
La Colline du Parlement, Ottawa. Photo : Skeezix1000, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
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2008. Montréal. Martin Fournier-Giguère, Philippe D’Auteuil et Antoine Bérubé sont trois amis qui partagent la même passion. Le poker. Pas celui du dimanche soir entre copains. Celui des tournois en ligne, des nuits blanches devant les écrans, des mises à cinq chiffres. Ils jouent. Ils gagnent. Ils recommencent. Jusqu’à ce que le fisc frappe à la porte, un matin, avec une facture de plusieurs millions.
Entre 2008 et 2012, les trois comparses empochent près de 10 millions de dollars canadiens. Sur la période, leurs gains s’élèvent à des sommes vertigineuses : 5 241 025 dollars pour D’Auteuil, 3 219 074 dollars pour Bérubé, et 1 450 000 dollars pour Fournier-Giguère. Pour eux, le poker n’est pas un jeu. C’est un métier. Ils organisent leur vie autour des tables. Ils utilisent des logiciels d’analyse. Ils ont une intention claire : en vivre.
L’Agence du revenu du Canada (ARC) voit les choses autrement. Elle estime que leurs gains ne sont pas des aubaines non imposables, mais des revenus d’entreprise. La bataille judiciaire commence.
Quand le poker cesse d’être un jeu
Les trois amis plaident la chance. Leur argument tient en une ligne : le poker est un jeu de hasard. Les gains, comme les loteries, devraient être exonérés d’impôt au Canada.
Mais les juges ne sont pas dupes. La Cour canadienne de l’impôt, puis la Cour d’appel fédérale, examinent leurs pratiques. Ce qu’elles découvrent, c’est une organisation méthodique. Les trois joueurs ne laissent rien au hasard. Ils consacrent des heures à l’étude des adversaires. Ils analysent les probabilités. Ils structurent leur vie autour du jeu.
Le 10 juin 2025, la Cour d’appel fédérale rend sa décision. Elle rejette les appels consolidés des trois joueurs. Le poker, estime la Cour, n’est pas un jeu de pur hasard. Il comporte un degré significatif d’habileté. Et surtout, les activités des trois amis étaient suffisamment commerciales pour constituer une entreprise.
La stratégie qui a coûté 5,2 millions
La Cour d’appel fédérale ne se contente pas de citer la loi. Elle dissèque les méthodes des trois joueurs. Ils utilisent des logiciels pour maximiser leurs gains contre des adversaires moins expérimentés. Ils participent à des tournois avec des mises de 100 000 à 150 000 dollars. Ils appliquent des techniques de gestion des risques et de planification stratégique.
Le jugement est sans appel. Les gains sont imposables à titre de revenu d’entreprise. Pour les trois joueurs, cela signifie payer l’impôt sur leurs millions de gains.
Le paradoxe Duhamel
Les trois joueurs ont un argument de poids : en 2022, Jonathan Duhamel, champion du monde de poker, a vu ses gains déclarés non imposables. La Cour d’appel fédérale répond par une distinction de fond. Duhamel jouait de manière moins systématique. Il ne structurait pas sa vie autour du poker. Il avait d’autres sources de revenus. Fournier-Giguère, Bérubé et D’Auteuil, eux, vivaient du poker.
La leçon est claire : au Canada, ce n’est pas le montant du gain qui détermine l’impôt. C’est la nature de l’activité.
Ce que les trois amis ont appris à leurs dépens, c’est que le fisc canadien ne considère pas le poker comme un jeu. Il le considère comme un métier. Et un métier, ça se déclare. Ça se taxe. Ça se paie.
Les trois amis ont joué une décennie. La Cour suprême a mis fin à la partie en quatre lignes. Une animation casino entreprise en Île-de-France dure une soirée — et personne ne reçoit de convocation le lendemain.
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Pour les joueurs occasionnels, non. En revanche, un joueur qui tire des revenus réguliers et significatifs de son activité, avec une organisation et une stratégie commerciales, verra ses gains imposés comme revenu d'entreprise, conformément à l'arrêt Fournier-Giguère de 2025.
Jonathan Duhamel, champion du monde de poker, a vu ses gains déclarés non imposables en 2022. La Cour d'appel fédérale a distingué les deux affaires : Duhamel ne vivait pas exclusivement du poker et n'avait pas une organisation aussi systématique.
Ils doivent déclarer leurs gains nets à l'ARC comme revenu d'entreprise et peuvent déduire leurs pertes et dépenses. Il est recommandé de tenir une comptabilité rigoureuse et de consulter un expert-comptable spécialisé.
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