L’âge d’or des casinos et de la jet-set : quand les chasseurs de têtes côtoyaient James Bond

⏱ Temps de lecture : 8 min

Couverture du livre Un homme seul de Frédéric Beigbeder

« La planète était un long couloir avec de la moquette beige au sol et des lustres au plafond, où l’on buvait du champagne Bollinger en négociant des pourcentages sur des contrats commerciaux d’import-export. » Frédéric Beigbeder décrit ainsi le monde professionnel de son père, Jean-Michel.

Jean-Michel Beigbeder est diplômé de Harvard Business School. Il est « chasseur de têtes » — consultant en recrutement de dirigeants — dans les années 1960-1980. Il passe sa vie dans les avions et fréquente les mêmes hôtels que James Bond : Hyatt, Fairmont, Hilton, InterContinental, Oriental de Bangkok, Peninsula de Hong Kong, Raffles de Singapour. « L’utopie de cet homme en costume trois-pièces, qui fait le tour du monde en portant une mallette (explosive ou non), fut celle de mon père », écrit son fils.

Les casinos comme bureaux

Dans le capitalisme international des Trente Glorieuses, les casinos ne sont pas des espaces de divertissement — ce sont des centres nerveux du pouvoir économique. Les décisions se prennent dans des environnements feutrés, entre deux parties de baccarat ou au bar d’un casino de luxe. Les barrières entre plaisir et affaires n’existent pas encore.

Jean-Michel Beigbeder est membre de l’Automobile Club de France, du Maxim’s Business Club, du Polo et du Travellers. Ces clubs fonctionnent comme des casinos privés où l’on joue avec des carrières et des empires industriels plutôt qu’avec des jetons. « Il ne fallait pas embaucher le meilleur boss visible mais le meilleur boss existant », explique Frédéric Beigbeder — logique identique à celle du joueur professionnel qui cherche l’information que les autres n’ont pas.

Lire les gens en cinq minutes

La méthode de Jean-Michel Beigbeder présente des similitudes avec le poker. « Les cinq premières minutes, notre avis est fait » — c’était l’une de ses maximes professionnelles. « Un chasseur cherche des comportements plutôt que des compétences », note son fils. Cette capacité à évaluer rapidement les potentiels et les failles humaines est exactement ce que les joueurs de poker professionnels appellent « lire » leurs adversaires.

« On ne va pas passer une annonce pour chercher un CEO. On contacte un consultant confidentiel avec un attaché-case et un réseau de chefs bien formés. » L’information circule par des canaux privés. La discrétion est une compétence professionnelle. Les mêmes codes régissent les salles de jeu.

25 villes, même expansion que les chaînes de casinos

Les années 1970-1980 voient l’internationalisation simultanée des affaires et du jeu. Pendant que Jean-Michel Beigbeder ouvre des bureaux « dans 25 villes : Sydney, Melbourne, Amsterdam, Singapour, Hong Kong, Séoul, São Paulo, Toronto », les premières chaînes de casinos internationales suivent exactement la même logique d’expansion. Les deux industries se développent dans les mêmes villes, pour les mêmes clients.

La chute

Mais comme toute partie, celle-ci a une fin. Frédéric Beigbeder l’observe avec lucidité : « L’inconvénient de la jet-set : dès que tu tombes malade, que tu vieillis et maigris, ou que tu t’appauvris et que tu perds ton pouvoir, tu te retrouves seul. » Les casinos ont cette capacité identique à révéler les vraies hiérarchies. Quand la chance tourne, les flatteurs disparaissent aussi vite qu’ils étaient apparus.

L’époque où les grands décideurs négociaient naturellement dans des cercles privés et des casinos appartient au passé. Elle a été remplacée par les plateformes de visioconférence, les espaces de coworking et les algorithmes de recrutement. Les « chasseurs de têtes » à attaché-case ont laissé place à LinkedIn.

Pour les soirées qui recréent l’atmosphère de cette époque — la table de jeu comme espace de sociabilité professionnelle — les animations casino en Île-de-France de L’As du Casino proposent l’expérience des grandes salles dans un cadre événementiel contemporain.

Questions fréquentes

Pourquoi Jean-Michel Beigbeder recrutait-il des PDG dans des casinos plutôt que dans des bureaux ?

Dans le capitalisme des Trente Glorieuses, les casinos de luxe fonctionnaient comme des centres nerveux du pouvoir économique. Les décisions stratégiques se prenaient naturellement entre deux parties de baccarat, dans un environnement feutré où les barrières entre plaisir et affaires n'existaient pas encore.

Quelle est la méthode de poker que Jean-Michel Beigbeder appliquait au recrutement de dirigeants ?

« Les cinq premières minutes, notre avis est fait » — cette maxime résume sa capacité à évaluer rapidement les potentiels et failles humaines. Comme un joueur de poker professionnel, il cherchait à « lire » les comportements plutôt que les compétences visibles sur un CV.

Pourquoi les casinos et les cabinets de chasseurs de têtes se sont-ils développés dans les mêmes villes ?

Les années 1970-1980 voient l'internationalisation simultanée des deux industries. Que ce soit Sydney, Hong Kong ou Singapour, casinos et consultants suivaient exactement la même logique d'expansion — parce qu'ils visaient la même clientèle de décideurs internationaux.

Qu'est-ce que la chute de Jean-Michel Beigbeder révèle sur le monde des casinos ?

« Dès que tu vieillis ou que tu perds ton pouvoir, tu te retrouves seul » — cette observation cruelle s'applique autant à la jet-set qu'aux salles de jeu. Les casinos, comme le monde des affaires d'élite, révèlent les vraies hiérarchies : quand la chance tourne, les flatteurs disparaissent instantanément.

📅 Repères chronologiques

1950
Essor de la jet-set européenne et fréquentation accrue des casinos de la Côte d’Azur et de Monte-Carlo après-guerre
1962
Sortie de ‘James Bond contre Dr. No’, premier film de la saga, ancrant l’image du casino comme lieu de pouvoir et d’affaires
1970
Apogée des Trente Glorieuses : les grandes fortunes industrielles et financières françaises font du casino un lieu de réseau informel
1983
Jean-Michel Beigbeder fonde Eurocom, groupe de communication qui deviendra l’un des plus puissants de France, dans un contexte de réseaux mondains
1997
Fusion d’Eurocom au sein du groupe Havas, marquant la fin d’une ère de capitalisme de réseau à la française
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