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La Nouvelle-Orléans, avant 1727. Les colons français ont construit des cabarets et des salles de billard. Ils n’ont pas encore construit d’église.
Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville naît à Montréal le 23 février 1680, huitième fils du pionnier canadien Charles Le Moyne. Il entre dans la marine française à 12 ans, est blessé au combat dans la baie d’Hudson en 1697. Quand les frères Le Moyne explorent l’embouchure du Mississippi en 1699, il parle déjà le mobilitien — jargon basé sur les langues choctaw et chickasaw qui sert de lingua franca dans toute la basse vallée. Cette compétence, rare parmi les colonisateurs européens, fera de lui l’homme indispensable de la Louisiane française.
La fondation
En 1718, Bienville repère un « croissant le long de la rivière » Mississippi et commence un établissement. Il nomme l’endroit La Nouvelle-Orléans. Le site est choisi avec précision : terrain relativement élevé sur un virage prononcé du fleuve, adjacent au portage entre le Mississippi et le lac Pontchartrain, donnant accès au golfe du Mexique sans descendre la rivière sur 100 miles.
Pour nouer des alliances avec les nations indigènes, il s’immerge dans leurs codes culturels au point de se faire tatouer un serpent enroulé autour de tout son corps — geste extraordinaire pour un noble français du XVIIIᵉ siècle. Il restera célibataire toute sa vie, consacrant son existence à la diplomatie interculturelle.
Une ville qui résiste à la moralisation
Dès ses premières années, La Nouvelle-Orléans développe une culture qui tolère ce que les autres colonies condamnent. Les tentatives de régulation échouent les unes après les autres : interdiction de jouer pendant les offices religieux, limitation des mises, interdiction complète du jeu. Rien ne fonctionne. Les habitants — mélange de Français, de Créoles, d’Africains libres et réduits en esclavage, de Native Americans et d’aventuriers de toutes nationalités — résistent à chaque tentative de moralisation.
En 1753, le gouverneur Kerlérec prend acte : puisqu’il est impossible d’éliminer le jeu, autant que la colonie en tire profit. Il ouvre un casino géré par le gouvernement — première tentative en Amérique du Nord d’utiliser les revenus du jeu comme source de financement public.
La Nouvelle-Orléans, capitale du jeu américain
En 1803, quand la Louisiane devient territoire américain, La Nouvelle-Orléans a plus de lieux de jeu que New York, Philadelphie, Boston et Baltimore réunis. C’est ici que naît le poker américain — adaptation du « Poque » français joué par les colons au début des années 1800. C’est ici que le craps et le keno prospèrent en premier sur les rives américaines.
Les journaux du début du XIXᵉ siècle documentent des combats de coqs où « de gros paris étaient placés sur les concurrents, qui étaient ranimés pendant la mêlée en leur soufflant de l’ail et du whisky dans le bec ». On pouvait aussi parier sur des combats d’alligators, d’ours et de taureaux.
1743
Bienville quitte définitivement la Louisiane le 17 août 1743, âgé, malade, épuisé. Il meurt à Paris le 7 mars 1767, angoissé par la cession de « sa » colonie à l’Espagne. La culture du jeu qu’il avait contribué à créer survit à ce transfert — tous les efforts espagnols pour la contenir échouent également.
Avant Las Vegas, avant Atlantic City, avant Monte-Carlo, La Nouvelle-Orléans avait prouvé qu’une économie fondée sur le divertissement pouvait prospérer. Le modèle — jeu légal, spectacles, gastronomie, hospitalité — est celui que l’industrie moderne du divertissement utilise encore.
Les animations casino pour entreprises reproduisent l’atmosphère des tables de jeu — roulette, blackjack, poker — sans que personne n’ait à souffler de l’ail et du whisky dans le bec d’un coq pour relancer la partie.
Questions fréquentes
Pourquoi un noble français s'est-il fait tatouer un serpent sur tout le corps au XVIIIᵉ siècle ?
Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville a choisi ce tatouage spectaculaire pour sceller des alliances avec les nations indigènes de Louisiane. Ce geste extraordinaire témoignait de son engagement total dans la diplomatie interculturelle, au point de s'immerger dans leurs codes symboliques plutôt que d'imposer les siens.
Qu'est-ce qu'on soufflait dans le bec des coqs pendant les combats à La Nouvelle-Orléans ?
De l'ail et du whisky ! Les journaux du début du XIXᵉ siècle rapportent que les spectateurs ranimaient leurs champions à plumes avec ce mélange étonnant pendant les mêlées. Ces combats attiraient d'énormes paris, tout comme les affrontements d'alligators, d'ours et de taureaux.
Quelle ville a inventé le casino d'État avant tout le monde en Amérique ?
La Nouvelle-Orléans en 1753, quand le gouverneur Kerlérec a compris qu'interdire le jeu était impossible. Face à l'échec de toutes les tentatives de moralisation, il a ouvert un casino géré par le gouvernement pour que la colonie profite au moins des revenus.
Le poker est-il vraiment né à La Nouvelle-Orléans ?
Oui, le poker américain descend directement du « Poque » français joué par les colons au début des années 1800. La Nouvelle-Orléans a aussi vu prospérer le craps et le keno avant toute autre ville américaine, créant le modèle que Las Vegas copiera un siècle et demi plus tard.
📅 Repères chronologiques

Portrait du gouverneur Bienville, fondateur de La Nouvelle-Orléans en 1718. — Source : Wikimedia Commons — Domaine public