Jackie Presser : le syndicaliste qui a vendu Las Vegas au FBI

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9 juillet 1988. Cleveland, Ohio. Jackie Presser, 61 ans, est allongé sur un lit d’hôpital. Cancer du cerveau. Son corps est ravagé par les métastases, mais son esprit, encore lucide, rumine une question : combien de temps le FBI va-t-il encore le protéger ? Depuis quinze ans, Presser, le tout-puissant président des Teamsters — le plus gros syndicat américain (1,5 million de membres) — est un informateur payé du Bureau fédéral. Il a livré des dizaines de noms, de dates, de montants. Il mourra trois jours plus tard, sans jamais avoir été inquiété.

Jackie Presser naît le 6 août 1926 à Cleveland. Son père, William Presser, est un dirigeant local des Teamsters, proche de la mafia. Jackie grandit dans les meetings syndicaux et les salles de poker clandestines. En 1976, il devient président de la section locale de Cleveland. En 1983, il accède à la présidence nationale des Teamsters.

La décision fatale : s’allier au FBI pour sauver sa peau

En 1972, Presser est inculpé pour avoir accepté des pots-de-vin. Il risque vingt ans de prison. Un agent du FBI l’approche : « Jackie, tu nous donnes des informations, on arrange ton affaire. » Presser accepte. Il devient l’informateur numéro 1764-OR. Pendant quinze ans, il va remettre des centaines de documents, enregistrer des conversations, identifier les mafieux qui contrôlent les casinos de Las Vegas.

Le FBI le paye en liquide. Des sommes parfois considérables. Selon des documents déclassifiés, Presser a reçu au moins 300 000 dollars de ses « employeurs » fédéraux. L’accord est tacite : tant qu’il parle, il ne va pas en prison. Presser en profite pour continuer ses propres magouilles. Le FBI sait tout. Il ne dit rien.

Le témoignage sur Las Vegas

En 1985, Presser confirme au FBI que le fonds de pension des Teamsters a été utilisé pendant vingt ans pour financer la construction des casinos de Las Vegas au profit de la mafia. Il nomme les prête-noms (Allen Glick), les intermédiaires (Allen Dorfman), et les parrains (Aiuppa, Cerone, Lombardo). Ses révélations aident le FBI à monter les procès de 1986. Mais Presser, lui, n’est jamais cité comme témoin.

L’héritage d’un traître héroïque (pour les fédéraux)

Jackie Presser incarne l’ambiguïté morale des informateurs de haut vol. Il est à la fois un héros pour les fédéraux et une ordure pour les syndicats. Son héritage à Las Vegas est paradoxal. Les casinos qu’il a aidé à nettoyer sont devenus des entreprises légales. Une soirée casino anniversaire n’exige ni trahison ni gilet pare-balles. Seulement des jetons, des amis, et le plaisir d’un jeu sans conséquence.

Ce que ces hommes ont bâti — un imaginaire du casino comme espace de pouvoir — s’exprime aujourd’hui dans un cadre radicalement différent : celui d’une soirée casino anniversaire, où la mécanique des tables reste entière, sans les règlements de comptes.

FAQ

1. Qui était Jackie Presser ? Jackie Presser (1926-1988) a été le président des Teamsters de 1983 à 1988 et simultanément un informateur du FBI, livrant des informations sur les liens entre son syndicat, la mafia et les casinos de Las Vegas.

2. Pourquoi a-t-il collaboré avec le FBI ? Menacé d’une lourde peine de prison pour corruption en 1972, il a accepté de devenir informateur en échange de l’abandon des poursuites.

3. Quel est son héritage à Las Vegas ? Ses témoignages ont aidé le FBI à démanteler le système de skimming dans les années 1980.

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