Les dynasties du jeu : comment cinq familles règnent sur les casinos français

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En 1973, Isidore Partouche rachète un casino en difficulté à Saint-Amand-les-Eaux avec ses économies familiales. Cinquante ans plus tard, le groupe Partouche possède 39 établissements en France et plusieurs à l’étranger. C’est à peu près ainsi que ça marche, dans les casinos français : en famille.

Depuis 1907, les casinos ne peuvent s’installer qu’en station balnéaire, thermale ou climatique. Cette contrainte géographique a produit un effet inattendu : elle a rendu les licences rares, les positions difficiles à attaquer, et les empires familiaux quasi inexpugnables. Cinq groupes se partagent aujourd’hui l’essentiel d’un marché à plus d’un milliard d’euros.

Barrière : cent dix ans et un putsch

Tout commence en 1912 à Deauville, quand François André lance le casino de la station normande. C’est son neveu Lucien Barrière qui donnera son nom au groupe et en fera le premier empire hôtelier et casinotier de France. À sa mort en 1990, sa fille adoptive Diane hérite. En 1995, elle est victime d’un accident d’avion qui la laisse tétraplégique. Elle meurt en 2001.

Son mari, Dominique Desseigne — notaire de formation — prend les rênes. Pendant près de trente ans, il fait du groupe le numéro un français : 34 casinos, 19 hôtels de luxe, le Fouquet’s des Champs-Élysées, 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires. En 2023, ses enfants Alexandre et Joy le contraignent à leur céder le groupe, négociation par avocats interposés. Certains observateurs parlent de « putsch parricide ».

Partouche : l’empire du nombre

Isidore Partouche démarre dans la distribution d’eaux de marque. Pendant quinze ans après le rachat de Saint-Amand, le casino reste secondaire. En 1991, la France autorise les machines à sous dans les casinos. Les Partouche saisissent l’opportunité et acquièrent sans s’arrêter.

En 2008, le groupe lance le Megapot — premier jackpot progressif multisite de France, reliant 200 machines dans tous leurs établissements. Patrick Partouche, fils du fondateur, dirige aujourd’hui 39 casinos rebaptisés « Pasinos », présents en France, Tunisie, Espagne, Belgique et Pays-Bas.

JOA : le pizzaïolo devenu casinotier

Laurent Lassiaz a créé une chaîne de pizzerias avant de passer à la grande distribution. En 2007, il reprend le groupe Moliflor en difficulté. Il le rebaptise JOA en 2008. Le groupe compte aujourd’hui 32 casinos.

JOA est le seul opérateur français à proposer une offre physique et en ligne simultanément — paris hippiques et sportifs depuis 2010. Il possède également le Club JOA Royale Paris, rue Royale, concurrent direct du Club Barrière des Champs-Élysées.

Tranchant : l’intégration verticale

Georges Tranchant a choisi une logique industrielle. Son groupe, créé en 1988, ne se contente pas d’exploiter 16 casinos : il fabrique ses propres tables de jeux et importe ses machines à sous. 280 millions d’euros de chiffre d’affaires avec un réseau deux fois plus petit que Partouche. Quatre casinos à Saint-Domingue, un en Suisse.

Enghien, le trésor réglementaire

La PACA concentre plus de 20 établissements. Cannes, Nice, la Riviera. Mais le vrai trésor est ailleurs. Enghien-les-Bains est le seul casino autorisé en Île-de-France, par dérogation historique. Il génère à lui seul des revenus supérieurs à bien des groupes entiers. 12 millions d’habitants dans sa zone de chalandise, aucun concurrent légal.

Une proposition de loi déposée en mai 2023 pourrait légaliser les casinos en ligne. L’ANJ estime le potentiel fiscal à 800 millions d’euros. Les cinq familles regardent.

Les animation casino pour vos événements en Île-de-France fonctionnent sans licence, sans machines à sous et sans régulateur. Elles reproduisent l’atmosphère des établissements Barrière ou Partouche — roulette, blackjack, croupiers — sans qu’aucune famille n’ait eu à bâtir un empire pour y accéder.

Pour vivre cet héritage lors d’un événement à Paris, prestation de casino événementiel propose des animations dans l’esprit des grandes maisons françaises.

Questions fréquentes

Pourquoi un pizzaïolo s'est-il retrouvé à la tête d'un empire de casinos ?

Laurent Lassiaz a d'abord créé une chaîne de pizzerias, puis s'est lancé dans la grande distribution. En 2007, il reprend le groupe Moliflor en difficulté et le transforme en JOA, qui compte aujourd'hui 32 casinos et une licence de paris en ligne.

Quel casino français vaut à lui seul plus que des groupes entiers ?

Le casino d'Enghien-les-Bains est le seul autorisé en Île-de-France par dérogation historique. Avec 12 millions d'habitants dans sa zone de chalandise et aucun concurrent légal, il génère des revenus supérieurs à bien des groupes entiers.

Comment les enfants Desseigne ont-ils pris le contrôle de l'empire Barrière ?

En 2023, Alexandre et Joy Desseigne ont contraint leur père Dominique à leur céder le groupe après trente ans de règne. La négociation s'est faite par avocats interposés, certains observateurs parlant de « putsch parricide ».

Pourquoi une loi de 1907 a-t-elle créé des dynasties casinotières quasi indestructibles ?

En limitant les casinos aux stations balnéaires, thermales ou climatiques, cette loi a rendu les licences rares et les positions difficiles à attaquer. Résultat : cinq familles se partagent aujourd'hui l'essentiel d'un marché à plus d'un milliard d'euros.

📅 Repères chronologiques

1907
Première loi française réglementant les jeux dans les casinos des stations balnéaires et thermales
1933
Décret-loi encadrant strictement l’exploitation des casinos en France, limitant leur implantation aux villes touristiques
1988
Extension de l’autorisation des casinos aux villes de plus de 500 000 habitants, ouvrant de nouveaux marchés
1996
Loi autorisant les machines à sous dans les casinos français, transformation majeure du secteur et consolidation des grands groupes
2010
Regroupement du marché autour de quelques grands opérateurs familiaux contrôlant la majorité des 200 casinos agréés
Casino de Monte-Carlo
🖻 Casino de Monte-Carlo
Photo : No machine-readable author provided. Wigulf~commonswiki assu, CC BY 2.5, via Wikimedia Commons.

Questions fréquentes

Comment un simple vendeur d'eau en bouteille a-t-il bâti un empire de 39 casinos ?

Isidore Partouche a racheté en 1973 un casino en difficulté à Saint-Amand-les-Eaux avec ses économies familiales. Il a ensuite saisi l'opportunité de 1991, quand la France a autorisé les machines à sous, pour acquérir sans s'arrêter et créer le premier jackpot progressif multisite de France en 2008.

Pourquoi le casino d'Enghien vaut-il plus cher que des groupes entiers ?

C'est le seul casino autorisé en Île-de-France par dérogation historique, avec 12 millions d'habitants dans sa zone de chalandise et aucun concurrent légal. Cette situation de monopole géographique génère des revenus supérieurs à bien des groupes casinotiers entiers.

Comment les enfants Desseigne ont-ils évincé leur père de l'empire Barrière ?

En 2023, Alexandre et Joy Desseigne ont contraint leur père Dominique à leur céder le groupe après trente ans de règne, par négociation via avocats interposés. Certains observateurs ont qualifié cette transmission forcée de « putsch parricide ».

Pourquoi une loi de 1907 a-t-elle créé des dynasties casinotières indestructibles ?

En limitant l'implantation des casinos aux seules stations balnéaires, thermales ou climatiques, cette loi a rendu les licences extrêmement rares. Ces positions géographiques privilégiées sont devenues quasi impossibles à attaquer, transformant les premiers arrivants en empires familiaux inexpugnables.


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