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Paris, 1807. Dans un salon du faubourg Saint-Germain, les cartes claquent sur le velours vert. Une femme mise l’équivalent de 200 000 euros en une nuit. Elle s’appelle Pauline Borghèse. Elle est la sœur de l’Empereur.
Née Pauline Bonaparte en Corse en 1780, elle grandit dans une famille où l’ambition n’a pas de limites. Considérée comme la plus ravissante des sœurs Bonaparte, elle épouse en 1797 le général Leclerc, puis en 1803 le prince italien Camillo Borghèse — ce qui lui ouvre les portes des cercles les plus exclusifs d’Europe. C’est là, dans la pénombre des salons de jeu, qu’elle trouve vraiment sa place.
L’âge d’or des salons parisiens
Sous l’Empire, les maisons de jeu prolifèrent dans les hôtels particuliers du faubourg Saint-Germain et des Champs-Élysées. On y joue au pharaon, au trente-et-quarante, au baccarat. La roulette fait ses premiers pas dans la capitale.
Pauline fréquente assidûment ces lieux. Les chroniqueurs la signalent chez Madame Hamelin, rue du Mont-Blanc, ou dans les salons de Madame Récamier — soupers fins, spectacles privés, tables de jeu jusqu’à l’aube.
50 000 francs-or en une nuit
Son jeu de prédilection : le pharaon, ancêtre du baccarat, où l’on mise sur des cartes retournées une à une par le banquier. Le baron de Méneval, secrétaire de Napoléon, relate une soirée de 1807 où Pauline perd l’équivalent de 50 000 francs-or en une seule partie — environ 200 000 euros actuels.
À la roulette, elle mise sur le 20 et le 15 : le jour de sa naissance en octobre, et la date d’Austerlitz. Superstition ou stratégie, les témoins ne tranchent pas.
Rome : la villa Borghèse transformée en palace du jeu
En Italie, Pauline organise ses propres soirées dans la villa familiale. La haute société européenne s’y presse — diplomates, artistes, aventuriers fortunés. On joue à la bassette et au primero, jeux italiens qui mêlent stratégie et hasard.
En 1809, lors d’une partie de bassette, Pauline mise ses diamants — cadeau de Napoléon — contre la créance d’un banquier génois. La partie dure toute la nuit. Au matin, elle a récupéré ses bijoux et gagné une villa près de Naples. Le cardinal Consalvi, qui rapporte l’épisode dans ses mémoires, ne cache pas sa stupéfaction.
Les dettes et l’Empereur
Les archives impériales révèlent que Napoléon règle à plusieurs reprises les créances de sa sœur. En 1811, une note du ministre des Finances mentionne un remboursement de 300 000 francs de dettes de jeu. Letizia Bonaparte, leur mère, reproche ouvertement à Pauline ses excès.
Le prince Borghèse finit par lui couper l’accès aux comptes familiaux. Pauline s’adapte : elle gage ses bijoux, emprunte à ses dames de compagnie, sollicite ses admirateurs.
Le jeu comme outil de pouvoir
Dans une société où les femmes disposent de peu d’autonomie financière, les salons de jeu offrent un espace rare. Pauline y noue des alliances, collecte des informations, maintient son rang. Les tables de pharaon deviennent des lieux de négociation informelle où se discutent les affaires d’État.
L’historien Jacques-Olivier Boudon, dans sa biographie de la famille Bonaparte, souligne cette dimension politique : jouer, pour Pauline, c’est aussi gouverner.
L’exil et la fin
La chute de l’Empire en 1814 ne l’arrête pas. Exilée à Rome, elle continue de fréquenter les cercles de jeu. Elle passe par Baden-Baden, participe aux parties privées de l’aristocratie romaine. Elle meurt en 1825, joueuse jusqu’au bout.
Plusieurs établissements parisiens qu’elle patronnait donneront naissance aux premiers casinos modernes. Les soirées casino en Île-de-France d’aujourd’hui héritent, sans le savoir, de cette tradition du jeu de salon qu’elle contribua à raffiner.
Questions fréquentes
Pourquoi Napoléon continuait-il de payer les dettes de jeu astronomiques de sa sœur ?
Les archives impériales montrent qu'en 1811, Napoléon a réglé 300 000 francs de créances pour Pauline. Au-delà du lien familial, il préservait ainsi l'honneur du nom Bonaparte et évitait que les créanciers ne ternissent la réputation de l'Empire dans les salons européens.
Comment Pauline a-t-elle pu récupérer ses diamants ET gagner une villa en une seule nuit ?
En 1809, elle mise les diamants offerts par Napoléon contre la créance d'un banquier génois lors d'une partie de bassette. Après une nuit entière de jeu, elle remporte la partie : elle récupère ses bijoux et gagne en prime une villa près de Naples, sous les yeux stupéfaits du cardinal Consalvi.
Quels numéros Pauline jouait-elle à la roulette et pourquoi ?
Elle misait systématiquement sur le 20 et le 15 : le 20 pour le jour de sa naissance en octobre, et le 15 pour commémorer la victoire d'Austerlitz. Les témoins de l'époque hésitaient entre superstition pure et stratégie sentimentale calculée.
En quoi les tables de jeu donnaient-elles du pouvoir aux femmes sous l'Empire ?
Dans une société où les femmes avaient peu d'autonomie financière, les salons de jeu offraient un espace rare de négociation. Pauline y nouait des alliances, collectait des informations sensibles et maintenait son influence : jouer, c'était aussi gouverner dans l'ombre.
Naissance à Ajaccio, Corse — sœur cadette de Napoléon Bonaparte.
Premier mariage avec le général Leclerc, envoyé à Saint-Domingue où il mourra de la fièvre.
Épouse le prince Camillo Borghese — mariage de convenance, liberté totale.
Pose pour Canova qui sculpte sa célèbre Vénus Victrix — scandale dans toute l’Europe.
Décède à Florence à 44 ans, ruinée par ses dettes de jeu que Napoléon avait refusé de payer in fine.
Sculpture en marbre de Pauline Bonaparte représentée en Vénus, conservée à la Villa Borghèse de Rome.
Source : Wikimedia Commons — Domaine public
📅 Repères chronologiques

Sculpture en marbre de Pauline Bonaparte représentée en Vénus, conservée à la Villa Borghèse de Rome. — Source : Wikimedia Commons — Domaine public