Craps : le jeu de dés que Bernard de Marigny a démocratisé

Carte à jouer, une dame, à demi brûlée

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Le craps doit son nom à une querelle linguistique, ses règles à un aristocrate ruiné, et sa popularité aux dockers du Mississippi. Retour sur l’histoire mouvementée d’un jeu de dés vieux de plus de deux siècles.

Hazard, l’ancêtre anglais aux origines floues

Le craps descend d’un jeu de dés anglais appelé Hazard, dont les origines exactes restent débattues — certains historiens font remonter ses traces jusqu’aux croisades médiévales, d’autres se contentent de noter sa présence dans les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer, au 14e siècle. Une chose est sûre : le jeu prospère dans les tavernes britanniques dès le 17e siècle.

Dans la version originelle, le lanceur de dés choisit lui-même son « point principal », un nombre compris entre 5 et 9. Cette liberté rend le jeu complexe à suivre pour les non-initiés — un défaut que l’histoire va corriger de l’autre côté de l’Atlantique.

Bernard de Marigny, l’aristocrate qui a simplifié le jeu

Vers 1805, Bernard Xavier Philippe de Marigny de Mandeville, jeune héritier d’une grande famille créole de Louisiane, introduit le jeu de Hazard à la Nouvelle-Orléans. Marigny aurait découvert le jeu lors de séjours en Angleterre ; de retour en Louisiane, il simplifie radicalement les règles en fixant le sept comme nombre de référence — le choix mathématiquement le plus probable sur un lancer de deux dés.

Cette simplification démocratise le jeu, qui se répand parmi les ouvriers, les marins et les dockers le long du Mississippi. Marigny, lui, finira par perdre l’essentiel de sa fortune au jeu et mourra dans la pauvreté en 1868 — une rue de son ancien quartier de la Nouvelle-Orléans porte encore aujourd’hui le nom de Craps Street.

D’où vient le mot « craps » ?

L’étymologie du mot fait toujours débat. La théorie la plus répandue veut que « craps » dérive de « crabs », terme familier désignant les jets de 2 et 3 dans le jeu de Hazard anglais, eux-mêmes surnommés « crabes ». Une autre piste, plus française, évoque le mot « crapaud », utilisé pour décrire la position accroupie des joueurs qui lançaient les dés à même le sol dans les rues de la Nouvelle-Orléans.

De la rue au tapis vert

Le craps de rue souffre longtemps d’un défaut majeur : les dés, lancés à même le sol, sont faciles à truquer. La solution arrive vers 1905 grâce à John H. Winn, fabricant de dés de Philadelphie, qui invente le tapis de jeu moderne — celui qui permet à tous les joueurs autour de la table de miser, et pas seulement au lanceur. C’est cette innovation qui transforme le craps de rue en jeu de table à part entière.

La Seconde Guerre mondiale achève de populariser le jeu : les soldats américains y jouent dans leurs dortoirs, dés lancés sur une couverture pliée. De retour à la vie civile dans les années 1950, ils retrouvent le craps sur les tables de Las Vegas, où il devient l’un des jeux signature du Nevada et des Caraïbes avant de s’exporter, dans les années 1960, vers l’Europe, Macao et l’Australie.

Aujourd’hui, le craps reste l’un des jeux les plus spectaculaires à observer en société, porté par les cris et les encouragements collectifs autour de la table — une dynamique de groupe que l’on retrouve sur n’importe quelle animation casino clé en main pour séminaire, où la table entière vit ou perd au rythme d’un seul lanceur.

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Questions fréquentes

Pourquoi appelle-t-on le 7 le « natural » au craps ?

Parce que c'est le total qui peut sortir du plus grand nombre de façons différentes sur deux dés — six combinaisons possibles (1-6, 2-5, 3-4 et leurs inverses), contre une seule pour le 2 ou le 12. Bernard de Marigny l'avait choisi comme référence précisément pour cette raison statistique.

Le craps et le jeu de Hazard, c'est la même chose ?

Non, le craps est une version simplifiée du Hazard anglais. Dans le Hazard d'origine, le lanceur choisit librement son point entre 5 et 9 ; Bernard de Marigny a fixé ce point au 7, rendant le jeu beaucoup plus facile à suivre pour les nouveaux joueurs.

D'où vient l'expression « Craps Street » à la Nouvelle-Orléans ?

C'est le surnom donné à une rue du quartier que Bernard de Marigny a lui-même fait construire sur son ancienne plantation, en référence au jeu qui l'a rendu célèbre — et qui a aussi contribué à le ruiner.


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