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24 mai 1908 : Salvatore Giancana naît dans « The Patch », le quartier italien de Chicago. 19 juin 1975 : il est abattu de six balles dans la tête dans le sous-sol de sa maison d’Oak Park, la veille du jour où il devait témoigner devant une commission sénatoriale. Entre ces deux dates, il a été chef de l’Outfit de Chicago, partenaire secret de la CIA, et figure centrale de l’une des conspirations les plus opaques du XXᵉ siècle américain.

L’ascension dans l’Outfit
Sam Giancana entre dans l’Outfit de Chicago dès l’adolescence. Arrêté à dix-huit ans pour meurtre — les charges abandonnées faute de témoins. Le schéma se répétera tout au long de sa carrière : les enquêteurs savent, les témoins disparaissent ou se taisent, les inculpations n’aboutissent pas. Il gravit les échelons sous la tutelle d’Al Capone d’abord, puis de Tony Accardo. Dans les années 1950, il devient le boss opérationnel de l’Outfit — l’homme qui prend les décisions au quotidien pendant qu’Accardo conserve le titre honorifique de chairman.
Las Vegas et Cuba : l’empire du jeu
L’Outfit de Chicago contrôle en sous-main plusieurs casinos de Las Vegas — le Stardust, le Riviera, le Desert Inn. Giancana supervise les intérêts de Chicago, coordonnant avec les autres familles dans le cadre de la Commission que Luciano avait établie. L’argent liquide, le volume, la difficulté à tracer les flux — les casinos sont des machines à blanchir idéales.
À Cuba, sous Batista, il investit aux côtés de Lansky dans plusieurs établissements de La Havane. La révolution de Castro en 1959 détruit ces investissements du jour au lendemain. Une perte que Giancana ne pardonnera jamais — et qui explique en partie ce qui va suivre.
La CIA, l’opération ZR/RIFLE et Castro
En 1960, la CIA approche la mafia américaine : aider à éliminer Fidel Castro. Les services secrets ont besoin de réseaux clandestins que l’agence ne peut pas déployer officiellement. Giancana accepte. L’opération ZR/RIFLE organise plusieurs tentatives d’assassinat contre Castro entre 1960 et 1963. Toutes échouent. Giancana coordonne avec Johnny Rosselli, son représentant à Las Vegas, et avec des exilés cubains anti-castristes.
Cette collaboration lui donne une position extraordinairement ambiguë : chef mafieux poursuivi par le FBI de Hoover, partenaire secret d’une agence gouvernementale. Il croit que cette coopération le protégera des poursuites judiciaires. Il se trompe.
La chute progressive
Le procureur général Robert Kennedy lance contre l’Outfit une offensive judiciaire sans précédent. Giancana est mis sous surveillance constante — les agents du FBI le suivent jusqu’aux terrains de golf. En 1965, plutôt que de témoigner devant un grand jury, il choisit l’exil. Il s’installe à Cuernavaca, au Mexique, pendant plusieurs années. En 1974, le gouvernement mexicain l’expulse à la demande des États-Unis. Il rentre à Chicago.
La nuit du 19 juin 1975
Le Comité Church — la commission sénatoriale américaine qui enquête sur les activités clandestines de la CIA — convoque Giancana pour témoigner sur l’opération ZR/RIFLE et les liens entre la CIA et la mafia. Une audition publique, potentiellement explosive.
Le 19 juin 1975, la veille de son témoignage, Giancana prépare un repas dans le sous-sol de sa maison d’Oak Park — saucisses, escaroles, pois chiches. Quelqu’un sonne à la porte. Il ouvre. Six balles dans la tête à bout portant. L’assassin n’a jamais été identifié. L’enquête n’a jamais abouti. Ce que Giancana aurait dit au Comité Church est resté un secret.
À l’intersection de toutes les zones d’ombre
Le nom de Giancana revient dans presque toutes les théories relatives à l’assassinat de Kennedy — sans qu’aucune preuve définitive n’ait jamais été établie. Ce qu’on sait avec certitude : il était l’un des hommes les plus puissants d’Amérique pendant deux décennies, il a collaboré avec son propre gouvernement pour des opérations que ce gouvernement ne pouvait pas reconnaître, et il est mort la veille du jour où il allait peut-être tout révéler.
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Questions fréquentes
Pourquoi la CIA s'est-elle alliée avec un chef mafieux pour tuer Castro ?
En 1960, la CIA avait besoin de réseaux clandestins impossibles à déployer officiellement. Giancana et la mafia possédaient les contacts à Cuba et la motivation personnelle : Castro avait détruit leurs casinos de La Havane en 1959. Une alliance contre nature née d'intérêts convergents.
Comment Giancana échappait-il systématiquement à la justice malgré ses crimes ?
Le schéma se répétait depuis ses dix-huit ans : les enquêteurs savaient, mais les témoins disparaissaient ou se taisaient. Les inculpations n'aboutissaient jamais. Sa position de partenaire secret de la CIA lui donnait en plus l'illusion — fausse — d'une protection gouvernementale.
Pourquoi Giancana préparait-il lui-même son repas le soir de son assassinat ?
Le 19 juin 1975, dans le sous-sol de sa maison, Giancana cuisinait des saucisses et des escaroles quand quelqu'un a sonné. Il a ouvert — geste qui suggère qu'il connaissait son visiteur. Six balles à bout portant, la veille de son témoignage devant le Sénat.
Qu'est-ce que Giancana emportait dans sa tombe en mourant cette nuit-là ?
Ce qu'il aurait révélé au Comité Church sur l'opération ZR/RIFLE, les liens CIA-mafia, et peut-être l'assassinat de Kennedy. Son silence forcé a scellé l'une des zones d'ombre les plus opaques du XXᵉ siècle américain. L'enquête sur son meurtre n'a jamais abouti.
Naissance de Sam Giancana à Chicago.
Devient le patron de l’Outfit de Chicago après Capone et ses successeurs.
La CIA lui demande d’assassiner Fidel Castro — opération secrète.
Assassiné la veille de son témoignage devant une commission sénatoriale.
« In Chicago, I am the law. »
— Sam Giancana, attribué
📅 Repères chronologiques

Photo de fichier du FBI représentant Sam Giancana, parrain de l’Outfit de Chicago dans les années 1950-1960. — Source : Wikimedia Commons — Domaine public
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