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**6 janvier 1997. Las Vegas. Le corps d’Herbert Blitzstein, 62 ans, gît face contre terre dans un fauteuil en cuir. Une balle de petit calibre vient de traverser son crâne. L’homme qu’on surnommait Fat Herbie — prêteur sur gages, receleur, bras droit de Tony « the Ant » Spilotro — vient d’être exécuté. Le montant de son contrat : 3 500 dollars.**
À quelques centimètres de sa dépouille, des bijoux et des liasses de dollars traînent encore. Deux décennies plus tôt, Blitzstein régnait sur les secteurs les plus lucratifs du crime à Las Vegas. Son parcours résume l’âge d’or puis le crépuscule de la mafia dans la capitale mondiale des casinos — et son assassinat à prix cassé, le symbole d’une organisation qui n’avait plus les moyens de ses ambitions.
L’ancien maire de Las Vegas Oscar Goodman, lui-même ancien avocat de Blitzstein, le résumait ainsi au Mob Museum : « Il était fidèle entre les fidèles. Il n’a jamais parlé. Il a tenu sa parole jusqu’à la balle qui l’a tué. »
Du bookmaker de Chicago au lieutenant de Spilotro
Né le 2 novembre 1934 à Chicago dans une famille juive modeste, Blitzstein débute dans les paris clandestins à la fin des années 1950. Grand costaud d’un mètre quatre-vingt pour plus de 130 kilos, barbe en bouc et costumes voyants, il roule en Cadillac Eldorado et pratique le prêt usuraire depuis son bar habituel, le Tradewinds, dans le quartier de The Patch. Ami d’enfance du bookmaker Henry Kushner, il lui succède quand celui-ci est envoyé en prison.
En 1971, les chefs de l’Outfit de Chicago envoient Tony Spilotro à Las Vegas pour surveiller les intérêts mafieux dans les casinos. Spilotro a besoin d’un lieutenant de confiance. Il choisit Blitzstein. Pendant plus de quinze ans, les deux hommes forment l’un des duos les plus redoutés de la ville — Spilotro comme représentant de l’Outfit, Blitzstein comme bras opérationnel dans la rue. Leur histoire est documentée dans un article dédié à Tony Spilotro sur ce site.
La bijouterie Gold Rush et le gang du Trou dans le mur
Le quartier général de Blitzstein à Las Vegas est une modeste bijouterie, Gold Rush Ltd., sur West Sahara Avenue, à un pâté de maisons du Strip. En façade, elle vend des bijoux et répare des montres. En coulisses, elle sert de repaire au Hole in the Wall Gang — une équipe de cambrioleurs qui perce des ouvertures dans les murs et les plafonds pour atteindre les coffres des commerces voisins sans déclencher les alarmes. Blitzstein n’est pas cambrioleur. Sa spécialité : le recel. Les bijoux volés transitent par son magasin, où il organise leur revente. En parallèle, il continue ses prêts usuraires auprès de joueurs invétérés tombés dans la spirale de la dette.
En 1981, le gang commet une erreur fatale : il tente de cambrioler un magasin d’ameublement le soir du 4 juillet, pendant les feux d’artifice. La police, informée par un indicateur, enserre les lieux et arrête la plupart des membres. Blitzstein, absent ce soir-là, y échappe temporairement. En 1985, l’opération Chutzpah le rattrape : fraude fiscale, possession de cartes de crédit contrefaites, complot de fraude. En février 1987, il est condamné à cinq ans de prison fédérale. Il en purge quatre.
Entre-temps, en juin 1986, Tony Spilotro est exécuté par ses propres chefs de l’Outfit — battu à mort avec son frère Michael dans un champ de maïs de l’Indiana. Privé de son protecteur, Blitzstein sort de prison en 1991 dans un Las Vegas qui ne lui appartient plus.
La Mickey Mouse Mafia et la mort à petit prix
À sa libération, Blitzstein ouvre un atelier de réparation automobile sur Fremont Street avec son associé Joe DeLuca, et continue d’alimenter un portefeuille de prêts usuraires d’environ 250 000 dollars. Son activité attire la convoitise de mafieux de second rang — Robert Panaro pour la famille de Buffalo, Stephen Cino pour celle de Los Angeles — que le FBI décrit comme une Mickey Mouse Mafia. Leur plan : s’emparer de ses parts dans l’atelier et de son portefeuille de prêts. Peter Caruso engage deux tueurs, Richard Friedman et Antone Davi, pour 3 500 dollars.
Le 6 janvier 1997 au soir, DeLuca ouvre la porte de la maison de Blitzstein à Caruso, qui dérobe près de 50 000 dollars en espèces et des bijoux. À peine sorti, Friedman et Davi entrent. Selon les témoignages ultérieurs, Blitzstein, surpris, aurait porté les mains à son visage et demandé « Pourquoi moi ? » avant de s’effondrer, tué d’une balle dans la tête.
L’enquête du FBI, baptisée Operation Thin Crust, aboutit à un procès fédéral en 1999 : quatorze inculpés pour extorsion, conspiration en vue de meurtre et blanchiment. Panaro et Cino sont reconnus coupables de conspiration mais échappent à la condamnation pour meurtre. Friedman, le tireur, est condamné à 300 mois de prison.
L’héritage : le crépuscule de la Cosa Nostra à Las Vegas
La mort de Fat Herbie est souvent présentée comme l’une des dernières exécutions mafieuses traditionnelles de Las Vegas. La Commission des jeux du Nevada avait engagé la procédure pour l’inscrire sur le Livre noir — la liste des personnes exclues à vie des casinos du Nevada. Son assassinat rendit la décision sans objet.
Ce que l’histoire de Blitzstein illustre, c’est la transition brutale de Las Vegas : d’une ville où les prêteurs usuraires et les gangs décidaient du partage des profits, à une métropole administrée par des conseils d’administration, des licences de jeu et des programmes de surveillance. Sa disparition, avec celle des Spilotro et des derniers chefs de la Cosa Nostra, a ouvert la voie à une ère de régulation stricte du jeu. Ce que ces hommes contrôlaient dans l’ombre — l’argent du jeu, les dettes des joueurs, les arrière-salles des casinos — existe aujourd’hui sous une forme radicalement différente : celle d’une soirée casino entreprise, où la mécanique des tables reste entière, sans les créanciers qui attendaient à la sortie.
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FAQ
**Qui était Herbert « Fat Herbie » Blitzstein ?**
Né en 1934 à Chicago, Herbert Blitzstein était un prêteur usuraire, bookmaker et receleur américain. Lieutenant de confiance de Tony Spilotro, représentant de l’Outfit de Chicago à Las Vegas, il a dirigé la bijouterie Gold Rush Ltd. comme couverture pour le recel de bijoux volés et les prêts usuraires. Condamné pour fraude en 1987, il a purgé quatre ans de prison et a été assassiné en janvier 1997 pour 3 500 dollars.
**Quel était le lien entre Blitzstein et les casinos de Las Vegas ?**
Blitzstein n’a jamais directement dirigé de casino. Il opérait dans l’économie parallèle qui gravitait autour d’eux : prêts usuraires aux joueurs désargentés, recel de bijoux volés dans les établissements, paris clandestins. Son magasin Gold Rush servait de couverture pour blanchir les bénéfices issus de ces activités. La Commission des jeux du Nevada avait engagé une procédure pour l’inscrire sur le Livre noir des casinos — une liste d’exclusion à vie — avant que son assassinat ne rende la décision sans objet.
**Pourquoi son assassinat est-il considéré comme emblématique ?**
Parce qu’il a été commandité par des mafieux de second rang — la Mickey Mouse Mafia selon le FBI — et exécuté pour seulement 3 500 dollars. Ce montant dérisoire contraste avec les budgets criminels des années 1970. L’opération Thin Crust qui a suivi a démantelé les dernières cellules mafieuses actives à Las Vegas et conduit à une série de condamnations fédérales. La mort de Blitzstein est souvent présentée comme le véritable crépuscule de la Cosa Nostra dans la capitale mondiale des casinos.
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