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Venise, 1638. Le Conseil de la ville ouvre une maison de jeu publique pour mettre fin aux établissements clandestins qui prolifèrent. C’est la première fois dans l’histoire qu’un État légalise et régule le jeu d’argent.
Le lieu s’appelle Il Ridotto — du latin « reducere », rassembler. Il occupe le Palazzo Dandolo, près de l’église San Moïse. L’accès est théoriquement public. En pratique, les joueurs entrent masqués, portant le bauta vénitien et le tricorne. Les enjeux sont élevés. Les moins fortunés ne viennent pas.
Le Ridotto
Le Ridotto ouvre uniquement pendant le Carnaval — qui dure six mois par an à Venise. Les jeux pratiqués : la bassette, le pharaon, le biribi, ancêtre de la roulette proposant 70 numéros avec des gains à 64 contre 1. L’établissement s’étend sur quatre étages, avec salles à manger et décorations artistiques. Francesco Guardi et Pietro Longhi en immortalisent les intérieurs.
Le succès est immédiat. En moins d’un siècle, 120 maisons de jeu s’ouvrent à Venise. En 1797, l’année de la chute de la République, la ville en compte 136. Giacomo Casanova fréquente le Ridotto dans ses dernières années.
Le 27 novembre 1774, le Conseil des Dix ferme tout. Le réformateur Giorgio Pisani a mené la campagne pour « préserver la piété et le comportement modéré » des citoyens. Le jeu repart dans la clandestinité.
Byron, Wagner
De 1816 à 1819, Lord Byron s’installe au Palazzo Mocenigo sur le Grand Canal avec 14 serviteurs, 2 singes, un renard et deux dogues. Le Ridotto est fermé depuis quarante ans, mais des casini privés opèrent dans l’ombre. Byron s’y ruine méthodiquement, écrit « Beppo », les premiers chants de « Don Juan », « Ode to Venice ».
En septembre 1882, Richard Wagner loue l’intégralité du piano nobile du Ca’ Vendramin Calergi — un palais Renaissance construit entre 1481 et 1509, que Francesco Sansovino avait classé en 1581 parmi les quatre plus beaux de Venise. Wagner arrive avec Cosima Liszt, quatre enfants et les domestiques. Il meurt d’une crise cardiaque dans le palais le 13 février 1883, à 69 ans.
1959 : le retour
La municipalité rachète le Ca’ Vendramin Calergi en 1946. En 1959, le palais devient officiellement le siège du Casino di Venezia — 185 ans après la fermeture du Ridotto. Le musée Wagner ouvre en 1995 dans les mêmes murs, avec la plus grande collection privée consacrée au compositeur hors de Bayreuth.
Aujourd’hui, le casino n’ouvre que les vendredis, samedis et dimanches de 20h15 à 3h15. Entrée : 50 euros, comprenant 20 euros de jetons, une boisson, le parking et le vestiaire. 23 tables — roulette française, blackjack, chemin de fer, Caribbean poker — et plus de 600 machines à sous. Pantalon obligatoire pour les hommes.
En 2006, une partie de Casino Royale y est tournée. Les « Wagner Days in Venice » s’y tiennent chaque automne.
Les organiser une soirée casino professionnelle reproduisent les jeux du Casino di Venezia — roulette française, blackjack, croupiers en costume — sans qu’il soit nécessaire de prendre le vaporetto.
Questions fréquentes
Pourquoi les joueurs du Ridotto entraient-ils masqués ?
Le masque vénitien (bauta) et le tricorne permettaient de jouer anonymement dans ce premier casino légal de l'histoire. Bien que l'accès soit théoriquement public, cette pratique maintenait une certaine discrétion sociale, particulièrement utile quand on risquait des sommes considérables sur des jeux comme le biribi ou la bassette.
Le Carnaval de Venise durait vraiment six mois par an ?
Oui, au XVIIIe siècle, le Carnaval vénitien s'étalait sur une durée exceptionnelle, et le Ridotto n'ouvrait que pendant cette période. C'est précisément cette longévité festive qui a permis au casino de prospérer et d'inspirer l'ouverture de 136 maisons de jeu dans la ville avant la chute de la République en 1797.
Qui vivait avec Lord Byron dans son palais vénitien ?
Entre 1816 et 1819, Byron partageait le Palazzo Mocenigo avec 14 serviteurs, 2 singes, un renard et deux dogues. C'est dans cette ménagerie extravagante qu'il écrivait les premiers chants de Don Juan tout en se ruinant dans les casini clandestins de Venise.
Peut-on vraiment jouer au casino où Wagner est mort ?
Oui, le Ca' Vendramin Calergi où Wagner s'est éteint en 1883 est devenu le Casino di Venezia en 1959. Les vendredis, samedis et dimanches, on peut jouer à la roulette et au blackjack dans ce palais Renaissance, tandis qu'un musée Wagner occupe une autre partie du bâtiment.
📅 Repères chronologiques

Le palais Ca’ Vendramin Calergi, siège du Casino di Venezia, sur le Grand Canal, Venise. Photo : Wolfgang Moroder, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Questions fréquentes
Qui vivait avec Lord Byron dans son palais vénitien ?
Le poète romantique partageait son Palazzo Mocenigo avec 14 serviteurs, 2 singes, un renard et deux dogues. Entre 1816 et 1819, il s'y ruinait dans les casinos clandestins tout en écrivant certains de ses plus grands chefs-d'œuvre, dont les premiers chants de « Don Juan ».
Peut-on vraiment jouer au casino où Wagner est mort ?
Oui. Le Ca' Vendramin Calergi, où Wagner rendit son dernier souffle en 1883, abrite depuis 1959 le Casino di Venezia. Vous pouvez jouer à la roulette dans les mêmes salons Renaissance où le compositeur vivait avec Cosima Liszt, tandis qu'un musée Wagner occupe une autre partie du palais.
Quel jeu du Ridotto offrait les gains les plus vertigineux ?
Le biribi, ancêtre de la roulette, proposait 70 numéros avec des gains à 64 contre 1. Ce rapport beaucoup moins favorable que la roulette moderne (35 contre 1) explique en partie pourquoi tant de joueurs masqués y laissaient leur fortune au XVIIIe siècle.
Combien de temps a duré la prohibition du jeu à Venise ?
185 ans exactement. Fermé en 1774 par le Conseil des Dix au nom de « la piété et du comportement modéré », le jeu légal ne revint à Venise qu'en 1959. Entre-temps, Byron et d'autres se ruinaient dans des casini clandestins éparpillés dans la Sérénissime déchue.
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