Roumanie : quand les gains de casino soignent les hôpitaux

Le Palais du Parlement à Bucarest, Roumanie

Le Palais du Parlement, Bucarest. Photo : Cris Coman, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

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2016. Bucarest. Le gouvernement roumain vote une loi qui fait grincer des dents les opérateurs de jeux. Elle instaure une fiscalité progressive sur les gains de hasard, avec des taux allant jusqu’à 40 % pour les plus gros montants. L’objectif affiché : renflouer les caisses de l’État et financer le système de santé public, exsangue après des années de sous-investissement. Depuis, les recettes fiscales issues du jeu ont permis la construction de quinze nouveaux blocs opératoires. La chance des uns est devenue la santé des autres.

Une fiscalité progressive : 4 %, 20 %, 40 %

Depuis le 1er août 2025, la loi n° 141/2025 a révisé les barèmes. Le nouveau système prévoit trois tranches :

– Jusqu’à 10 000 lei (environ 2 000 euros) : 4 % de taxe.
– De 10 001 à 66 750 lei (environ 13 500 euros) : 400 lei + 20 % de la somme excédant 10 000 lei.
– Au-delà de 66 750 lei : 11 750 lei + 40 % de la somme excédant 66 750 lei.

La ponction peut atteindre 40 % du gain, un taux qui place la Roumanie parmi les pays les plus fiscalistes d’Europe.

La santé publique, bénéficiaire directe

L’originalité du système roumain ne réside pas dans les taux, mais dans l’affectation des recettes. Dès l’origine, le gouvernement a fléché une partie des prélèvements sur les jeux vers le financement du système de santé public.

Les résultats sont tangibles. La Roumanie, qui affichait en 2024 le plus haut déficit budgétaire de l’Union européenne (9,3 % du PIB), a utilisé une partie des recettes fiscales issues du jeu pour financer des investissements structurels dans son système de santé.

Un modèle qui fait débat

Les opérateurs de jeux dénoncent une fiscalité confiscatoire. La hausse des taxes sur les opérateurs a suscité des craintes de migration vers le marché noir.

Le gouvernement, lui, assume. Il n’a pas d’autre choix que d’augmenter ses recettes. Et les jeux d’argent, malgré leur caractère socialement sensible, sont une ressource trop juteuse pour être négligée.

L’affectation des recettes : une spécificité roumaine

La spécificité roumaine est l’affectation directe d’une partie des recettes fiscales du jeu à la santé publique. La plupart des pays européens, y compris la France, versent les prélèvements sur les jeux dans le budget général de l’État.

Cette affectation donne une légitimité politique à la taxation des jeux. Les joueurs savent que leurs mises financent des hôpitaux. Les citoyens voient les résultats. Le jeu, socialement stigmatisé, devient paradoxalement un instrument de solidarité nationale.

La France regarde, mais ne copie pas

Ce modèle intéresse la France. Le Conseil des prélèvements obligatoires a proposé en décembre 2024 de taxer les gains nets annuels excédant 500 euros. Mais la France, jusqu’à présent, a résisté à l’affectation des recettes du jeu à des postes spécifiques.

En Roumanie, les mises financent des blocs opératoires. Une animation casino entreprise en Île-de-France ne finance rien — pas d’hôpital, pas de déficit budgétaire. Juste une soirée qui ne coûte rien à la Sécurité sociale roumaine.

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Quel est le taux d'imposition des gains de jeu en Roumanie ?

Depuis août 2025, la Roumanie applique un barème progressif : 4 % pour les gains jusqu'à 10 000 lei, 20 % pour la tranche de 10 001 à 66 750 lei, et 40 % au-delà.

Les recettes fiscales des jeux en Roumanie sont-elles affectées à la santé publique ?

Une partie des recettes issues de la taxation des jeux est fléchée vers le financement du système de santé public. Des investissements structurels, comme la construction d'hôpitaux régionaux, ont été financés grâce à ces recettes.

La France pourrait-elle adopter un modèle similaire ?

Le Conseil des prélèvements obligatoires a proposé, dans une note du 23 décembre 2024, de taxer les gains nets annuels excédant environ 500 euros. Mais la France n'a pas encore choisi d'affecter les recettes fiscales du jeu à des postes spécifiques comme la santé.

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