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Dans les années 1990, le poker était encore un jeu de l’ombre en France, pratiqué dans des cercles fermés et mal connu du grand public. Tout a changé le jour où Bruno Fitoussi a eu une vision audacieuse : importer le frisson des casinos internationaux dans le cœur de Paris. En 1995, l’Aviation Club de France ouvre ses portes comme une révolution discrète, posant les fondations d’une nouvelle culture du poker à la française.
Bruno Fitoussi et la naissance de l’ACF
L’Aviation Club de France n’est pas né par hasard. Bruno Fitoussi, son fondateur, s’est inspiré des grands temples du poker européen — le Victoria Casino de Londres, le Concorde Card Casino de Vienne — pour imaginer ce que pourrait être une salle de poker digne de ce nom à Paris. Son pari : introduire les règles américaines du hold’em et de l’omaha dans un cadre résolument luxueux, avec des parties ouvertes 24 heures sur 24 et des caves allant de 50 à 30 000 euros.
Le démarrage est discret. Peu de médiatisation, pas de communication grand public. L’ACF attire d’abord une clientèle d’initiés — des joueurs qui connaissent déjà le poker et cherchaient justement un endroit où le pratiquer dans de bonnes conditions. Une centaine de joueurs réguliers dans les premières années, pas davantage.
Mais cette communauté restreinte est passionnée et fidèle. Elle revient, elle recommande, elle fait grandir l’endroit par le bouche-à-oreille. L’ACF s’impose progressivement comme une référence incontournable, au point d’accueillir des tournois prestigieux comme le Grand Prix de Paris, étape du World Poker Tour — une consécration internationale pour une salle parisienne.
La concurrence des cercles parisiens
Le succès de l’ACF ne tarde pas à susciter des vocations. D’autres cercles parisiens — Haussmann, Opéra, Wagram — ouvrent à leur tour et se livrent une concurrence acharnée pour séduire un public encore limité. Chacun cherche son positionnement : ambiance, tarifs, variantes proposées, service.
Cette compétition est saine pour le développement du jeu. Elle pousse les cercles à innover, à améliorer leurs conditions d’accueil, à diversifier leurs offres. Elle contribue aussi à faire baisser les barrières à l’entrée : dans les années 2000, des parties à petits budgets apparaissent, permettant à des joueurs moins fortunés de s’asseoir à des tables professionnelles.
C’est dans ce contexte que des futurs champions comme David Benyamine et Antony Lellouche font leurs premières armes. Ces joueurs, qui deviendront des références du poker international, ont appris leur métier dans les cercles parisiens des années 1990 et 2000 — preuve que l’écosystème mis en place par Fitoussi et ses concurrents avait une vraie profondeur.
2005 : le poker sort de l’ombre grâce à la télévision
Le poker reste pourtant un jeu marginal en France jusqu’en 2005. L’année charnière arrive avec une émission de télévision : « Le Tournoi des As », diffusée sur Paris Première. Le concept est simple mais efficace — réunir des célébrités comme Enrico Macias et Marc Lavoine autour de tables de poker avec des professionnels, le tout commenté par Bruno Fitoussi et Bruno Solo.
L’émission est un succès inattendu. Elle humanise le poker, le rend accessible, lui donne un visage familier. Des millions de téléspectateurs qui n’avaient jamais mis les pieds dans un cercle découvrent les règles du Texas Hold’em, les stratégies de base, le vocabulaire du jeu. Le poker cesse d’être réservé aux initiés — il devient un divertissement que tout le monde peut comprendre et pratiquer.
Fitoussi, qui avait tout misé dix ans plus tôt sur l’idée qu’il existait un public pour le poker à Paris, voit son pari se confirmer à une échelle qu’il n’avait probablement pas imaginée.
De l’underground au phénomène grand public
La trajectoire du poker en France entre 1995 et 2006 est celle d’un jeu qui s’est construit patiemment, couche par couche. D’abord une salle pionnière et une communauté d’initiés. Ensuite une concurrence qui structure le marché. Puis des champions qui donnent au jeu une dimension nationale. Et enfin la télévision qui transforme une pratique de niche en phénomène culturel.
Cette passion française pour le poker ne se limite pas aux cercles et aux casinos. Elle se retrouve aujourd’hui dans les animations événementielles : L’As du Casino propose des tournois de poker factice pour entreprises en Île-de-France, permettant à des milliers de participants de vivre l’expérience du jeu dans un cadre festif et sans enjeu financier.
De l’Aviation Club de France aux soirées d’entreprise, le chemin parcouru en trente ans dit beaucoup sur la capacité du poker à se réinventer et à trouver de nouveaux publics. Bruno Fitoussi avait vu juste en 1995 : il y avait bien, en France, un appétit pour ce jeu. Il lui fallait juste un endroit digne de lui.
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