Les plus anciens jeux d’argent du monde : des osselets à la roulette

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1975, Iran. Des archéologues découvrent dans la cité antique de Shahr-e Sūkhté un jeu de société complet : plateau, dés, 27 pions. Datation : 3 000 ans avant notre ère.

Un dé est marqué d’un œil de serpent. Les chercheurs hésitent : jeu divinatoire ou jeu d’argent ? La différence n’existait pas à l’époque. Lancer les dés, c’était interroger les dieux. Et parfois, parier contre son voisin.

Le jeu d’argent est aussi vieux que la civilisation. Partout où des humains ont échangé des biens, ils ont parié. Voici les plus anciennes traces connues.

Les osselets : Mésopotamie, 3000 av. J.-C.

L’ancêtre des dés, ce sont les astragales — des osselets de mouton ou de chèvre. Les Sumériens les jetaient sur le sol, chaque face ayant une valeur. Les archéologues en ont trouvé des centaines dans des tombes royales d’Ur.

Ces jeux n’étaient pas seulement des divertissements. Ils servaient à régler des dettes, à départager des litiges, ou à deviner la volonté des dieux. L’argent n’existait pas encore sous forme monétaire. On jouait des denrées : grain, huile, bétail.

Ce lien entre le jeu et la divination a perduré des siècles. Les divinités du jeu et de la fortune dans toutes les cultures antiques portent la trace de cette confusion originelle entre hasard sacré et pari profane.

Le Senet : Égypte, 2600 av. J.-C.

Le Senet est le plus ancien jeu de plateau connu. Les Égyptiens l’ont pratiqué pendant 2 000 ans. Jeu à la fois divinatoire et ludique, les textes anciens suggèrent qu’on y pariait des biens.

Les fresques des tombeaux montrent des pharaons jouant au Senet dans l’au-delà. Le but : traverser le monde des morts. Parier sur sa propre survie éternelle — c’est peut-être la mise ultime de l’histoire humaine.

Le pari mutuel chinois : dynastie Han, 200 av. J.-C.

Sous la dynastie Han, les Chinois parient sur les combats de coqs et les courses de chevaux. Des écrits sur bambous mentionnent des mises enregistrées par des officiers impériaux. C’est l’ancêtre du pari mutuel moderne.

Les gains étaient partagés entre les gagnants, après prélèvement d’une taxe impériale. Les empereurs toléraient ces paris parce qu’ils rapportaient de l’argent pour les campagnes militaires contre les nomades. La régulation fiscale du jeu commence ici.

Les dés truqués : Rome, Ier siècle av. J.-C.

Les Romains adoraient jouer aux dés, au point d’en faire une véritable industrie. Des ateliers produisaient des dés en os, en ivoire, mais aussi des dés truqués — plomb à l’intérieur, faces modifiées.

Le poète Ovide décrit des tricheurs qui manipulent les dés avec des astuces de main. Jules César utilise l’expression « jeter les dés » avant de traverser le Rubicon. La triche est déjà condamnée par les juristes. Le peuple continue malgré tout.

Cette tension entre le jeu honnête et la tromperie organisée est documentée depuis l’Antiquité. L’histoire de la martingale montre que les joueurs cherchent à battre le hasard depuis qu’ils jouent — par le calcul ou par la ruse.

Les cartes à jouer : Chine, IXe siècle

Les premières cartes à jouer apparaissent en Chine sous la dynastie Tang. Des feuilles de papier imprimées représentent des pièces de monnaie. Les joueurs pariaient sur les combinaisons.

Les cartes arrivent en Europe au XIVe siècle par les routes commerciales. En Italie, les naibi sont mentionnées dès 1377. Très vite, elles servent aux jeux d’argent. Les premiers ancêtres du poker et du baccarat en descendent directement.

Ce que ces jeux anciens nous disent sur le pari

Ils nous disent que le jeu d’argent n’est pas une déviance moderne. C’est une constante anthropologique. Partout, à toutes les époques, les humains ont misé sur l’incertain.

Ils nous disent aussi que la régulation est presque aussi vieille que le jeu. Les empereurs, rois et prêtres ont toujours tenté de contrôler, taxer ou interdire le jeu. Ils ont toujours échoué à le faire disparaître.

Aujourd’hui, le jeu existe sous des formes légales et régulées. Les soirées d’entreprise qui recréent l’ambiance du casino sans mise réelle s’inscrivent dans cette tradition millénaire. Une soirée casino d’entreprise perpétue le plaisir du jeu — sans la ruine qui a accompagné tant de ses ancêtres.

Le jeu d’argent survivra toujours

Parce que le jeu est un raccourci vers l’émotion. Un dé qui tombe, une carte qui se retourne, un pari qui passe — c’est une micro-aventure. Et l’humain en redemande depuis 5 000 ans au moins.

La science du hasard a progressé depuis les osselets d’Ur. Mais l’émotion du tirage, elle, n’a pas changé d’un grain de sable.


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