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Il perdait progressivement la vue. Il a construit les casinos les plus visuellement spectaculaires du monde. Ce paradoxe est la clé de tout.
Steve Wynn est né avec une rétinite pigmentaire — une maladie génétique qui rétrécit inexorablement le champ visuel jusqu’à la cécité totale. Progressivement, le monde se ferme. La vision périphérique disparaît en premier. Puis la nuit devient impénétrable.
Cet homme-là a créé le Mirage, le Bellagio, et le Wynn. Trois des établissements les plus sensoriellement élaborés jamais construits. Trois révolutions successives dans l’histoire de Las Vegas.
Le paradoxe n’est pas une coïncidence. C’en est le moteur.
Le fils d’un joueur compulsif
Il naît en 1942 à New Haven, Connecticut, sous le nom de Stephen Weinberg. Son père Mike a changé le nom de famille en Wynn pour échapper à l’antisémitisme — donnant à son fils, sans le savoir, une nouvelle identité et une nouvelle destinée. Mike Wynn est entrepreneur, mais rongé par la passion du jeu. Il meurt d’une opération du cœur à 47 ans, le jour où Steve termine ses études à l’université de Pennsylvanie.
Cette mort précoce forge quelque chose d’irréversible. La vie est courte. Il faut aller vite. Il faut oser.
En 1967, Steve et sa femme Elaine arrivent à Las Vegas. Il achète 3 % du Frontier Hotel pour 75 000 dollars. Il a 25 ans.
Le Golden Nugget, puis le Mirage
C’est avec le Golden Nugget que Wynn révèle son instinct. Il rénove l’établissement, attire une clientèle haut de gamme dans le centre-ville, devient le plus jeune propriétaire de casino de Las Vegas. Mais ce n’est qu’un échauffement.
En 1989, il ouvre The Mirage sur le Strip. Les critiques parlent de folie — financé par des obligations à haut rendement, misé sur un luxe que personne n’avait encore osé. Wynn répond par un volcan artificiel qui explose toutes les 15 minutes, une forêt tropicale dans le hall, des tigres blancs. Le succès est immédiat et total.
Le Mirage change Las Vegas pour toujours. Tous les concurrents doivent revoir leurs standards. Une ville entière s’adapte à la vision d’un homme qui voit de moins en moins bien.
Privé de vue, il développe tout le reste
C’est là que le paradoxe devient stratégie. Privé progressivement de vision périphérique, Wynn développe ses autres sens avec une acuité exceptionnelle. Il devient obsédé par ce que les autres architectes d’hôtels négligent — le parfum de l’air, la texture des matériaux, la qualité acoustique des espaces, la température ressentie dans chaque salle.
Ses casinos ne sont plus des lieux à voir. Ce sont des lieux à ressentir.
Le Bellagio, ouvert en 1998, en est l’aboutissement. Un lac artificiel avec des fontaines chorégraphiées. Une galerie d’art avec des Picasso, des Van Gogh, des Matisse. Un jardin intérieur en perpétuel renouvellement. Le Bellagio transforme Las Vegas en destination de luxe pour voyageurs fortunés — une ville longtemps associée au kitsch qui rivalise soudain avec les grandes capitales mondiales.
Le Picasso troué
En 2006, Wynn est sur le point de vendre « Le Rêve » de Picasso — une toile de 1932 — au gestionnaire de fonds Steven Cohen pour 139 millions de dollars. La plus grosse somme jamais dépensée pour une œuvre d’art à l’époque.
En montrant le tableau à des amis, Wynn gesticule. Son coude transperce la toile. La vente est annulée.
L’anecdote dit tout ce qu’aucun discours ne pourrait expliquer sur sa condition — et sur sa façon de vivre avec.
L’empire et la chute
Après avoir vendu Mirage Resorts à MGM Grand en 2000, il ouvre le Wynn Las Vegas en 2005. Puis Wynn Macau, Encore Las Vegas, Wynn Palace à Cotai. Chaque propriété porte sa signature — l’excellence absolue, l’obsession du détail, cette capacité à créer de l’émotion pure dans un espace commercial.
En 1993, sa fille Kevyn est kidnappée. Elle sera retrouvée saine et sauve. Sa vie personnelle connaît deux divorces d’avec Elaine Pascal. En 2018, des accusations de harcèlement sexuel le poussent à quitter ses fonctions à la tête de Wynn Resorts.
Son héritage est réel et contesté à la fois. C’est aussi une histoire complète — pas une légende sans ombres.
Ce qui reste, au fond, c’est une question que son parcours pose mieux que n’importe quelle réponse : et si nos contraintes les plus profondes étaient aussi nos atouts les plus puissants ? La rétinite pigmentaire de Wynn l’a forcé à penser l’expérience autrement. Cette contrainte a produit des établissements que personne d’autre n’aurait imaginés. Son empire n’a pas été construit malgré sa condition. En partie grâce à elle.
Ces univers fascinants ont aussi inspiré un format événementiel très prisé des entreprises : organiser une soirée casino d’entreprise, avec tables et croupiers professionnels disponibles en Île-de-France.
📅 Repères chronologiques
« Risk is what keeps you alive in this business. »
— Steve Wynn, Forbes, 2004
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