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En 2010, Vanessa Selbst gagne 1 823 000 dollars en une semaine à Cannes. Elle a 26 ans. Elle est encore étudiante en droit à Yale. Elle joue au poker depuis six ans. Ce soir-là sur la Côte d’Azur, elle est la meilleure joueuse du monde — et tout le monde le sait, sauf ceux qui ne veulent pas le voir.
Vanessa Selbst naît en 1984 à Brooklyn. Elle commence à MIT, finit à Yale avec un diplôme en sciences politiques en 2005. Pendant sa troisième année, en 2004, quelqu’un organise des parties de poker dans une chambre de résidence universitaire. Elle s’assoit. Elle observe. Elle revient.
Avant la fin de ses études, elle fait le trajet d’une heure jusqu’au casino Foxwoods plusieurs fois par semaine. Elle commence dans les petites limites, monte progressivement. Elle constitue une bankroll. Elle n’abandonne pas ses études — elle les termine. Puis elle continue à jouer.
2006 : les WSOP à 22 ans
En 2006, Selbst joue ses premières World Series of Poker à Las Vegas. Elle atteint la table finale d’un événement No Limit Hold’em à 2 000 dollars d’entrée. Elle empoche plus de 100 000 dollars. Pour un premier passage aux WSOP, c’est une anomalie statistique. Pour Selbst, c’est le début.
En 2008, elle remporte son premier bracelet WSOP en Pot Limit Omaha à 1 500 dollars — une variante techniquement plus complexe que le Texas Hold’em, avec quatre cartes en main au lieu de deux et des contraintes de mise spécifiques. 228 000 dollars. Elle a 24 ans.
2010 : l’année qui ne se répète pas
En 2010, Selbst enchaîne des résultats qu’aucune joueuse n’a jamais produits en une seule année. Elle remporte l’événement principal du North American Poker Tour à Mohegan Sun — 750 000 dollars. Elle revient l’année suivante pour défendre son titre et gagne à nouveau — 450 000 dollars. Elle est la seule personne, homme ou femme, à avoir remporté deux événements principaux consécutifs du NAPT.
En septembre 2010, elle joue le Partouche Poker Tour à Cannes. L’événement principal est doté de plusieurs millions d’euros. Selbst domine la table finale. Elle empoche 1 823 000 dollars — le plus grand gain en tournoi de sa carrière. À 26 ans, elle vient de gagner plus d’argent en une semaine que la plupart des joueurs professionnels n’en verront en dix ans.
Trois bracelets dans des événements ouverts
Son deuxième bracelet WSOP arrive en 2012 dans le 10-Game Mix à 2 500 dollars — un format qui tourne entre dix variantes différentes du poker. Maîtriser une variante est difficile. Maîtriser dix variantes à niveau compétitif est rare. Selbst le fait.
En 2014, elle remporte le No Limit Hold’em Mixed Max à 25 000 dollars d’entrée — 871 148 dollars. Troisième bracelet. Elle rejoint Barbara Enright et Nani Dollison dans la liste des femmes à avoir remporté trois bracelets WSOP. Mais elle est la seule des trois à les avoir gagnés uniquement dans des événements ouverts, sans quota féminin, contre le champ complet.
À un moment de sa carrière, Selbst est numéro 1 au classement mondial du Global Poker Index. Première et seule femme à avoir occupé cette position.
Le style qui divise
Selbst joue agressif. Très agressif. Elle relance dans des situations où d’autres joueurs passeraient. Elle pousse all-in avec des mains que d’autres n’engageraient pas. Ce style lui permet de construire des stacks rapidement et de dominer les tables. Il lui coûte aussi des coups spectaculaires.
Dans une émission PokerStars Big Game, elle met 170 000 dollars au milieu avant le flop avec un valet-hauteur — une main sans paire, sans connexion, sans couleur. Son adversaire retourne une paire d’as. Selbst perd. La main circule sur YouTube pendant des années, citée tantôt comme exemple d’agressivité mal calibrée, tantôt comme démonstration de la pression qu’elle sait exercer même quand ça ne fonctionne pas.
Les joueurs qui l’ont affrontée régulièrement sur le circuit disent la même chose : elle est inconfortable à avoir en face. Pas parce qu’elle a toujours la meilleure main — mais parce qu’elle force les décisions difficiles à des moments où les autres évitent le conflit.
Yale Law School, en parallèle
Pendant ses années de domination sur le circuit, Selbst reprend des études. Elle s’inscrit à Yale Law School. Son objectif déclaré : une carrière dans le droit civil, la justice raciale, l’égalité économique. Elle voulait utiliser ses gains au poker pour financer éventuellement une fondation dédiée aux droits civiques.
Elle avait déjà dirigé la Yale Queer-Straight Alliance pendant ses études de premier cycle. Ouvertement lesbienne dans un milieu encore très majoritairement masculin, elle ne compartimente pas sa vie publique. Elle se marie avec Miranda Foster en août 2013.
La retraite à 34 ans
Le 1ᵉ janvier 2018, Selbst publie un post sur Facebook : elle prend sa retraite du poker. Elle a 34 ans. Ses gains en tournois dépassent 11 850 000 dollars.
Elle explique plusieurs raisons. Le « Black Friday » de 2011 — la fermeture des principales plateformes de poker en ligne américaines par le DOJ — a restructuré l’écosystème du jeu. Continuer à haut niveau demandait de voyager en permanence, incompatible avec le foyer stable qu’elle voulait construire. Et un autre facteur, plus direct : « Je ne me sens pas bien de promouvoir le poker en tant qu’ambassadrice. Je ne peux pas dire aux amateurs qu’ils devraient venir jouer en ligne et que c’est battable pour eux quand je ne sens pas que c’est vrai. »
Elle rejoint Bridgewater Associates, l’un des plus grands fonds spéculatifs du monde, basé dans le Connecticut. Elle et sa femme accueillent un fils en 2018.
Ce qu’elle a changé
Avant Selbst, la question de savoir si une femme pouvait dominer le poker professionnel mixte était encore théorique. Après Selbst, la question est répondue. Trois bracelets WSOP dans des événements ouverts, numéro 1 mondial, 11,8 millions de dollars de gains — contre le champ complet, sans exception.
Elle est entrée au Women’s Poker Hall of Fame en 2022. Elle est revenue jouer quelques événements aux WSOP 2023, sans résultats notables. Dans une interview de cette période : « On peut quitter le poker, mais je ne pense pas que le poker nous quitte vraiment. C’était tout ce à quoi je pensais pendant très longtemps. »
Selbst a commencé dans une chambre de résidence universitaire de Yale en 2004. Elle a terminé numéro 1 mondiale. Entre les deux : quatorze ans de travail, trois bracelets, et une démonstration que le niveau de jeu n’a pas de genre. C’est peut-être l’argument le plus simple et le plus solide qu’elle laisse derrière elle.
Cette rigueur analytique et cette gestion de la pression que Selbst incarnait aux tables se retrouvent aujourd’hui dans les soirée casino entreprise : autour d’une table de poker ou de blackjack reconstituée, avec un croupier professionnel, sans les enjeux réels mais avec la même intensité de décision.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui rend la victoire de Vanessa Selbst à Cannes en 2010 si exceptionnelle ?
Elle empoche 1,8 million de dollars à 26 ans alors qu'elle est encore étudiante en droit à Yale. Ce gain représente plus que ce que la plupart des pros gagnent en dix ans de carrière, et marque l'apogée d'une année 2010 absolument extraordinaire où elle enchaîne les titres majeurs.
Pourquoi dit-on que Vanessa Selbst est inconfortable à affronter à une table de poker ?
Son style hyper-agressif force constamment ses adversaires à prendre des décisions difficiles, même quand elle n'a pas nécessairement la meilleure main. Elle relance et pousse all-in dans des situations où d'autres passeraient, créant une pression psychologique constante qui déstabilise même les meilleurs joueurs.
Quelle est la différence entre les bracelets WSOP de Vanessa Selbst et ceux des autres femmes ?
Selbst est la seule femme à avoir remporté ses trois bracelets WSOP uniquement dans des événements ouverts, sans quota féminin, face au champ complet de joueurs hommes et femmes. Barbara Enright et Nani Dollison ont aussi trois bracelets, mais pas dans ces conditions.
Comment une étudiante en sciences politiques de Yale devient-elle joueuse pro en quelques années ?
Tout commence en 2004 avec des parties dans une chambre universitaire. Selbst observe, apprend, puis fait une heure de route plusieurs fois par semaine jusqu'au casino Foxwoods. Elle monte progressivement les limites tout en terminant ses études, et deux ans après son diplôme, elle atteint déjà la table finale des WSOP.
Naissance de Vanessa Selbst à Brooklyn, New York.
Remporte son premier bracelet WSOP — première femme à gagner 3 bracelets.
Atteint le sommet mondial avec plus de 11 millions en gains de tournoi.
Prend sa retraite du poker professionnel pour rejoindre un hedge fund.
« I play poker to win. The rest is just noise. »
— Vanessa Selbst, PokerStars Blog, 2015
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