimes principaux.
Pourquoi son nom est-il associé à l’assassinat de Kennedy ?
Les enquêteurs pointent son ressentiment envers le gouvernement Kennedy, qui menait une guerre sans merci contre la pègre via le procureur général Robert Kennedy. Trafficante aurait déclaré dans une conversation privée que le président serait touché. Le House Select Committee on Assassinations (1979) a conclu à une probable conspiration sans identifier formellement les responsables. Trafficante a nié toute implication. Aucune preuve matérielle n’a été rendue publique à ce jour.
Qu’est-il advenu de son empire après sa mort ?
Après 1987, la famille Trafficante s’est disloquée sans successeur unique. Les activités criminelles ont été progressivement reprises par d’autres groupes. Les casinos cubains qu’il possédait sous Batista sont aujourd’hui soit détruits, soit transformés en hôtels d’État gérés par le régime castriste. Les archives gouvernementales américaines sur son rôle dans les complots CIA/Castro restent partiellement classifiées.
Questions fréquentes
Pourquoi Trafficante n'a-t-il jamais passé un seul jour en prison malgré sa carrière criminelle ?
Santo Trafficante Jr. était réputé pour son silence absolu et sa loyauté aux codes de la Cosa Nostra. Cette discrétion légendaire, combinée à ses liens avec la CIA dans les années 1960, lui a probablement assuré une protection qui explique qu'il soit mort paisiblement dans son lit à 72 ans, contrairement à la plupart de ses contemporains.
Combien de casinos Trafficante contrôlait-il vraiment à La Havane avant Castro ?
À son apogée sous Batista, Trafficante gérait une constellation d'établissements : le Sans Souci, l'Habana Riviera, le Tropicana, le Sevilla Biltmore, le Capri, le Commodoro et le Deauville qu'il possédait directement. Il était le deuxième plus gros investisseur américain à Cuba, juste derrière Meyer Lansky.
Comment un parrain de la mafia s'est-il retrouvé à travailler pour la CIA ?
Après que Castro ait nationalisé ses casinos en 1959, Trafficante avait un intérêt personnel à éliminer le dirigeant cubain. La CIA, via l'intermédiaire Robert Maheu, a recruté Johnny Roselli qui présenta Sam Giancana et Trafficante comme 'Sam Gold et Joe' — un pacte secret entre services secrets et pègre pour assassiner Fidel Castro.
Qu'est-il arrivé à l'empire de 2,3 millions de dollars de Trafficante du jour au lendemain ?
Le 1er janvier 1959, tout s'effondre : Castro entre dans La Havane, Batista fuit, et le nouveau régime ferme tous les casinos en quelques semaines. Trafficante est brièvement emprisonné puis expulsé comme étranger indésirable, perdant instantanément son empire cubain bâti pendant une décennie.
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