
Illustration — Panorama de la péninsule de Macao et de ses casinos. Photo : Andrew Moore, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
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2024. Macao. Un homme d’affaires chinois pénètre dans l’un des palaces du Cotai Strip. Il ne vient pas pour le spectacle, ni pour la gastronomie. Il vient pour les jetons. Il change 100 millions de dollars en plaques de baccara. Il joue à peine. Il encaisse des chèques certifiés. L’argent sale est entré dans le casino. L’argent propre en est sorti. Le fisc chinois n’a rien vu. La police non plus.
Macao est le plus grand marché de jeu du monde. Ses casinos génèrent plus de revenus que Las Vegas, Atlantic City et Monaco réunis. Mais cette manne a un revers : le blanchiment d’argent. Les flux financiers y sont si massifs, si opaques, que les criminels du monde entier y trouvent une planque.
35 % de taxe sur les opérateurs, 0 % sur les joueurs
Macao est la seule région de Chine où les casinos sont légaux. En 2024, les six opérateurs de jeu ont versé 88,13 milliards de patacas (11 milliards de dollars) de taxes sur le jeu. Les recettes fiscales liées au jeu représentent plus de 80 % du budget de la région.
Le taux est de 35 % du produit brut des jeux (GGR). À cela s’ajoutent 2,4 % pour le Fonds de sécurité sociale et 1,6 % pour la Fondation Macao. Au total, le prélèvement peut atteindre 40 %. Cette ponction massive ne pèse que sur les opérateurs. Les joueurs ne paient rien. Aucun impôt sur les gains.
Cette asymétrie est la clé du système. Les flux financiers des joueurs restent opaques. Un homme d’affaires qui entre avec 100 millions de dollars et repart avec un chèque de casino n’est pas contrôlé. Il n’est pas taxé. Il n’est pas interrogé.
Le blanchiment par les jetons : un mécanisme rodé
Le blanchisseur achète des jetons avec de l’argent sale. Il joue le minimum — une mise symbolique, parfois rien du tout. Il convertit ses jetons en chèques de casino. L’argent, une fois passé par le système du casino, devient « propre ».
Les signalements de transactions suspectes sont en hausse. En 2024, le Bureau d’information financière de Macao (GIF) a reçu 5 245 signalements, dont 3 837 émanant des casinos — un record. Pourtant, sur ces 5 245 signalements, seuls 142 ont été transmis au ministère public pour enquête.
L’affaire Alvin Chau : le roi du junket tombé
Le symbole de cette faille est Alvin Chau, surnommé le « roi du junket ». Il dirigeait Suncity Group, le plus grand opérateur de junkets de Macao — ces intermédiaires qui amènent les joueurs VIP et leur prêtent de l’argent. En janvier 2023, il a été condamné à 18 ans de prison pour fraude et association de malfaiteurs, avec 834 millions de dollars de dommages et intérêts.
La chute d’Alvin Chau a coïncidé avec la campagne anti-corruption de Pékin. Le gouvernement central a démantelé le système des junkets. Mais les analystes estiment que Macao reste un nœud fondamental pour le blanchiment. Le modèle a changé : les activités se sont déplacées vers les jeux en ligne illégaux, les cryptomonnaies, les bureaux de change.
Le paradoxe de Macao : conforme aux normes, mais toujours un hub
Les autorités rappellent que Macao est le seul membre du Groupe Asie-Pacifique contre le blanchiment à respecter les 40 standards internationaux. Des accords d’échange d’informations ont été signés avec 33 pays.
Mais les criminels s’adaptent plus vite que les régulateurs. Le blanchiment est moins centralisé et moins visible, mais il n’a pas disparu.
Cette réalité, les entreprises qui organisent des soirées de jeu la connaissent bien. Le joueur n’a pas besoin de changer des millions en jetons, ni de blanchir de l’argent. C’est le modèle d’une animation casino entreprise en Île-de-France : le frisson des tables, sans les milliards de Macao.
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Les six opérateurs paient une taxe directe de 35 % sur le produit brut des jeux (GGR), plus 2,4 % pour le Fonds de sécurité sociale et 1,6 % pour la Fondation Macao, soit un total de 40 %.
Non. Les joueurs ne paient aucun impôt sur leurs gains de jeu à Macao. Cette absence de fiscalité sur les joueurs crée une zone grise que les blanchisseurs exploitent.
Le blanchisseur achète des jetons avec de l'argent sale, joue le minimum, et convertit ses jetons en chèques de casino. En 2024, les casinos ont signalé 3 837 transactions suspectes au Bureau d'information financière.