Lord Byron : quand la passion du jeu rivalise avec celle de la poésie

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Londres, 1811. Lord Byron reste treize heures d’affilée à une table de Watier’s Club, boit du champagne, compose mentalement des vers entre deux mains, et perd l’équivalent de 400 000 euros en une soirée. Le lendemain, il écrit à un ami que l’excitation était si divine qu’il recommencerait ce soir même si l’occasion se présentait.

Cambridge, 1807 : les premières ivresses

Byron découvre les jeux de hasard à Cambridge. Whist, piquet, pharaon — le jeu de cartes qui fait fureur dans l’Europe du début du XIXᵉ siècle. À son ami Hobhouse, il écrit en 1807 : « J’ai perdu plus que je ne peux me permettre hier soir, mais l’excitation était si divine que je recommencerais ce soir même si l’occasion se présentait. » La phrase est prophétique. Elle résume les vingt années qui suivent.

L’héritage familial n’est pas étranger à la chose. Le grand-oncle du poète, William Byron, cinquième baron, était surnommé le « Baron diabolique » pour ses mœurs dissolues et ses dépenses inconsidérées. La tradition se transmet.

Watier’s Club : treize heures d’affilée

À Londres, à partir de 1808, Byron fréquente le White’s Club, le Brooks’s Club, et surtout Watier’s — fondé par le chef cuisinier du Prince Régent, situé au 81 Piccadilly. On y joue le macao (variante du baccarat), le hazard (ancêtre du craps), le whist. Thomas Raikes, chroniqueur mondain, écrit dans ses mémoires : « Lord Byron était capable de rester treize heures d’affilée à une table de jeu, ne s’arrêtant que pour boire du champagne et composer mentalement des vers. Il prétendait que l’inspiration venait plus facilement quand la fortune hésitait. »

En 1811, il perd en une seule soirée chez Watier’s l’équivalent de 4 700 livres sterling — environ 400 000 euros actuels, soit le revenu annuel d’une famille bourgeoise aisée. En 1814, persuadé qu’une période de malchance touche à sa fin, il mise l’intégralité de ses revenus annuels sur une seule main de macao. Il perd tout, et affirme le lendemain que cette perte confirme sa théorie et annonce une période faste imminente.

La théorie des cycles et les superstitions

Byron n’est pas un joueur impulsif — il est un joueur qui se croit méthodique. Il tient des carnets détaillés de ses gains et pertes, analyse les patterns, tente de déceler les « humeurs » de la fortune. À Lady Melbourne en 1813 : « Le jeu, tout comme la poésie, obéit à des rythmes secrets. Il faut savoir écouter la musique des cartes comme on écoute celle des vers. »

Ses superstitions sont légendaires dans les clubs : refus catégorique de jouer le vendredi 13, anneau d’or porté à chaque session, cartes mélangées uniquement par une femme. Il développe ce qu’il appelle sa « théorie des cycles » — chaque joueur traverse des périodes de chance et de malchance prévisibles. Cette croyance l’amène à jouer des sommes considérables pour « forcer » un retournement. Elle ne fonctionne jamais. Il continue.

Newstead Abbey vendue pour payer les dettes

En 1815, ses dettes de jeu atteignent des proportions impossibles. La vente du domaine familial de Newstead Abbey devient inévitable — finalisée en 1818 pour 94 500 livres sterling. Byron dilapide rapidement cette fortune. Ses éditeurs tentent d’intervenir. John Murray propose de gérer directement ses finances. Byron décline avec hauteur.

L’ironie ne lui échappe pas. Dans une lettre à son éditeur : « Mes vers payent mes vices, et mes vices inspirent mes vers. C’est un cercle parfaitement vicieux. » « Le Pèlerinage de Childe Harold » et « Don Juan » font un succès retentissant. Les gains littéraires alimentent directement la table de jeu.

Le jeu comme dialogue avec l’absurde

Lady Caroline Lamb, l’une de ses maîtresses, témoigne : « George ne jouait pas pour l’argent, mais pour se sentir vivant. C’était sa façon de dialoguer avec l’infini, de provoquer les dieux. Chaque partie était un poème en action. » Ses amis rapportent qu’il déclamait des vers entre deux mains de cartes, transformant les salons de jeu en théâtres improvisés.

Dans « Le Corsaire » (1814) : « La vie n’est qu’un jeu où les dés sont pipés, où l’homme mise son âme sur des chances illusoires, et où la mort, banquier implacable, ramasse toujours la mise finale. » C’est écrit par quelqu’un qui a passé treize heures à Watier’s.

Venise, l’exil, la relative modération

L’exil volontaire de 1816 — consécutif aux scandales de sa séparation conjugale — marque une accalmie relative. À Venise, Byron découvre les ridotti, ces maisons de jeu vénitiennes où l’on pratique la bassette et le pharaon. L’ambiance diffère des clubs londoniens : le jeu se mêle au carnaval permanent de la Sérénissime. À Thomas Moore en 1817 : « J’ai appris que le véritable jeu n’est pas celui des cartes, mais celui de la vie. Et dans ce jeu-là, j’ai déjà misé plus que de raison. »

Il meurt en 1824 à Missolonghi, à 36 ans, en soutenant la cause de l’indépendance grecque. Ses exécuteurs testamentaires trouvent une œuvre littéraire d’une valeur inestimable et un amas de dettes liées aux tables. Pour découvrir l’univers du jeu sans les dettes de Newstead Abbey, L’As du Casino propose des tournois de poker pour événements d’entreprise — où personne ne mise son domaine familial.

Questions fréquentes

Pourquoi Byron croyait-il que perdre annonçait qu'il allait bientôt gagner ?

Byron avait développé sa propre « théorie des cycles », persuadé que la fortune suivait des rythmes prévisibles alternant malchance et chance. En 1814, il mise ainsi l'intégralité de ses revenus annuels sur une seule main, perd tout, et affirme le lendemain que cette perte confirme justement sa théorie et annonce une période faste imminente.

Comment Byron transformait-il les salons de jeu en spectacle poétique ?

Ses amis rapportent qu'il déclamait des vers entre deux mains de cartes, transformant les parties en véritables théâtres improvisés. Il prétendait que l'inspiration venait plus facilement quand la fortune hésitait, composant mentalement des poèmes durant ses marathons de treize heures d'affilée à Watier's Club.

Qu'est-ce que Byron a dû vendre pour éponger ses dettes de jeu ?

En 1818, Byron dut vendre Newstead Abbey, le domaine familial ancestral, pour 94 500 livres sterling. Ironie du sort : il dilapida rapidement cette fortune colossale aux tables de jeu, alimentant ses pertes avec les revenus de ses succès littéraires comme « Don Juan ».

Quelles étaient les superstitions bizarres de Byron au jeu ?

Malgré sa réputation de libre-penseur, Byron refusait catégoriquement de jouer le vendredi 13, portait systématiquement un anneau d'or à chaque session, et exigeait que les cartes soient mélangées uniquement par une femme. Un poète rebelle aux rituels bien superstitieux.

📅 Repères chronologiques
1788
Naissance à Londres. Hérite du titre de baron à 10 ans.
1807
Publie ses premiers poèmes — déjà criblé de dettes de jeu à Cambridge.
1812
Publication de Childe Harold — célébrité instantanée dans toute l’Europe.
1816
Quitte l’Angleterre définitivement, scandales et dettes le poursuivent en Italie et Grèce.
1824
Décède à Missolonghi, Grèce, à 36 ans, en combattant pour l’indépendance grecque.

Citation

« I am so changeable, being everything by turns and nothing long. »

— Lord Byron, lettre à Lady Melbourne, 1812

Portrait de Lord Byron par Thomas Phillips, 1813
Célèbre portrait de George Gordon Byron en costume albanais, National Portrait Gallery, Londres.
Source : Wikimedia Commons — Domaine public

📅 Repères chronologiques

1788
Naissance à Londres. Hérite du titre de baron à 10 ans.
1807
Publie ses premiers poèmes — déjà criblé de dettes de jeu à Cambridge.
1812
Publication de Childe Harold — célébrité instantanée dans toute l’Europe.
1816
Quitte l’Angleterre définitivement, scandales et dettes le poursuivent en Italie et Grèce.
1824
Décède à Missolonghi, Grèce, à 36 ans, en combattant pour l’indépendance grecque.

« I am so changeable, being everything by turns and nothing long. »

— Lord Byron, lettre à Lady Melbourne, 1812

Portrait de Lord Byron par Thomas Phillips, 1813
🖻 Portrait de Lord Byron par Thomas Phillips, 1813
Célèbre portrait de George Gordon Byron en costume albanais, National Portrait Gallery, Londres. — Source : Wikimedia Commons — Domaine public
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