Le Faro : Le Véritable Roi des Saloons qui a Dominé l’Ouest Américain avant le Poker

Le Tricheur à l'as de carreau, peinture de Georges de La Tour (XVIIe siècle)

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Dans l’Amérique du XIXᵉ siècle, le jeu dominant n’était pas le poker. C’était le Faro — surnommé « le jeu qui avait conquis l’Ouest. » Originaire de France, simple, rapide, et relativement favorable aux joueurs.

Le faro se jouait sur un tableau ovale représentant les 13 cartes d’une famille. Les joueurs misaient sur ces motifs, puis un « banquier » tirait deux cartes : la première faisait perdre les mises correspondantes, la seconde les faisait gagner. L’unique avantage de la maison survenait quand deux cartes identiques étaient tirées consécutivement — le « soda » — soit un avantage d’environ 2,7 %. Pour le reste, le jeu était d’une équité rare pour l’époque.

Les règles : aucun bluff, aucune stratégie

Le matériel : un jeu de 52 cartes et un tableau ovale divisé en 13 sections. Les joueurs placent leurs mises sur les cartes qu’ils pensaient gagner. Le banquier tire depuis une boîte spéciale appelée « shoe » — la première carte annule les mises, la suivante les paie à 1:1. Pas de bluff, pas de combinaisons, pas de psychologie. C’est précisément ce qui en faisait un jeu accessible à tous — cow-boys, marchands, aventuriers — dans les saloons poussiéreux du Far West.

La contrepartie de cette simplicité : les tricheurs étaient nombreux. Cartes marquées, tables truquées, banquiers malhonnêtes. La réputation du faro s’est progressivement ternie sous le poids de ces abus.

Les bateaux du Mississippi et l’âge d’or

Le faro arrive en Amérique via les colons français au XVIIIᵉ siècle, mais c’est dans les années 1820-1830 qu’il explose. Les « palais flottants » du Mississippi — bateaux à vapeur reliant La Nouvelle-Orléans à Saint-Louis — en sont le théâtre principal. Tables illuminées par des lampes à huile, foules en délire, clientèle mêlant marchands, hors-la-loi et joueurs professionnels. Le faro est l’attraction centrale.

1835 : les joueurs professionnels adoptent le poker

La transition s’accélère vers 1835. Les joueurs professionnels, chassés de La Nouvelle-Orléans après les inondations, se retrouvent confinés sur les bateaux et adoptent un jeu de 52 cartes permettant d’accueillir jusqu’à dix joueurs simultanément : le poker. Là où le faro ne proposait que le hasard pur, le poker offre des combinaisons, une dimension psychologique, la possibilité de bluffer. Les professionnels y voient un avantage décisif.

Le faro, trop dépendant du hasard et trop exposé à la triche pour garder la confiance des joueurs expérimentés, cède progressivement sa place. Il disparaît presque entièrement des saloons américains avant la fin du XIXᵉ siècle — remplacé définitivement par le poker, qui n’a plus cessé de dominer depuis.

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Questions fréquentes

Pourquoi le faro était-il surnommé « le jeu qui avait conquis l'Ouest » ?

Parce qu'il dominait tous les saloons du Far West au XIXᵉ siècle, bien avant le poker. Simple, rapide et relativement équitable avec seulement 2,7% d'avantage maison, il était accessible aux cow-boys comme aux marchands dans l'Amérique des pionniers.

Qu'est-ce qui a vraiment tué le faro : le poker ou les tricheurs ?

Les deux ont scellé son destin. La triche généralisée (cartes marquées, tables truquées) a d'abord érodé sa réputation, puis le poker a offert aux joueurs professionnels ce que le faro ne pouvait donner : la stratégie, le bluff et une vraie dimension psychologique.

Pourquoi les bateaux du Mississippi ont-ils été le temple du faro ?

Dans les années 1820-1830, ces « palais flottants » reliaient La Nouvelle-Orléans à Saint-Louis et concentraient marchands, aventuriers et hors-la-loi. Avec leurs tables illuminées et leur clientèle explosive, ils ont transformé le faro en attraction spectaculaire et incontournable.

Comment un jeu sans stratégie a-t-il pu dominer l'Amérique pendant des décennies ?

Justement parce qu'il n'exigeait aucune compétence : pas de bluff, pas de combinaisons complexes, juste miser et attendre le tirage. Cette accessibilité totale en a fait le jeu démocratique par excellence dans un Ouest où tout le monde voulait tenter sa chance.

Le Faro en pratique

▸ Comment se jouait le Faro ?

Le Faro se joue avec un jeu de 52 cartes. Un tableau représentant les 13 valeurs de pique est posé sur la table. Les joueurs misent sur la valeur de leur choix. Le banquier retourne deux cartes successivement : la première fait perdre les mises posées sur cette valeur, la seconde fait gagner. Le jeu continue jusqu’à épuisement du sabot. La simplicité des règles et la faible marge de la banque (inférieure à 2 %) expliquaient sa popularité extrême au XIXe siècle.

▸ Pourquoi le Faro a-t-il disparu ?

Trois raisons expliquent sa disparition progressive après 1900. D’abord, la facilité à tricher pour les banquiers peu scrupuleux — le sabot truqué permettait de contrôler l’ordre des cartes. Ensuite, la montée en puissance du poker, plus stratégique et plus social. Enfin, la prohibition et la répression des jeux clandestins aux États-Unis ont éliminé les saloons où le Faro régnait. La roulette et le blackjack ont occupé le vide laissé dans les casinos légalisés.

▸ Peut-on encore jouer au Faro aujourd’hui ?

Le Faro a quasiment disparu des casinos modernes. Quelques établissements historiques de Las Vegas l’ont proposé ponctuellement à titre de curiosité. On le trouve encore dans certains clubs de reconstitution historique américains et lors d’événements sur le thème du Far West. En France, il n’est pratiquement plus joué que dans le cadre d’animations événementielles à thème — soirées western, animations casino factice — où sa simplicité en fait un jeu d’initiation idéal.

📅 Repères chronologiques
1820
Le Faro est le jeu de cartes le plus populaire d’Amérique — détrône les dés.
1870
Doc Holliday, Wyatt Earp et les figures du Far West jouent au Faro.
1890
Le Faro commence à décliner face au poker, considéré plus honnête.
1920
Le Faro disparaît quasi complètement des États-Unis.

📅 Repères chronologiques

1688
Le Faro (ou Pharaon) est mentionné en France sous le règne de Louis XIV
1720
Le jeu se répand massivement en Angleterre et dans les cercles aristocratiques européens
1750
Le Faro devient le jeu de cartes le plus populaire dans les colonies américaines
1825
Le Faro domine les saloons et maisons de jeu de la frontière américaine (Wild West)
1900
Le déclin du Faro s’amorce au profit du poker, qui le supplante définitivement

« Faro is the most popular gambling game in America. Every city has its faro banks. »

— John Philip Quinn, Extrait de Fools of Fortune (1890), ouvrage documentant les jeux d’argent en Amérique

Tableau de Faro, vers 1895
🖻 Tableau de Faro, vers 1895
Un tableau de jeu de Faro typique avec ses mises et son tapis numéroté, tel qu’utilisé dans les saloons américains — Source : Wikimedia Commons — Domaine public
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