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Vienne, 1980. Johann Graf vient de voir l’enseigne d’un hôtel Novotel depuis la fenêtre de sa voiture. Il rebaptise son entreprise Novomatic sur-le-champ. Aujourd’hui, Novomatic emploie 20 000 personnes dans 130 pays et pèse 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Tout ça commence avec des flippers belges dans des pubs viennois.
Johann Graf naît en 1946 à Vienna-Döbling. Élevé par ses grands-parents dans un appartement sans eau courante. Il devient apprenti boucher, puis à 23 ans le plus jeune maître-boucher d’Autriche. Ses parents possèdent une boucherie à Perchtoldsdorf et attendent qu’il reprenne l’affaire. Il refuse.
En 1974, il s’associe avec un commerçant en électronique pour importer des flippers belges qu’ils installent dans des pubs, cafés et maisons closes. Premier instinct commercial. Premier succès.
La vision avant les autres
En 1980, son associé part. Graf fonde Novomatic avec 50 000 schillings autrichiens — environ 3 600 euros actuels. Son observation de départ : Casinos Austria, le monopole public, ne cible que les clients aisés dans des établissements luxueux et intimidants. Il voit le marché que personne ne sert — les joueurs ordinaires, dans des espaces accessibles.
Là où ses concurrents restent sur des systèmes électromécaniques, Graf mise sur l’électronique. En 1984, Novomatic développe le MPU 01 — Micro Processor Unit 01 — qui deviendra la base technologique des machines à sous modernes. En 1989, American Poker II sort. L’industrie le surnommera « The Legend. » La réputation de Novomatic en game design est établie.
La chute du rideau de fer comme opportunité
Novembre 1989. Le mur tombe. Graf est parmi les premiers entrepreneurs occidentaux à s’implanter massivement en Europe de l’Est. Pologne, République tchèque, Hongrie, Roumanie — il installe Novomatic comme leader dans ces marchés avant que ses concurrents comprennent ce qui se passe. En 2000, il crée un centre de R&D conjoint avec l’université de Cracovie. Plus de 200 ingénieurs.
Aujourd’hui, Novomatic investit 10 % de son chiffre d’affaires en R&D, maintient 31 centres dans 18 pays, détient plus de 5 000 droits de propriété intellectuelle et lance environ 200 nouvelles variantes de jeux chaque année.
« Deus ex Automatica »
Ses employés l’appellent « Deus ex Automatica » — le Dieu des machines à sous — ou simplement « Professeur », titre honorifique décerné par le président autrichien. Il n’arrive jamais avant 10 h du matin, ne part jamais avant minuit. Peu d’employés le voient en personne. Il passe son temps à fumer des cigares dans son bureau ou en réunion avec son cercle rapproché. Son assistante personnelle est surnommée « Commander. »
Il parcourt le monde dans son jet privé pour inspecter personnellement les machines et prospecter de nouveaux marchés. 120 Jaguar vintage dans sa collection personnelle. Une résidence en Carinthie alpine, loin des regards.
Book of Ra et les légendes
Les jeux les plus emblématiques de Novomatic sont devenus des classiques du secteur : Book of Ra, qui transporte les joueurs dans l’Égypte antique — l’un des jeux les plus copiés de l’histoire des machines à sous. Sizzling Hot. Lucky Lady’s Charm. Fruits’n Sevens. Ces titres continuent de générer des revenus substantiels des décennies après leur lancement.
En 2010, Novomatic rachète Greentube, studio londonien spécialisé dans le jeu en ligne. En 2018, acquisition de 52 % d’Ainsworth Game Technology en Australie pour 300 millions d’euros. L’empire s’étend sans jamais s’arrêter.
La transmission
En janvier 2021, Graf transfère 20 % des parts de sa holding : 10 % à son fils Thomas, directeur technique de Novomatic, 5 % chacun aux deux directeurs généraux. Continuité familiale et récompense des cadres fidèles dans un seul mouvement.
À 79 ans, Graf reste impliqué dans les décisions stratégiques majeures. Du boucher de Perchtoldsdorf au troisième homme le plus riche d’Autriche, aux côtés de feu Dietrich Mateschitz et de Karl Wlaschek. Il n’a jamais accordé beaucoup d’interviews. Il préfère laisser les machines parler pour lui.
Questions fréquentes
Pourquoi Johann Graf a-t-il refusé de reprendre la boucherie familiale alors qu'il était le plus jeune maître-boucher d'Autriche ?
À 23 ans, Graf était déjà devenu le plus jeune maître-boucher du pays, mais il a préféré tout quitter pour importer des flippers belges dans les pubs viennois. Ce premier instinct commercial en 1974 allait le mener bien plus loin que les steaks de Perchtoldsdorf — jusqu'à un empire de 3,5 milliards d'euros.
Comment un panneau Novotel aperçu depuis une voiture a-t-il donné son nom à un empire du jeu ?
En 1980, Johann Graf roule dans Vienne quand il aperçoit l'enseigne d'un hôtel Novotel. Le nom lui plaît instantanément : il rebaptise son entreprise Novomatic sur-le-champ. Ce choix impulsif depuis une fenêtre de voiture est devenu l'identité d'un géant présent dans 130 pays.
Pourquoi les employés de Novomatic appellent-ils leur patron 'Deus ex Automatica' ?
Johann Graf arrive après 10h mais ne part jamais avant minuit, fume des cigares dans son bureau et reste invisible pour la plupart de ses 20 000 employés. Cette présence fantomatique mais omnipotente lui a valu ce surnom divin — le Dieu des machines à sous — et le titre honorifique de 'Professeur' décerné par le président autrichien.
Quel coup de génie Johann Graf a-t-il réalisé en novembre 1989 ?
Quand le mur de Berlin tombe, Graf est parmi les premiers entrepreneurs occidentaux à s'implanter massivement en Europe de l'Est. Pendant que ses concurrents hésitent, il installe Novomatic comme leader en Pologne, République tchèque, Hongrie et Roumanie — une vision stratégique qui consolidera sa domination continentale.
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