France, États-Unis, Canada, Royaume-Uni : le grand comparatif fiscal

La Terre vue de l'espace, la fiscalité du jeu dans le monde

Illustration — La Terre (NASA, Apollo 17). Domaine public, via Wikimedia Commons.

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Avril 2026. Un avion relie Paris à New York. À bord, deux joueurs de poker comparent leurs déclarations fiscales. Le premier, Français, a gagné 150 000 euros en tournois en 2025. Il n’a rien déclaré. Le second, Américain, a gagné la même somme. Il doit 55 000 euros au fisc fédéral et à l’État de New York. Même gain, même jeu, même année. Quatre mille kilomètres séparent leurs comptes en banque. Quatre mille kilomètres, et une différence de 55 000 euros.

La France, ou l’exonération à géométrie variable

La règle française est simple en apparence : les gains de jeu ne sont pas imposables. L’article 92 du Code général des impôts ne les mentionne pas. Ce silence vaut exclusion.

Cette clémence a des limites, redessinées par la jurisprudence. L’arrêt du Conseil d’État du 21 juin 2018 a ouvert la porte à la requalification. Un joueur régulier, méthodique, qui maîtrise l’aléa et en tire des revenus significatifs, peut voir ses gains imposés en bénéfices non commerciaux. Les décisions du tribunal administratif de Caen, en janvier et février 2024, ont étendu cette logique à des gains exceptionnels. La Cour administrative d’appel de Nantes, en novembre 2024, a rappelé que le « one time » n’était pas imposable.

Les États-Unis, où la chance est un revenu comme un autre

La philosophie américaine est à l’opposé. L’Internal Revenue Code section 61 définit le revenu brut comme « tout revenu, quelle qu’en soit la source ». Les gains de jeu y sont inclus. Un joueur amateur qui remporte 600 dollars au poker doit les déclarer. Aucun seuil d’exonération n’existe.

La loi de 2025, le One Big Beautiful Bill Act, aggrave la situation. À compter de 2026, seuls 90 % des pertes sont déductibles. Un joueur qui gagne 500 000 dollars et en perd 500 000 verra 50 000 dollars de revenu imposable apparaître, sans avoir touché un centime.

Le Canada, ou la frontière poreuse entre amateur et entrepreneur

Le Canada applique une philosophie proche de la France, mais avec une différence décisive. Les gains de jeu sont exonérés pour les joueurs occasionnels. Mais la requalification est plus systématique qu’en France.

La Cour d’appel fédérale, dans l’arrêt Fournier-Giguère du 10 juin 2025, a jugé que trois joueurs québécois devaient payer l’impôt sur 5,2 millions de dollars de gains. Jonathan Duhamel, champion du monde 2010, a échappé à l’impôt. La différence tient à la preuve de l’intention. Au Canada, le joueur doit prouver qu’il est amateur.

Le Royaume-Uni, le havre absolu

Le Royaume-Uni est le paradis du joueur. Les gains de jeu ne sont soumis ni à l’income tax, ni au capital gains tax, ni aux cotisations sociales. Le principe est absolu, quel que soit le montant. Un joueur qui remporte 10 millions de livres aux cartes empoche l’intégralité.

Même au Royaume-Uni, la frontière existe. Un joueur qui agit de manière commerciale peut voir ses gains requalifiés. Mais la pratique est rare.

Le grand comparatif : même gain, quatre destins fiscaux

Un joueur qui gagne 150 000 euros en tournois en 2025 :
– En France : il ne paie rien — à condition de convaincre le fisc qu’il est amateur.
– Aux États-Unis : il paie 37 % au fédéral, plus l’impôt d’État, soit environ 55 000 euros.
– Au Canada : il ne paie rien — à condition de prouver qu’il joue par passion.
– Au Royaume-Uni : il ne paie rien, sans condition.

La différence est frappante. Le même gain, la même année, le même jeu. Quatre pays, quatre régimes. Le joueur américain est le plus pénalisé. Le joueur français vit dans l’incertitude. Le joueur canadien doit prouver son amateurisme. Le joueur britannique encaisse et ne regarde pas en arrière.

Les joueurs comparent les régimes fiscaux comme d’autres comparent les cotes. La France, les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni offrent des traitements si différents que le choix du pays de résidence peut valoir plusieurs dizaines de milliers d’euros par an.

Pour les entreprises françaises, cette complexité n’a pas à être un frein. Organiser une soirée autour des jeux de casino ne signifie pas entrer dans ce labyrinthe fiscal. Les jetons distribués n’ont pas de valeur monétaire. Les gains ne sont pas des revenus. Les participants ne déclarent rien. C’est le modèle d’une animation casino entreprise en Île-de-France : recréer l’atmosphère des tables, le frisson du hasard, la convivialité des mises, sans aucune des contraintes fiscales qui pèsent sur les joueurs professionnels.

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Articles connexes

Quel pays impose le plus lourdement les gains de jeu ?

Les États-Unis, avec un taux marginal fédéral allant jusqu'à 37 %, plus l'impôt d'État (0 à 13,3 %). La loi de 2025, qui limite la déduction des pertes à 90 %, aggrave encore la situation des joueurs professionnels.

Un joueur français qui gagne aux États-Unis paie-t-il l'impôt en France ?

Oui, en principe. La résidence fiscale détermine l'obligation déclarative. Un Français résidant en France doit déclarer ses gains réalisés à l'étranger.

Le Royaume-Uni impose-t-il réellement 0 % sur les gains de jeu ?

Oui. Le Royaume-Uni ne soumet pas les gains de jeu à l'income tax, au capital gains tax ni aux cotisations sociales. Cette exonération est absolue, quel que soit le montant.

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