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**28 juillet 1996. Istanbul. Ömer Lütfü Topal vient d’être abattu. Son rival Sudi Özkan reçoit un appel téléphonique de Mehmet Eymür, haut cadre du MIT, les services de renseignement turcs : « Ils vont te tuer aussi. Fuis à l’étranger. » Un an plus tard, Özkan prend la direction des Caraïbes.**
Contrairement à Topal, Francisci, Fratoni — les grands noms des guerres de casinos — Sudi Özkan n’est pas mort sous les balles. Il a survécu, prospéré, et construit un empire que les procureurs de plusieurs pays n’ont jamais réussi à démanteler définitivement. À 86 ans, il attend toujours le retour du jeu légal en Turquie.
Voici l’histoire du seul roi des casinos qui ait gagné sa guerre.
L’héritier de Topal : survivre à l’État profond
Sudi Özkan naît en 1939 à Adana. Fils d’épicier, il débute dans l’immobilier et les paris hippiques dans les années 1980, avant de basculer vers les casinos. À la mort de Topal en juillet 1996, il contrôle 19 établissements dans toute la Turquie. Son ascension en fait une cible. Selon des enquêtes journalistiques ultérieures, l’État profond turc — ce réseau de policiers corrompus, d’agents des services et de politiciens — lui fait savoir qu’il est le prochain sur la liste.
L’appel d’Eymür change tout. En janvier 2024, la presse turque révèle qu’Özkan a envoyé une gerbe de fleurs aux obsèques de l’ancien responsable du MIT, décédé cette année-là. Un geste qui dit long sur la nature de leur relation. Özkan ne nie pas avoir été prévenu. Il part. En 1997, il quitte Istanbul pour les Caraïbes, un an avant que le Parlement turc n’interdise tous les casinos sur le territoire national.
L’empire Princess International : 34 casinos, 15 pays
En exil, Özkan ne ralentit pas. Il se tourne vers la Bulgarie voisine, où les licences de jeu s’obtiennent plus facilement. En 2001, il décroche une autorisation à Sofia malgré l’opposition formelle de la police nationale, qui dénonce selon ses propres rapports des allégations de blanchiment pesant sur l’opérateur. Le président du Parlement bulgare, Yordan Sokolov, dont la fille devient avocate du groupe, lui ouvre les portes. Le député Kamen Vlahov, décrit par la presse d’investigation bulgare comme actionnaire occulte, pousse des lois favorables au secteur.
De là, l’empire s’étend. Özkan crée Princess International, une holding qui possède aujourd’hui 34 casinos et 18 hôtels de luxe répartis dans 15 pays — Bulgarie, Macédoine du Nord, Roumanie, Guyana, Panama, Saint-Martin. Chaque territoire offre une juridiction différente, une législation distincte, une couche supplémentaire de complexité pour les enquêteurs. À Philipsburg, capitale de Saint-Martin, il rachète un hôtel et ouvre un casino. Sa fille Vénus Neslihan gère les affaires turques résiduelles. Il s’y installe durablement.
En 2000, le ministère turc des Finances accuse Özkan d’avoir transféré, selon ses calculs, 680 millions de dollars de ses 18 casinos turcs vers des comptes non déclarés en Suisse, via des sociétés écrans au Liechtenstein et aux îles Vierges. La méthode décrite par les enquêteurs : gonflements artificiels des pertes, surfacturations, et montages d’une sophistication notable. La direction des douanes publie un rapport qualifiant l’affaire d’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire turque. En 2003, Özkan négocie une amnistie fiscale et s’engage à rembourser 40 millions de dollars d’arriérés. Les dossiers les plus graves sont classés. L’OCCRP, consortium international de journalistes d’investigation, le cite parmi les figures majeures du blanchiment en Europe — sans condamnation définitive à ce stade.
La résilience d’un empire : procès, scandales et retour annoncé
En 2009, son directeur financier Can Toprak porte plainte pour licenciement abusif. Dans sa déposition, il affirme avoir été témoin selon ses dires de l’arrivée quotidienne de fonds non déclarés et avoir été menacé après avoir refusé de couvrir une transaction. L’affaire est classée sans suite faute de preuves tangibles.
En 2024, le nom d’Özkan resurgit dans une affaire de construction à Büyükçekmece, banlieue d’Istanbul, où des permis municipaux contestés auraient concerné des terrains liés à son groupe. Aucun lien direct n’est établi par l’enquête. Le dossier est pendant.
Ce qui distingue Özkan de ses prédécesseurs, c’est précisément cette capacité à durer. Topal a été abattu. Francisci a été abattu. Fratoni a fui en exil et est mort en Suisse. Özkan, lui, a transformé l’exil en expansion. Chaque fermeture de marché est devenue une opportunité d’en ouvrir un autre. Chaque procédure judiciaire s’est terminée en classement ou en négociation.
En 2023, le gouvernement turc annonce vouloir rouvrir les casinos sur le territoire national, dans un contexte de crise économique et de recherche de revenus fiscaux. Les observateurs turcs voient déjà Özkan aux premières loges. L’homme qui a fui Istanbul en 1997 sur un appel téléphonique pourrait bien y revenir par la grande porte — ce qui distingue radicalement sa trajectoire de celle de ces empires bâtis sur la violence et dissous par elle, que l’on retrouve aujourd’hui uniquement dans l’imaginaire d’une animation casino île-de-france où la tension des mises reste entière, sans les arrière-cours.
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FAQ
**Qui est Sudi Özkan ?**
Né en 1939 à Adana, Sudi Özkan était l’un des deux grands opérateurs de casinos turcs dans les années 1990, rival d’Ömer Lütfü Topal. Prévenu de son assassinat imminent après la mort de Topal en 1996, il quitte la Turquie avant l’interdiction des casinos en 1998. Il bâtit ensuite le groupe Princess International, qui possède aujourd’hui 34 casinos et 18 hôtels dans 15 pays. À 86 ans, il est toujours actif entre Istanbul et Saint-Martin.
**Quelles accusations pèsent sur Sudi Özkan ?**
Le ministère turc des Finances a accusé Özkan d’avoir transféré 680 millions de dollars de ses casinos vers des comptes offshore non déclarés, via des sociétés écrans au Liechtenstein et aux îles Vierges. En 2003, il a négocié une amnistie fiscale et s’est engagé à rembourser 40 millions de dollars d’arriérés. Les dossiers les plus graves ont été classés. L’OCCRP le cite parmi les figures du blanchiment en Europe, sans condamnation définitive établie.
**Quel est le lien entre Özkan et l’affaire Susurluk ?**
Özkan est directement lié à l’écosystème que le scandale Susurluk a révélé : l’alliance entre l’État profond turc, les services de renseignement et les opérateurs de casinos. Selon ses propres déclarations rapportées par la presse turque, c’est Mehmet Eymür — haut responsable du MIT impliqué dans l’affaire Susurluk — qui l’a prévenu de fuir en 1996. La gerbe de fleurs envoyée aux obsèques d’Eymür en 2024 a relancé le débat sur la nature de cette relation.