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26 décembre 1946. Dans le désert du Nevada, Benjamin Siegel ouvre le Flamingo. L’hôtel n’est pas terminé. Les clients jouent au casino mais ne peuvent pas dormir sur place. En une semaine, le casino perd 300 000 dollars.
Six mois plus tard, Siegel est abattu de neuf balles dans le salon de Beverly Hills de sa maîtresse. Le lendemain, ses associés prennent possession du Flamingo. Tout était organisé d’avance.
Brooklyn, 14 ans, premier gang
Benjamin Siegelbaum naît le 28 février 1906 à Williamsburg, Brooklyn, dans une famille d’immigrés juifs russes. À 14 ans, il forme son premier gang et propose aux marchands ambulants du Lower East Side de « protéger » leurs charrettes. Ceux qui refusent voient leurs marchandises partir en flammes — Siegel les arrose de kérosène.
En 1918, il rencontre Meyer Lansky. Ensemble, ils fondent le « Bugs and Meyer Gang ». Le surnom « Bugsy » vient de son tempérament explosif — ses complices disent qu’il est « fou comme un insecte ». Il déteste ce surnom. « Mes amis m’appellent Ben. Les étrangers m’appellent Monsieur Siegel. Les gens que je n’aime pas m’appellent Bugsy — mais pas en face. »
Murder Inc. et Lucky Luciano
Pendant la Prohibition, Siegel et Lansky deviennent des acteurs majeurs du trafic d’alcool. Leur organisation se transforme en entreprise de tueurs à gages au service de la mafia new-yorkaise. En 1931, Siegel participe vraisemblablement à l’assassinat de Giuseppe Masseria, l’un des parrains les plus puissants de New York. Lucky Luciano prend le sommet. Siegel devient l’un de ses hommes les plus redoutés.
Beverly Hills, Cary Grant, Jean Harlow
En 1937, ses associés l’envoient en Californie avec 500 000 dollars pour développer les activités du syndicat sur la côte Ouest. Siegel s’installe dans une villa de Beverly Hills. Via son ami d’enfance l’acteur George Raft, il pénètre dans les cercles d’Hollywood. Il côtoie Cary Grant, Clark Gable, Jean Harlow — qui devient la marraine de sa fille Millicent.
« La classe, c’est la seule chose qui compte dans la vie. Sans classe et sans style, un homme n’est qu’un clochard, il pourrait tout aussi bien être mort. »
Las Vegas, 8 000 habitants, quelques casinos rustiques
Au début des années 1940, Meyer Lansky s’intéresse au Nevada, où les jeux sont légaux depuis 1931. Il envoie Siegel en reconnaissance. Las Vegas n’est alors qu’une bourgade poussiéreuse de 8 000 habitants. Siegel voit autre chose : un complexe hôtelier qui rivaliserait avec les palaces européens, avec des jeux légaux.
En 1945, il rachète le projet d’un hôtel-casino sur l’Highway 91 à un certain Billy Wilkerson, propriétaire du Hollywood Reporter. Il le rebaptise « Flamingo » — en l’honneur de sa maîtresse Virginia Hill, surnommée ainsi pour ses longues jambes et ses cheveux roux.
Le budget passe de 1,5 million à 6 millions
Perfectionniste maladif, Siegel ne cesse de modifier les plans. Systèmes d’égouts privés dans chaque chambre, robinets dorés, meubles importés d’Europe. Le budget initial de 1,5 million de dollars explose à plus de 6 millions. Ses associés de la côte Est sont furieux. Des rumeurs circulent : Virginia Hill aurait transféré de l’argent sur des comptes suisses.
L’ouverture, la fermeture, la réouverture
26 décembre 1946 : le Flamingo ouvre avec Jimmy Durante au spectacle. Mais l’hôtel n’est pas terminé — pas de chambres disponibles. Les clients jouent et repartent dormir ailleurs. En une semaine : – 300 000 dollars. Le Flamingo ferme deux semaines après l’ouverture. Il rouvre le 1er mars 1947. Cette fois les profits arrivent.
20 juin 1947
Il est trop tard. Ce soir-là, Siegel lit le journal dans le salon de Beverly Hills de Virginia Hill — partie à Paris dix jours plus tôt après une dispute. Neuf balles tirées depuis le jardin. L’une lui arrache l’œil gauche. Le crime ne sera jamais élucidé.
Le lendemain, Moe Sedway et Gus Greenbaum prennent possession du Flamingo. Le Sands, le Desert Inn, le Caesars Palace suivront — chacun reprenant la formule inventée par Siegel : casino, spectacles, gastronomie, hôtel de luxe dans un cadre théâtral. Le Flamingo existe toujours sur le Strip, géré par Caesars Entertainment. Le restaurant s’appelle « Bugsy & Meyer’s Steakhouse ». Les soirées casino en Île-de-France qu’organise L’As du Casino perpétuent, à leur échelle, cet univers qu’il fut le premier à imaginer.
Questions fréquentes
Pourquoi Bugsy Siegel détestait-il son surnom ?
Le surnom « Bugsy » signifiait « fou comme un insecte » et faisait référence à son tempérament explosif. Siegel l'exécrait au point de dire que seuls ceux qu'il n'aimait pas l'appelaient ainsi — mais jamais en face. Ses proches devaient l'appeler Ben, les étrangers Monsieur Siegel.
Comment un gangster est-il devenu ami avec Cary Grant et Jean Harlow ?
En 1937, Siegel s'installe à Beverly Hills avec 500 000 dollars de la mafia pour conquérir la côte Ouest. Grâce à son ami d'enfance George Raft, devenu acteur, il pénètre les cercles d'Hollywood et fréquente les plus grandes stars — Jean Harlow devient même la marraine de sa fille.
Pourquoi le Flamingo a-t-il perdu 300 000 dollars en une semaine ?
Le casino a ouvert le 26 décembre 1946 alors que l'hôtel n'était pas terminé — aucune chambre n'était disponible. Les clients venaient jouer, puis repartaient dormir ailleurs, emportant leurs gains avec eux. Un désastre financier qui condamnera Siegel.
Qui a pris le contrôle du Flamingo le lendemain du meurtre de Siegel ?
Le lendemain de son assassinat, Moe Sedway et Gus Greenbaum prennent immédiatement possession du casino. Cette synchronisation parfaite prouve que tout était organisé d'avance — la mafia avait décidé que Siegel devait disparaître.
📅 Repères chronologiques
« I have a vision. Las Vegas is going to be the entertainment capital of the world. »
— Bugsy Siegel, Propos rapportés par ses associés lors de la conception du Flamingo Hotel, vers 1945

Photo officielle de Benjamin ‘Bugsy’ Siegel issue des archives du FBI, largement diffusée après sa mort en 1947. — Source : Wikimedia Commons — Domaine public