Roy Cohn : l’avocat de la mafia qui a rodé le système du skimming

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Roy Cohn : l’avocat de la mafia qui a rodé le système du skimming

2 août 1986. New York, St. Luke’s-Roosevelt Hospital. Roy Cohn, 59 ans, râle sur son lit d’hôpital. Il sait qu’il va mourir. Le sida le ronge. Mais il refuse de l’admettre. Il dicte à sa secrétaire une lettre pour contester sa radiation du barreau de New York, prononcée huit jours plus tôt. « Je ne suis pas un avocat de la mafia, je suis l’avocat des gens qu’on attaque », a-t-il coutume de dire. Pourtant, derrière lui, les cadavres judiciaires s’accumulent. Et surtout, derrière lui, il y a le système de skimming de Las Vegas — des millions de dollars détournés des casinos, des prête-noms protégés, des témoins achetés ou réduits au silence. Roy Cohn n’a jamais touché un billet sale de sa main. Mais sans ses montages juridiques, sans ses intimidations, sans ses complicités avec les juges, la mafia de Chicago et de New York n’aurait jamais pu siphonner le Strip pendant vingt ans. L’avocat impitoyable est mort quelques semaines plus tard, le 2 août. Il n’a jamais été condamné. Mais son ombre plane encore sur l’histoire du jeu à Las Vegas.

Roy Marcus Cohn naît le 20 février 1927 dans le Bronx. Fils d’un juge influent, Albert Cohn, et d’une mère banquière, il grandit dans l’argent et les bonnes écoles. À vingt ans, il est diplômé de Columbia Law School. À vingt-trois ans, il devient procureur adjoint fédéral à New York. Sa carrière décolle en 1951, quand il est recruté par le sénateur Joseph McCarthy comme avocat-conseil de la commission des enquêtes sur les activités anti-américaines. C’est Cohn qui mène l’interrogatoire musclé des intellectuels, des homosexuels (lui-même l’était, en secret), des supposés communistes. Sa méthode : attaquer, salir, ne jamais reculer. En 1954, il quitte Washington après la chute de McCarthy, ouvre son cabinet à New York, et devient l’avocat des parrains.

L’avocat des cinq familles

Tony Salerno, le patron de la famille Genovese (la plus puissante des cinq familles new-yorkaises), est son client le plus célèbre. Mais Cohn défend aussi John Gotti, Carmine Persico, Joseph Colombo, et des dizaines de mafieux de rang moyen. Sa spécialité : les procès pour racket, blanchiment, et surtout, les extra ditions. Il négocie des peines allégées, fait disparaître des preuves, achète des jurés. Il ne craint pas de menacer un juge en privé. Sa réputation est si mauvaise que le barreau de New York tente de le radier dès 1964. Il échappe à la sanction grâce à ses relations politiques.

Son rôle dans le skimming de Las Vegas est plus indirect, mais tout aussi essentiel. Les parrains de Chicago (Aiuppa, Cerone, Lombardo) et de Kansas City (Civella) utilisent les services de Cohn pour structurer leurs prête-noms. C’est lui qui rédige les contrats de location des casinos, les montages de sociétés écrans, les clauses de confidentialité qui empêchent les employés de parler. Il conseille Allen Glick, le prête-nom officiel du Stardust, sur la manière de répondre aux enquêteurs du Nevada Gaming Control Board. Il met en relation les avocats des Teamsters avec les banques suisses. Pour chaque service, il prend des honoraires faramineux — en liquide, bien sûr.

Le procès du skimming et l’impunité de Cohn

Quand le FBI démantèle le système de skimming en 1983-1986, Cohn est cité à de nombreuses reprises dans les écoutes. Les procureurs le soupçonnent d’avoir conseillé à ses clients de détruire des preuves. Mais ils n’ont pas de preuve directe. Le 29 juin 1986, le barreau de New York le radie pour « conduite malhonnête, fraude, tromperie et faux témoignage ». La radiation fait suite à quatre dossiers distincts, dont l’un concerne précisément ses mensonges pour protéger un client mafieux. Aucun de ces dossiers ne porte sur le skimming. Cohn meurt un mois plus tard, avant que l’enquête fédérale ne puisse l’atteindre.

Les historiens estiment que son cabinet a touché au moins 5 millions de dollars (environ 15 millions actuels) de la mafia entre 1960 et 1980, dont une partie provenait indirectement des casinos de Las Vegas. Cohn n’a jamais été inculpé pour ces faits. Son héritage juridique est empoisonné : il a montré qu’un avocat pouvait être complice du crime organisé sans jamais risquer sa propre peau, à condition d’avoir les bons amis.

L’héritage d’un fixeur impuni

Roy Cohn est mort au mauvais moment pour la justice, au bon moment pour lui. Il a emporté ses secrets dans la tombe. Sa légende, pourtant, a survécu. Il est le modèle du procureur prédateur devenu avocat des prédateurs, l’inspiration d’un personnage du Parrain, puis de l’inoubliable Roy Cohn joué par Al Pacino dans Angels in America (et par un acteur dans The Apprentice). À Las Vegas, son nom est associé à la dernière époque où la mafia croyait pouvoir acheter tout le monde — y compris ses avocats.

Aujourd’hui, les casinos sont régulés, les avocats sont sous surveillance, et l’argent du jeu est traçable. Les soirées d’entreprise n’ont besoin d’aucun fixeur. Une soirée casino entreprise n’exige ni conseil juridique douteux ni commission secrète. Seulement des jetons, des tapis verts, et des invités qui savent que la seule chose qu’ils risquent, c’est de perdre une mise.

FAQ

1. Qui était Roy Cohn ?

Roy Cohn (1927-1986) était un avocat américain célèbre pour avoir été le principal conseil de Joseph McCarthy, puis le « fixeur » juridique de la mafia new-yorkaise. Il a défendu des parrains comme Tony Salerno et John Gotti.

2. Quel était le rôle de Roy Cohn dans le skimming des casinos de Las Vegas ?

Cohn conseillait les mafieux sur les montages de prête-noms, les sociétés écrans, et les stratégies pour tromper les enquêteurs. Son cabinet a touché des millions de dollars provenant indirectement des détournements du Stardust et d’autres casinos.

3. Pourquoi Roy Cohn n’a-t-il pas été condamné pour ses liens avec la mafia ?

Il a été radié du barreau en 1986 pour malhonnêteté et faux témoignage, mais il est mort quelques semaines plus tard avant que des poursuites pénales puissent être engagées. Il n’a jamais été inculpé directement pour le skimming.

* Sidney Korshak : Surnommé « l’homme qui arrange tout », ce puissant avocat était l’intermédiaire entre le monde des affaires et la mafia de Chicago. Il a facilité des prêts syndicaux pour des casinos et a été impliqué dans des scandales de licence de jeu.


Questions fréquentes

Pourquoi Roy Cohn a-t-il nié jusqu'à sa mort être atteint du sida ?

Cohn, homosexuel closetté toute sa vie, refusait d'admettre publiquement son homosexualité. Avouer le sida aurait révélé ce qu'il avait caché pendant des décennies, lui qui avait persécuté des homosexuels lors de la chasse aux sorcières de McCarthy. Jusqu'au bout, il a maintenu le mensonge, même agonisant.

Comment Cohn pouvait-il défendre la mafia tout en ayant été procureur fédéral ?

Cohn a basculé du côté obscur après la chute de McCarthy en 1954. Son passage au gouvernement lui avait appris les rouages du système judiciaire et lui avait forgé des contacts précieux. Il a simplement retourné ses compétences contre l'État qu'il servait autrefois.

Pourquoi la mafia avait-elle besoin d'un avocat comme Cohn pour le skimming de Las Vegas ?

Le skimming nécessitait des montages juridiques sophistiqués : sociétés écrans, contrats blindés, prête-noms protégés. Cohn structurait légalement l'illégal, rendant le vol quasi-indétectable. Sans lui, pas de façade légale pour couvrir les millions détournés.

Comment Cohn a-t-il échappé toute sa vie à la prison malgré ses activités mafieuses ?

Cohn ne touchait jamais directement l'argent sale et maintenait toujours une distance légale avec les crimes. Ses relations politiques et sa capacité à intimider juges et témoins lui ont permis d'éviter toute condamnation. Il est mort avant que les enquêtes fédérales ne le rattrapent.


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