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Enghien-les-Bains, fin XIXᵉ siècle. La jeune Jeanne Bourgeois tient un étal de fleurs devant le casino. Pour un œillet passé à leur boutonnière, les « richards » parisiens lui laissent parfois un louis d’or — l’équivalent de plusieurs semaines de salaire ouvrière. Elle observe. Elle apprend.
Née en 1875 dans une famille de plumassiers, Jeanne Bourgeois comprend très tôt que les lieux de jeu sont des aimants à fortune et à confidences. Dans l’atmosphère détendue du casino, les barrières sociales tombent. Une femme intelligente peut en tirer un profit considérable — en argent, en influence, et en informations. L’historien Bruno Fuligni le formule ainsi : « La petite Jeanne comprend qu’elle peut, par son charme, entrouvrir les coffres-forts des possédants. » Elle apprend à y déchiffrer les non-dits, les rivalités, les vanités.
Le Casino de Paris : scène et bureau d’espionnage
Quand Mistinguett atteint la gloire, c’est au Casino de Paris, rue de Clichy, qu’elle règne. L’établissement est une plaque tournante cosmopolite : diplomates, industriels, artistes internationaux, hommes d’affaires fortunés se mélangent dans la frénésie des soirées. Les loges privées, les coulisses et les réceptions après-spectacle sont des espaces où les langues se délient sous l’effet du champagne et de la fascination pour la star.
C’est dans ce contexte qu’elle entretient une liaison avec Alexandre de Hohenlohe-Schillingsfürst, prince allemand introduit dans les cercles parisiens et germaniques. Quand la guerre éclate en 1914, les services secrets français recrutent la chanteuse pour ses relations uniques. Elle accepte sans hésiter.
Genève, 1914 : le palace comme terrain d’opération
Sa première mission l’emmène en Suisse neutre, au Beaurivage de Genève. Ce palace à l’ambiance feutrée ressemble à un grand casino : l’élite internationale s’y croise, l’argent circule, et derrière les sourires se joue une guerre de l’ombre. Sous le prétexte plausible de s’enquérir du sort de Maurice Chevalier, alors prisonnier en Allemagne, elle retrouve le prince de Hohenlohe. Elle joue la comédie de l’ancienne amante inquiète et recueille des renseignements militaires et politiques.
« À l’hôtel où j’étais descendue à Genève, j’appris bientôt, et personne ne s’en cachait, que j’étais tombée en plein centre du contre-espionnage international », confiera-t-elle plus tard. Elle était dans son élément.
Juin 1918 : la confidence qui change la guerre
Sa mission la plus décisive a lieu en juin 1918. Lors d’une rencontre en Suisse, le prince de Hohenlohe, inquiet pour elle, se laisse aller à une confidence : « La guerre sera maintenant vite finie. De notre côté, on prépare une grosse affaire qui sera décisive. Les Français et les Anglais nous attendent sur la Somme, mais c’est en Champagne que ça se passera. »
Ce renseignement, transmis aussitôt aux services français, change le cours de l’histoire. L’état-major renforce le front de Champagne et prépare un piège. L’offensive allemande du 15 juillet 1918 se brise sur des lignes préparées. Cet échec marque le début de l’effondrement final de l’armée allemande. Le général Gamelin confirmera : « Il y a toutes chances que cette brave ‘Miss’ nous ait rendu grand service en nous alertant ainsi d’avance. »
L’argent, le bluff, la mise
Toute la vie de Mistinguett est marquée par une relation complexe à l’argent — trait qu’elle partage avec l’univers des casinos. Née dans la misère, elle développe une avarice légendaire qui devient une force dans son travail d’espionnage. Elle comprend instinctivement que l’information a un prix, que les secrets se monnaient, que la séduction est une transaction. Comme une joueuse aguerrie, elle sait quand miser sur une relation, quand bluffer pour obtenir davantage, quand rafler la mise.
Aucune décoration
Malgré ses services, Mistinguett n’a jamais reçu la moindre décoration officielle. La femme qui contribua à sauver Paris en 1918 repose au cimetière d’Enghien — non loin du casino où tout a commencé. Bruno Fuligni a adressé une « Note au Président de la République » pour signaler cette injustice. Elle est restée sans suite.
Pour les soirées casino qui évoquent le glamour de cette époque — sans missions d’espionnage — les animations casino en Île-de-France de L’As du Casino recréent l’atmosphère des grandes salles parisiennes du début du XXᵉ siècle.
Questions fréquentes
Comment une vendeuse de fleurs devant un casino est-elle devenue espionne ?
Jeanne Bourgeois a compris très jeune qu'un casino était un lieu où les barrières sociales tombent et où les confidences circulent librement. En observant les « richards » parisiens à Enghien-les-Bains, elle a appris à déchiffrer les non-dits et les vanités — un apprentissage précieux qui fera d'elle, des années plus tard, l'espionne Mistinguett.
Quelle phrase prononcée par un prince allemand a changé le cours de la Première Guerre mondiale ?
En juin 1918, le prince de Hohenlohe confie à Mistinguett que l'offensive décisive allemande se fera en Champagne et non sur la Somme comme prévu. Cette confidence, transmise aux services français, permet de renforcer le front et de briser l'attaque du 15 juillet 1918, marquant le début de l'effondrement allemand.
Pourquoi dit-on que le Casino de Paris était un véritable bureau d'espionnage ?
C'était une plaque tournante cosmopolite où diplomates, industriels et hommes d'affaires se mêlaient dans les loges privées et les coulisses. Sous l'effet du champagne et de la fascination pour la star Mistinguett, les langues se déliaient — faisant du lieu un terrain d'opération idéal pour collecter des renseignements sensibles.
Pourquoi Mistinguett n'a-t-elle jamais reçu de décoration malgré ses services à la France ?
Malgré son rôle décisif dans la victoire de 1918, confirmé par le général Gamelin lui-même, Mistinguett n'a jamais été officiellement décorée. La femme qui a contribué à sauver Paris repose aujourd'hui au cimetière d'Enghien, près du casino où son destin exceptionnel avait commencé.
Le casino reste aujourd’hui un vecteur de convivialité pour les entreprises parisiennes : organiser une soirée casino La Défense permet de réunir collaborateurs et partenaires dans un cadre élégant et festif.
Naissance de Jeanne Florentine Bourgeois à Enghien-les-Bains, France.
Débuts au Casino de Paris sous le nom de Mistinguett.
Au sommet de sa gloire, utilise ses contacts mondains pour le contre-espionnage français.
Son spectacle « Paris qui jazz » bat tous les records d’affluence du Casino de Paris.
Décède à Bougival à 80 ans, saluée comme la reine incontestée du music-hall français.
« Ma figure est mon passeport. Avec elle, j’ouvre toutes les portes. »
— Mistinguett, attribué, années 1920
Photographie de Mistinguett dans ses costumes de scène emblématiques.
Source : Wikimedia Commons — Domaine public
📅 Repères chronologiques
« Ma figure est mon passeport. Avec elle, j’ouvre toutes les portes. »
— Mistinguett, attribué, années 1920

Photographie de Mistinguett dans ses costumes de scène emblématiques. — Source : Wikimedia Commons — Domaine public
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