
Le Théâtre et Grand Casino de Vichy. Photo : Marie-Lan Nguyen, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.
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Le 10 juillet 1940, dans la salle de spectacle du Grand Casino de Vichy, l’Assemblée nationale vote la fin de la Troisième République. 569 voix contre 80 confient les pleins pouvoirs constituants au maréchal Philippe Pétain. Ce jour-là, un lieu dédié au divertissement et au jeu devient le théâtre d’un des actes fondateurs du régime de Vichy. Comment un casino a-t-il pu accueillir la plus haute assemblée de la nation ? Quelle symbolique se cache derrière ce choix ? Retour sur une journée où le hasard des circonstances a fait d’une salle de spectacle le berceau d’un nouveau régime.
Un exil contraint à Vichy
Après la débâcle de juin 1940, le gouvernement français se replie sur Bordeaux, puis sur Clermont-Ferrand, avant de choisir Vichy. La ville thermale, dotée de nombreux hôtels et d’une infrastructure capable d’accueillir un afflux massif de fonctionnaires et de parlementaires, apparaît comme un refuge provisoire. Dès le 3 juillet, le président de la République, Albert Lebrun, convoque le Parlement à Vichy, à la demande du président du Conseil, le maréchal Pétain.
Plus de 600 parlementaires répondent à l’appel. Ils affluent dans une ville en pleine confusion, où les hôtels sont saturés et où certains doivent dormir dans leur voiture. Le Sénat se réunit provisoirement dans une salle de la Société des conférences médicales. Mais pour la séance solennelle de l’Assemblée nationale, il faut un lieu plus vaste. Le choix se porte sur le Grand Casino, dont la salle de spectacle, l’Opéra de Vichy, peut accueillir plusieurs centaines de personnes.
Un exil contraint à Vichy
Le casino en salle des séances
Le 9 juillet, le Grand Casino est transformé en salle des séances. On y reproduit le cérémonial du Palais-Bourbon et du Palais du Luxembourg. La scène, habituellement dédiée aux opérettes et aux bals, devient une tribune où se pressent les présidents de séance. Les fauteuils rouges du théâtre sont réquisitionnés pour les parlementaires. L’ambiance est étrange : dans ce lieu de plaisir, on s’apprête à enterrer la République.
Le même jour, les députés et les sénateurs, réunis séparément, votent à la quasi-unanimité le principe d’une révision constitutionnelle : 627 voix pour, 4 voix contre. Le projet de loi constitutionnelle est soumis à l’Assemblée nationale pour le lendemain.
Le 10 juillet : le vote des pleins pouvoirs
Le casino en salle des séances
Le matin du 10 juillet, une réunion privée de l’Assemblée nationale se tient dans le casino. Pierre Laval, vice-président du Conseil, convainc les parlementaires de voter sans débat la délégation des pouvoirs constituants. Il les assure du maintien des Chambres jusqu’à la création des nouvelles assemblées.
L’après-midi a lieu la séance officielle sous la présidence de Jules Jeanneney, président du Sénat, qui donne lecture du projet gouvernemental. Le débat est expédié. Puis vient le vote. Sur les 671 parlementaires présents, 569 votent pour, 80 contre et 20 s’abstiennent. La loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 est adoptée. Elle donne « tout pouvoir au gouvernement de la République […] de promulguer […] une nouvelle constitution de l’État français ». La Troisième République est morte. L’État français naît.
Les 80 opposants — 23 sénateurs et 57 députés — refusent ce qu’ils considèrent comme la fin de la République. Parmi eux, des figures comme Léon Blum, Vincent Auriol. Jules Jeanneney, qui préside la séance, ne prend pas part au vote — conformément à la tradition parlementaire du président de séance. Son rôle ce jour-là fut de conduire la séance jusqu’à son terme, avant de tenter, dans les mois suivants, une résistance légale au nouveau régime.
La symbolique d’un lieu
La symbolique d’un lieu
Pourquoi un casino ? Le choix est d’abord pratique : Vichy ne dispose pas d’un bâtiment capable de réunir les deux Chambres. Mais la symbolique est lourde. Le Grand Casino, temple du jeu et du divertissement, devient le théâtre d’un acte politique majeur. Les historiens y voient une métaphore : comme au jeu, les parlementaires misent tout sur un homme, Pétain, dans l’espoir d’un sursis. Pour d’autres, le lieu même du vote est un sacrilège : la République est enterrée dans un espace voué au plaisir.
Les professionnels de l’soirée casino d’entreprise en Île-de-France proposent aujourd’hui des formules qui restituent les codes du jeu dans un cadre festif. Mais à Vichy, en ce 10 juillet 1940, le casino n’était pas un lieu de fête : il était le berceau d’un régime qui allait plonger la France dans quatre années d’occupation et de collaboration.
Mémoire et controverses
Aujourd’hui, l’Opéra de Vichy, ancien Grand Casino, est un lieu de spectacles et de commémorations. Chaque année, la ville rend hommage aux 80 parlementaires qui ont dit « non ». Mais la mémoire du 10 juillet 1940 reste douloureuse. Comment des élus de la République ont-ils pu, dans un casino, voter la fin de la démocratie ? La question hante encore les historiens.
Mémoire et controverses
Conclusion
Le 10 juillet 1940, le Grand Casino de Vichy est entré dans l’histoire. En transformant une salle de spectacle en Assemblée nationale, les parlementaires ont scellé le destin de la France. Le lieu, symbole de divertissement, est devenu le berceau d’un régime autoritaire. Une ironie de l’histoire que les Vichyssois n’ont pas oubliée.
Le jeu d’argent comporte des risques. Jouer doit rester un divertissement. En cas de problème, contactez Joueurs Info Service au 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé).
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