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Jackie Gaughan entrait toujours dans ses casinos par la porte principale. Jamais par une entrée privée. Son bureau était une chambre d’hôtel adaptée, partagée avec quelques cadres et une secrétaire. Les affaires se discutaient au coffee shop.
Né en 1920 à Omaha, Nebraska, John Davis Gaughan Sr. grandit dans une famille où les paris font partie du quotidien — son père travaille comme bookmaker légal pour les courses de chevaux. Jackie transporte des paris pour les bookmakers locaux dès l’adolescence. En 1942, il épouse Roberta Mae, son amour de lycée. Ils resteront ensemble 54 ans.
La base aérienne de Las Vegas et le Boulder Club
En 1943, enrôlé dans l’Army Air Corps, Jackie est affecté à la base aérienne de Las Vegas — aujourd’hui Nellis AFB. Il loge à El Cortez, qui n’a que deux ans. Un ami lui présente Jim Young du Boulder Club. Avec ses économies de bookmaker, il achète 3 % du Boulder Club en 1946. Ses premiers pas dans l’industrie nevadienne.
Après la guerre, il retourne à Omaha finir son diplôme en administration des affaires à l’université de Creighton. Mais à la fin des années 1940, le gouvernement fédéral institue une taxe de 10 % sur les maisons de paris — l’activité devient peu rentable au Nebraska. En 1950, Jackie déménage définitivement sa famille au Nevada.
L’insulte du Flamingo
L’une de ses premières acquisitions à Las Vegas est une participation au Flamingo. Un jour, Jackie demande une faveur au maître d’hôtel du restaurant. Dave Berman, manager du casino et figure notoire du crime organisé, l’entend et le traite de « petit punk à dix cents. » Jackie démissionne immédiatement et vend sa participation.
Cette humiliation s’avère providentielle. Plutôt que de poursuivre sur le Strip, il oriente sa stratégie vers Glitter Gulch — le centre-ville de Las Vegas.
El Cortez pour 4,3 millions, 200 000 dollars de mise de fonds
En 1961, il acquiert le Las Vegas Club. En 1963, il rachète El Cortez à J.K. Houssels Sr. pour 4,3 millions de dollars — avec seulement 200 000 dollars de mise de fonds, le reste payé sur 15 ans sur signature personnelle. Il hérite avec l’hôtel d’un locataire particulier : « Fat Irish Green », ancien garde du corps de Bugsy Siegel, qui a gagné le droit de vivre gratuitement à El Cortez à vie. Gaughan honore l’accord et prend soin du vieil homme jusqu’à sa mort.
L’empire grossit méthodiquement : The Western en 1970, le Union Plaza en 1971 avec Sam Boyd, le Gold Spike en 1983. À son apogée, Jackie Gaughan possède plus de 25 % de l’immobilier disponible du centre-ville de Las Vegas, des intérêts dans au moins douze casinos — égalant le record d’Howard Hughes.
Les funbooks et le petit-déjeuner à 29 cents
Jackie Gaughan invente les « funbooks » — carnets de coupons offrant des paris gratuits, des promotions deux pour un, des réductions diverses — qu’il distribue personnellement dans les motels de Fremont Street et près du Strip. Il invente les giveaways de casino : des boîtes de bonbons pour attirer les clients pendant les périodes creuses. Ses promotions alimentaires deviennent légendaires : petit-déjeuner à 29 cents avec œufs et toasts, steaks et rôti de bœuf aux prix les plus bas de la ville.
Quand Steve Wynn prend le contrôle du Golden Nugget en 1973, Jackie possède déjà des parts dans l’établissement. Il devient le mentor de Wynn, lui apprend les subtilités de l’industrie. Il garde dans sa voiture des bidons d’essence et des câbles de démarrage pour aider les automobilistes en panne. Il paie les frais d’obsèques des joueurs et travailleurs dont les familles sont dans le besoin.
La serveuse qui frappait les clients
Dans les années 1970, une serveuse nommée Liz Butler frappe régulièrement les clients trop entreprenants. Dans n’importe quel autre casino, elle aurait été licenciée. Jackie la garde à son service pendant des décennies. Il subventionne l’exploitation déficitaire du Western plutôt que de mettre ses employés au chômage. Kenny Epstein, PDG du El Cortez, résume : « Tous ces autres types avaient cette certaine aura. Mais Jackie était juste une personne saine et sympathique. »
82 millions de dollars en 2004, puis le poker à 2-4$
En 2004, reconnaissant l’évolution de l’industrie, Jackie vend le Plaza, le Gold Spike, le Vegas Club, le Western et d’importants terrains à Barrick Gaming pour 82 millions de dollars. Il cède sa participation majoritaire dans El Cortez à Kenny Epstein. Mais il conserve son penthouse au dernier étage et descend chaque jour jouer au poker dans la petite salle du casino. Son fils Michael lui offre un appartement au South Point, son propre casino. Jackie refuse. « Le centre-ville, c’est là qu’appartient Jackie. »
Il meurt le 12 mars 2014 à 93 ans, dans un hospice de Las Vegas, moins de 36 heures après avoir quitté El Cortez. Le gouverneur Brian Sandoval : « Peu de personnes ont influencé Las Vegas et le Nevada comme Jackie Gaughan. » Steve Wynn : « Il faudrait un mois pour nommer tous les amis qu’il avait dans l’État du Nevada. »
Son fils Michael exploite aujourd’hui le South Point Hotel et les droits des machines à sous de l’aéroport Harry Reid. Son petit-fils Brendan est devenu pilote NASCAR. Son nom figure sur le Jackie D. Gaughan Multicultural Center de l’université du Nebraska-Lincoln.
Pour les soirées casino qui s’inscrivent dans cette tradition du jeu accessible à tous — sans minimum d’achat et sans cravate obligatoire — les animations casino en Île-de-France de L’As du Casino partagent cet esprit : le jeu comme moment de convivialité avant tout.
Questions fréquentes
Pourquoi Jackie Gaughan a-t-il quitté le Flamingo après une simple insulte ?
Dave Berman, manager lié au crime organisé, l'a traité de « petit punk à dix cents » devant tout le monde. Humilié, Jackie a immédiatement vendu sa participation. Cette insulte l'a paradoxalement sauvé en l'éloignant du Strip pour se concentrer sur le centre-ville, où il a bâti son empire.
Comment Jackie Gaughan a-t-il acheté El Cortez avec seulement 200 000 dollars ?
Il a acquis l'établissement pour 4,3 millions de dollars en 1963 avec une mise de fonds minimale de 200 000 dollars. Le reste a été payé sur 15 ans, uniquement sur sa signature personnelle, un pari audacieux qui témoigne de sa confiance et de sa réputation.
Qui était Fat Irish Green et pourquoi vivait-il gratuitement à El Cortez ?
Fat Irish Green était l'ancien garde du corps de Bugsy Siegel qui avait négocié le droit de vivre gratuitement à El Cortez à vie. Quand Jackie a racheté l'hôtel, il a honoré cet accord inhabituel et pris soin du vieil homme jusqu'à sa mort.
Pourquoi Jackie gardait-il une serveuse qui frappait les clients ?
Liz Butler corrigeait physiquement les clients trop entreprenants dans les années 1970, un comportement qui l'aurait fait licencier ailleurs. Jackie l'a gardée pendant des décennies, illustrant sa loyauté envers ses employés et sa vision humaine des affaires, même au prix de quelques mâchoires endolories.
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