Giacomo Casanova : l’autre passion du grand séducteur était les cartes.

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Paris, 1757. Casanova convainc Louis XV de lancer la première loterie numérotée de France pour financer l’École militaire. Le roi et lui empochent chacun 300 000 francs. Casanova remet tout en jeu. Il perd.

Né à Venise en 1725 dans une famille d’acteurs, il accumule des dettes de jeu dès l’adolescence. À 20 ans, il décide de devenir joueur professionnel. Il paie des joueurs accomplis pour le former. Il n’y arrive jamais vraiment — son tempérament le trahit à chaque fois.

Les jeux du XVIIIᵉ siècle

Ses mémoires — plus de 3 800 pages — constituent un manuel des jeux de hasard de l’Europe des Lumières. Faro, whist, quinze, biribi, primero, piquet, loteries, basset. Son jeu de prédilection est le faro, où les joueurs misent contre la banque avec la possibilité de laisser leurs gains « en carton » pour des mises exponentielles.

À Gênes, il brise la banque au biribi de façon spectaculaire — il repart avec les gains, la nappe, le plateau de jeu et les chandeliers en argent. Il note lui-même dans ses mémoires qu’il était probablement de connivence avec le porteur de sac.

La loterie de Louis XV

C’est sa seule vraie innovation durable. En 1757, il convainc le roi de lancer une loterie numérotée — la première du genre en France. Le système est radical : l’État peut perdre sur un tirage individuel, mais est mathématiquement garanti de gagner à long terme. C’est la première fois qu’un État accepte un risque calculé en s’appuyant uniquement sur la théorie des probabilités.

La loterie française fonctionne de 1758 à 1836, avec une interruption pendant la Révolution. Un quart de milliard de billets vendus. Des millions de livres puis de francs pour le budget de l’État. Casanova en tire 300 000 francs personnellement. Il les perd aux tables.

La méthode de financement

Quand ses poches sont vides, il séduit. Il convainc des femmes de lui remettre de grosses sommes, qu’il perd presque instantanément. Dans ses mémoires, il analyse ces opérations avec la précision d’un stratège — il note les avantages de cibler des adversaires moins qualifiés, exactement comme il décrirait une table de poker. La lucidité qu’il applique aux autres ne s’applique jamais à lui-même.

Le mauvais perdant

Il est terriblement mauvais perdant. Chaque défaite devient un traumatisme, chaque gain une euphorie démesurée qui pousse à rejouer immédiatement. Cette instabilité détruit systématiquement ce que son intelligence construit. Il comprend les probabilités mieux que la plupart de ses contemporains. Il ne peut pas s’en servir pour lui-même.

Dux, 1785

À 60 ans, les dettes accumulées ferment une à une les portes des grandes cours européennes. Il accepte un poste de bibliothécaire au château du comte Waldstein en Bohême. C’est là qu’il rédige ses mémoires — 3 800 pages où il tente peut-être de comprendre les mécanismes qui l’ont conduit à sa perte. L’homme qui a inventé un système permettant à l’État de s’enrichir par le jeu termine sa vie dans un château isolé, loin de toute table.

Il meurt en 1798. Ses mémoires décrivent avec précision tous les symptômes du jeu pathologique — l’incapacité à résister, l’escalade des mises, les mensonges, les moyens frauduleux pour se procurer de l’argent — un siècle avant que la psychiatrie ne les formalise.

Les animations casino pour entreprises utilisent des jetons fictifs sans valeur monétaire. Le système que Casanova a contribué à créer — miser de l’argent réel contre la maison — n’y a aucune prise.

Questions fréquentes

Qu'a fait Casanova avec les 300 000 francs gagnés grâce à la loterie qu'il venait d'inventer ?

Il les a immédiatement perdus aux tables de jeu. L'homme qui venait de créer un système mathématiquement garanti d'enrichir l'État n'a pas su appliquer cette lucidité à ses propres finances. Une ironie tragique qui résume toute sa vie.

Comment Casanova finançait-il son addiction au jeu quand il était ruiné ?

Il séduisait des femmes fortunées pour obtenir d'importantes sommes d'argent, qu'il perdait presque instantanément. Dans ses mémoires, il analyse ces opérations avec le détachement d'un stratège, ciblant ses 'adversaires' moins qualifiés comme il le ferait à une table de poker.

Qu'est-ce que Casanova a emporté après avoir brisé la banque au biribi à Gênes ?

Pas seulement ses gains : il est reparti avec la nappe, le plateau de jeu et même les chandeliers en argent. Il admet d'ailleurs lui-même dans ses mémoires qu'il était probablement de mèche avec le porteur de sac.

Pourquoi la loterie de Casanova était-elle révolutionnaire pour l'époque ?

C'était la première fois qu'un État acceptait de perdre sur des tirages individuels en s'appuyant uniquement sur les probabilités pour gagner à long terme. Un pari mathématique radical pour 1757, qui a rapporté des millions à la France pendant près de 80 ans.

📅 Repères chronologiques
1725
Naissance à Venise. Fils d’acteurs, élevé par sa grand-mère.
1755
Emprisonné aux Plombs de Venise pour libertinage — s’évade spectaculairement l’année suivante.
1757
Convainc le roi Louis XV de créer la Loterie royale de France — il en devient directeur.
1774
Nommé directeur de la bibliothèque du château de Dux, en Bohême.
1798
Décède à Dux, laissant ses Mémoires — la plus grande autobiographie érotique de l’histoire.

Citation

« Je ne regrettais pas mes pertes : elles m’apprenaient que le jeu était mon maître. »

— Giacomo Casanova, Mémoires, volume III

Portrait de Giacomo Casanova par Alessandro Longhi, vers 1760
Seul portrait authentique connu de Casanova, réalisé par le peintre vénitien Alessandro Longhi.
Source : Wikimedia Commons — Domaine public

📅 Repères chronologiques

1725
Naissance à Venise. Fils d’acteurs, élevé par sa grand-mère.
1755
Emprisonné aux Plombs de Venise pour libertinage — s’évade spectaculairement l’année suivante.
1757
Convainc le roi Louis XV de créer la Loterie royale de France — il en devient directeur.
1774
Nommé directeur de la bibliothèque du château de Dux, en Bohême.
1798
Décède à Dux, laissant ses Mémoires — la plus grande autobiographie érotique de l’histoire.

« Je ne regrettais pas mes pertes : elles m’apprenaient que le jeu était mon maître. »

— Giacomo Casanova, Mémoires, volume III

Portrait de Giacomo Casanova par Alessandro Longhi, vers 1760
🖻 Portrait de Giacomo Casanova par Alessandro Longhi, vers 1760
Seul portrait authentique connu de Casanova, réalisé par le peintre vénitien Alessandro Longhi. — Source : Wikimedia Commons — Domaine public
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