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Leadville, Colorado, années 1870. Frank Duffield, ingénieur des mines, emmène sa femme dans les saloons plutôt que de la laisser seule. Alice regarde. Puis elle commence à jouer pendant qu’il travaille. Puis Frank meurt dans une explosion.
Alice Ivers naît en 1851 à Sudbury, Angleterre, dans une famille d’instituteurs. Éducation stricte, conventions victoriennes, pensionnat d’élite. La famille émigre en Amérique, s’installe à Leadville pendant la ruée vers l’argent. Alice rencontre Frank Duffield. Elle l’épouse. Il lui apprend le poker.
Quand Frank meurt, les options pour une veuve dans une ville minière sont limitées : pension de famille, domestique, prostituée. Alice choisit autre chose.
Le talent
Elle a une bonne tête pour les cartes et pour calculer les probabilités. Elle sait aussi utiliser son apparence — petite, yeux bleus, cheveux bruns, toujours habillée à la dernière mode de New York. Une dame élégante dans un saloon, qui n’est pas une « colombe souillée », est une rareté dans l’Ouest. Les mineurs viennent voir la curiosité. Ils repartent souvent sans leur argent.
Elle apprend le faro en plus du poker. Sa réputation se répand du Colorado au Nouveau-Mexique. Au Gold Dust Gambling House de Silver City, elle brise la banque : 6 000 dollars en une session. Elle prend le train pour New York, renouvelle sa garde-robe, revient, recommence.
Elle refuse de jouer le dimanche. Conviction religieuse, pas négociable. Les vieux joueurs disent qu’une quinte flush royale ou une paire de deux ne faisait aucune différence sur son visage.
Deadwood
En 1891, elle travaille comme croupière dans le saloon de Bob Ford à Creede, Colorado — le même Bob Ford qui avait tué Jesse James. Puis elle arrive à Deadwood, Dakota du Sud.
Un soir, un joueur ivre sort un couteau sur Warren Tubbs, peintre en bâtiment qui fait de la figuration comme croupier. Alice dégaine son pistolet et tire l’homme dans le bras. Ensuite elle et Tubbs commencent à se fréquenter. Ils se marient. Ils auront sept enfants.
Le ménage fonctionne ainsi : Alice joue, Warren peint. Ils font ensemble un voyage à Silver City — elle gagne 6 000 dollars. Elle l’emmène faire du shopping à New York. Il voit la sagesse de lui laisser le travail de joueuse professionnelle.
Le blizzard de 1910
Warren souffre de tuberculose. Pendant le grand blizzard, il contracte une pneumonie et meurt. Alice charge le corps gelé dans un chariot, attelle les chevaux, se dirige vers Sturgis. Elle met en gage son alliance pour payer l’enterrement.
Elle a plus de 50 ans. Elle se remarie avec George Huckert, éleveur de moutons. Il meurt en 1924. Elle ouvre « Poker’s Palace » entre Sturgis et Fort Meade — jeux, alcool, femmes. Un soldat ivre détruit les meubles. Elle sort son .38 et lui tire dessus. En prison, elle fume des cigares et lit la Bible. Acquittée pour légitime défense. Le saloon est fermé.
1930
À 79 ans, problème de vésicule biliaire, opération risquée. Les médecins annoncent de mauvaises chances. Alice répond : « J’ai affronté de pires côtes que ça, et j’ai toujours détesté les radins. » À un voisin qui la dissuade : « Vous savez que tout est dans la donne. »
Elle meurt le 27 février 1930. Elle estimait ses gains totaux à plus d’un quart de million de dollars — plus de 3 millions en monnaie actuelle. Elle n’avait jamais tenu de comptes précis.
Les croupières des animations casino pour entreprises n’ont pas à mettre en gage leur alliance pour payer les obsèques de leur mari. Le métier a changé depuis Deadwood.
Questions fréquentes
Comment une institutrice anglaise s'est-elle retrouvée à jouer au poker dans les saloons du Colorado ?
Alice Ivers a d'abord accompagné son mari ingénieur dans les saloons de Leadville pour ne pas rester seule. Quand il meurt dans une explosion de mine, elle se retrouve veuve sans ressources et choisit les cartes plutôt que les options habituelles : pension de famille, domestique ou prostitution.
Pourquoi les mineurs perdaient-ils systématiquement face à Poker Alice ?
Alice combinait un vrai talent pour calculer les probabilités avec une apparence trompeuse : une petite dame élégante en robes new-yorkaises, au visage impassible qu'aucune main ne trahissait. Les mineurs venaient voir la curiosité, sous-estimaient l'adversaire, et repartaient les poches vides.
Alice a-t-elle vraiment tiré sur un homme pour défendre son futur mari ?
Oui, à Deadwood en 1891, quand un joueur ivre a sorti un couteau contre Warren Tubbs, Alice a dégainé son pistolet et lui a tiré dans le bras. Ils se sont mariés peu après et ont eu sept enfants ensemble.
Que signifie sa dernière phrase avant l'opération : 'Tout est dans la donne' ?
À 79 ans, face à une opération à faible chance de survie, Alice utilise le vocabulaire du poker jusqu'au bout. Elle accepte les cartes que la vie lui distribue, comme elle l'a toujours fait depuis la mort de son premier mari.
📅 Repères chronologiques
« I’ll shoot you dead before you get another card. »
— Alice Ivers, dite Poker Alice, Avertissement lancé à un joueur soupçonné de tricher à sa table

Photographie de Poker Alice, célèbre joueuse de poker de l’Ouest américain, cigare à la main — Source : Wikimedia Commons — Domaine public