Comment inviter la chance dans sa vie ? Le guide pratique du chanceux moderne

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Philippe Gabilliet enseigne la psychologie positive à l’ESCP Business School depuis plusieurs décennies. Sa conclusion après des années de recherche sur les personnes qui « ont de la chance à répétition » : on ne peut pas provoquer la chance, mais on peut décider de se comporter de façon à ce que des choses inattendues commencent à se produire. C’est différent. Et c’est actionnable.

Gabilliet propose une métaphore : la chance est comme le jardinage. On ne contrôle pas ce qui pousse, mais on peut entretenir le terrain, arroser régulièrement, créer les conditions favorables à la croissance. La récolte dépend en partie du sol, en partie de la météo, et en grande partie de l’entretien quotidien. Ignorer l’entretien et espérer une bonne récolte n’est pas de la chance — c’est du wishful thinking.

La technique du « faire semblant »

Le conseil le plus contre-intuitif de Gabilliet : « À partir d’aujourd’hui, même si vous ne croyez pas à votre chance, faites semblant. Personne ne peut consciemment changer ses croyances fondamentales, la programmation profonde de son logiciel intérieur. Mais on peut décider de changer de comportement. »

Il propose un défi de trois semaines : agir comme quelqu’un qui a de la chance, dire aux autres qu’on leur porte chance, se comporter comme si les choses allaient bien se passer. La logique sous-jacente est solide et documentée en psychologie comportementale : nos comportements finissent par influencer nos croyances, et non l’inverse.

Ce n’est pas de la pensée magique. C’est de la modification comportementale progressive. Quelqu’un qui se comporte comme une personne chanceuse — plus ouverte, plus disponible, plus encline à saisir les imprévus — va effectivement rencontrer plus d’opportunités. Pas parce que l’univers le récompense, mais parce que ces comportements produisent des résultats différents.

Les trois dimensions de l’attitude chanceuse

Gabilliet identifie trois dimensions qui se renforcent mutuellement. La dimension cognitive d’abord : regarder le monde sous l’angle des possibilités plutôt que des obstacles. Identifier les leviers d’action disponibles plutôt que de se concentrer sur les blocages. Ce n’est pas du déni — c’est une réorientation consciente de l’attention.

La dimension affective ensuite : éprouver de la satisfaction face aux chances des autres, ainsi qu’à celles qu’on a créées pour eux. Cette dimension est souvent négligée mais cruciale. La jalousie et l’amertume devant la chance des autres créent un angle mort cognitif — on ne peut pas voir une opportunité pour soi dans quelque chose qui nous rend amer. La bienveillance sincère envers les succès d’autrui libère cette capacité de perception.

La dimension comportementale enfin : la façon de décider, d’agir, d’entrer en relation quand on se trouve face à un événement inattendu. La chance ne se manifeste pas dans les situations prévisibles — elle se révèle dans ce qu’on fait avec l’imprévu. Deux personnes confrontées au même événement fortuit peuvent en faire des choses radicalement différentes selon leurs réflexes comportementaux.

Le terrain fertile

Gabilliet décrit les conditions qui rendent une vie « fertile » pour la chance. L’ouverture relationnelle d’abord : aller vers les autres sans attendre quelque chose en retour. Chaque relation authentique est un réseau de possibilités potentielles dont on ne connaît pas encore la forme. La générosité désintéressée crée des liens que l’attente de réciprocité détruirait.

La curiosité active ensuite : s’intéresser à des choses qui ne nous intéressaient pas au premier abord. Chaque nouveau domaine d’intérêt ouvre des connexions imprévues. Les opportunités les plus inattendues arrivent souvent par des chemins qu’on n’aurait pas empruntés si on était resté dans ses domaines habituels.

L’ambition assumée enfin : se donner le droit de nourrir de grands projets, même si leur réalisation n’est pas immédiate. La chance a besoin de « grain à moudre » — des intentions claires, des objectifs définis, des désirs précis. Sans ça, même les opportunités qui se présentent ne sont pas reconnues comme telles parce qu’il n’y a pas de projet auquel les rattacher.

La limite de la pensée positive

Gabilliet apporte une nuance importante que beaucoup de promoteurs de la « pensée positive » ignorent. Certaines épreuves de vie — la perte d’un être cher, une maladie grave, une ruine — ne peuvent pas être « positivées ». Prétendre le contraire est une forme de violence psychologique envers ceux qui traversent ces situations.

Sa formulation est différente : « Une fois passé le moment du deuil, de la douleur, du fond du trou, on peut commencer à se relever en se demandant non pas pourquoi c’est arrivé, non pas ce qu’il y a de positif là-dedans, mais tout simplement ce que l’on va pouvoir en faire, pour soi ou pour les autres. »

La question n’est pas « comment voir le positif dans cette épreuve » mais « qu’est-ce que je vais faire avec ça maintenant. » C’est une différence de posture qui préserve la réalité de la souffrance tout en ouvrant un espace d’action.

Ce que Gabilliet dit des objets porte-bonheur

Sa position sur les amulettes et grigris est nuancée : utiles à condition d’être en petit nombre (idéalement un seul), choisis consciemment et traités avec respect. « Le grigri est une sorte d’objet symbolique qui crée un lien muet mais puissant entre votre inconscient et vous. »

L’explication psychologique est sobre : ces objets fonctionnent comme des ancres cognitives — ils rappellent à leur porteur une posture mentale particulière, une identité (« je suis quelqu’un de chanceux »), et cette identité influence les comportements. Pas de magie. De la psychologie de l’identité appliquée.

Talent, travail, chance : la hiérarchie

Gabilliet est clair sur la place de la chance dans le succès : « En matière de réussite, le talent, le travail et la persévérance restent quand même de bons outils, tout comme l’empathie, l’écoute et la générosité dans la relation à l’autre. Si on maîtrise déjà ça, la chance peut alors donner un coup de pouce. Mais on ne peut pas compter sur elle si on ne fait pas soi-même une partie du chemin. »

La chance est un accélérateur, pas un substitut. Elle amplifie les efforts existants, elle ne les remplace pas. Cette précision est importante parce qu’elle évite deux erreurs symétriques : attribuer tous ses succès à son mérite (en ignorant la part de circonstances favorables), et attribuer tous ses échecs à la malchance (en évitant d’examiner ce qui relevait de ses propres décisions).

Cette dynamique — attitude ouverte + préparation sérieuse + saisie de l’inattendu — se retrouve autour des tables des soirée casino. Les joueurs qui « ont de la chance » au blackjack ou au poker sont souvent ceux qui restent disponibles, lisent la table, saisissent le moment. Pas ceux qui espèrent que les cartes vont tomber du bon côté sans faire autre chose.

Questions fréquentes

Pourquoi faire semblant d'avoir de la chance pourrait vraiment fonctionner ?

Selon Philippe Gabilliet, nos comportements finissent par influencer nos croyances, et non l'inverse. En agissant comme quelqu'un de chanceux pendant trois semaines – plus ouvert, plus disponible aux imprévus – on rencontre effectivement plus d'opportunités, non par magie, mais parce que ces comportements produisent des résultats différents.

Quel est le lien entre la jalousie et le manque de chance ?

L'amertume face à la chance des autres crée un angle mort cognitif : on devient incapable de voir une opportunité pour soi dans ce qui nous rend amer. La bienveillance sincère envers les succès d'autrui libère au contraire cette capacité de perception et ouvre la porte aux possibilités.

Pourquoi la chance ressemble-t-elle au jardinage ?

Comme en jardinage, on ne contrôle pas ce qui pousse, mais on peut créer les conditions favorables : entretenir le terrain, arroser régulièrement, préparer le sol. Ignorer cet entretien quotidien et espérer une bonne récolte n'est pas de la chance, c'est juste du vœu pieux.

Comment la curiosité peut-elle attirer la chance ?

S'intéresser à des domaines qui ne nous attiraient pas au premier abord ouvre des connexions imprévues. Les opportunités les plus inattendues arrivent souvent par des chemins qu'on n'aurait jamais empruntés en restant confiné dans ses intérêts habituels.

« La chance, c’est quand la préparation rencontre l’opportunité. »

— Sénèque, Philosophe stoïcien romain, cette formulation est souvent attribuée à Sénèque, bien que la paternité exacte soit parfois disputée.

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