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Versailles, jardins du château, nuit de 1784. Une femme déguisée en Marie-Antoinette attend le cardinal de Rohan dans la pénombre. L’entrevue dure quelques minutes. Le cardinal repart convaincu d’avoir rencontré sa reine. C’est une prostituée que Jeanne de Saint-Rémy a soigneusement préparée pour ce rôle.
Jeanne naît en 1756 dans la misère mais revendique une ascendance royale — descendante bâtarde d’Henri II et de sa maîtresse Nicole de Savigny. Cette généalogie, probablement inventée mais habilement documentée, lui ouvre les portes de Versailles. Marie-Antoinette, touchée par l’histoire de cette « cousine » dans le besoin, lui accorde une pension de 1 500 livres par an. Jeanne voit plus grand.
Le cardinal
Louis-René-Édouard de Rohan est l’un des hommes les plus riches de France. Il a un problème : Marie-Antoinette le déteste depuis qu’il a colporté des ragots sur elle à Vienne. Son obsession de retrouver les grâces de la reine en fait une proie idéale.
Jeanne se présente comme l’intermédiaire naturelle entre lui et la reine. Elle lui apporte des lettres prétendument écrites par Marie-Antoinette — rédigées en réalité par son amant Rétaux de Villette, expert en contrefaçon. Le cardinal ne cherche pas à vérifier. Les lettres correspondent exactement à ce qu’il veut croire.
Le collier
En 1784, les joailliers Boehmer et Bassenge sont au bord de la faillite. Ils ont créé pour Louis XV un collier de diamants à 1 600 000 livres. Personne ne veut l’acheter. Marie-Antoinette a refusé catégoriquement.
Jeanne convainc le cardinal que la reine veut secrètement ce collier mais ne peut l’acheter ouvertement pour des raisons politiques. Elle lui demande de servir d’intermédiaire et de garantir l’achat sur sa fortune personnelle. La fausse entrevue nocturne dans les jardins scelle la conviction de Rohan. Il signe. Le collier est remis à Jeanne, censée le transmettre à la reine. Elle le fait immédiatement démonter et vend les diamants pour éponger ses dettes de jeu.
L’effondrement
En juillet 1785, les joailliers réclament le premier versement directement à Marie-Antoinette. La reine n’a jamais entendu parler de cette transaction. Tout le monde est arrêté.
Au procès, Jeanne ne nie pas avoir reçu le collier. Elle affirme l’avoir fait sur ordre exprès de la reine pour une mission secrète. Cette défense, invraisemblable, sème le doute. L’opinion publique, déjà hostile à « l’Autrichienne », y voit la preuve des mœurs corrompues de la cour. Jeanne est condamnée à être fouettée, marquée au fer rouge et enfermée à vie à la Salpêtrière. La marque « V » pour voleuse doit s’imprimer sur son épaule — elle se débat si violemment qu’elle s’imprime sur sa poitrine.
L’évasion et la guerre des pamphlets
En juin 1787, elle s’évade de la Salpêtrière déguisée en homme, gagne l’Angleterre. À Londres, elle publie ses « Mémoires justificatifs » — 300 pages accusant directement Marie-Antoinette d’avoir organisé toute l’affaire. Le texte est traduit, diffusé clandestinement en France. Chaque geste de la reine est désormais interprété à l’aune de l’affaire du collier.
Jeanne meurt en 1791 à Londres, à 35 ans, en chutant d’une fenêtre en tentant de fuir ses créanciers. Accident ou assassinat — les historiens débattent encore.
Ce qui reste
Les historiens estiment que l’affaire du collier contribue de façon décisive à délégitimer la monarchie française. Elle révèle la crédulité et la vénalité de l’aristocratie, installe l’image d’une Marie-Antoinette cupide et dissimulée — alors qu’elle fut la première victime — et accrédite l’idée d’une cour coupée des réalités. La propagande révolutionnaire en fera un usage constant.
Les animations casino pour entreprises reproduisent l’atmosphère des tables de jeu du XVIIIᵉ siècle — roulette, blackjack, croupiers — sans que personne n’ait à vendre des diamants volés pour rembourser ses pertes.
Questions fréquentes
Comment Jeanne de Saint-Rémy a-t-elle réussi à duper un cardinal avec une simple prostituée ?
Elle a orchestré une fausse rencontre nocturne dans les jardins de Versailles en 1784, où une prostituée déguisée en Marie-Antoinette a brièvement rencontré le cardinal de Rohan. Cette mise en scène théâtrale, combinée aux lettres contrefaites qu'elle lui faisait parvenir, a exploité son désespoir de retrouver les faveurs de la reine qui le détestait.
Pourquoi la marque au fer rouge destinée à son épaule s'est-elle retrouvée sur sa poitrine ?
Lors de son châtiment en 1785, Jeanne s'est débattue avec une telle violence que le bourreau a raté sa cible. Le « V » de voleuse qui devait marquer discrètement son épaule s'est imprimé sur sa poitrine, rendant son infamie visible à jamais.
Qu'est-il arrivé aux 1 600 000 livres de diamants du collier ?
Dès réception du collier, Jeanne l'a fait immédiatement démonter et a vendu les diamants au détail pour rembourser ses dettes de jeu colossales. Les pierres ont été dispersées à travers l'Europe, le collier le plus célèbre de France disparaissant en quelques semaines.
La chute mortelle de Jeanne depuis une fenêtre londonienne était-elle vraiment un accident ?
En 1791, Jeanne meurt à 35 ans en tombant d'une fenêtre alors qu'elle fuyait ses créanciers à Londres. Les historiens débattent encore : accident lors d'une fuite désespérée ou assassinat commandité par ceux qu'elle avait ruinés ou compromis dans ses mémoires vengeresses.
📅 Repères chronologiques
« Je suis innocente du crime qu’on m’impute ; je suis victime d’une affreuse intrigue de cour. »
— Jeanne de Saint-Rémy de Valois, Déclaration de Jeanne lors de son procès devant le Parlement de Paris en 1786

Portrait de Jeanne de La Motte, protagoniste de l’affaire du Collier de la Reine (XVIIIe siècle) — Source : Wikimedia Commons — Domaine public