Chine impériale : quand les jeux finançaient les guerres

Cartes à jouer chinoises anciennes du jeu de ma diao

Illustration — Cartes à jouer chinoises pour le jeu de ma diao (château de Skokloster). Domaine public, via Wikimedia Commons.

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Les chroniques rapportent que sous la dynastie Tang, au IXe siècle de notre ère, des marchands de la capitale Chang’an organisaient des paris sur les courses de chevaux et les combats de coqs. Ces activités n’étaient pas interdites. Elles étaient encadrées, surveillées, et — selon certaines sources historiques dont l’exactitude reste discutée — soumises à des droits prélevés par les autorités locales.

L’idée que la Chine impériale ait inventé la première fiscalité systématique des jeux est séduisante, même si les preuves documentaires sont partielles. Ce qui est certain, c’est que la longue histoire des jeux d’argent en Chine — des dominos sous les Song aux loteries impériales — s’est toujours développée en relation étroite avec le pouvoir.

Les jeux de la dynastie Song : une économie parallèle encadrée

La dynastie Song (960-1279) représente l’un des pics de sophistication économique de la Chine médiévale. C’est dans ce contexte que les jeux d’argent se sont développés comme une activité économique à part entière.

Les sources décrivent des maisons de jeu dans les grandes villes comme Hangzhou et Kaifeng. Ces établissements payaient des droits aux autorités locales — une pratique comparable à ce qui se faisait à Rome. Le pouvoir central tolérait ces activités, préférant les encadrer plutôt que les éradiquer.

Le Keno : invention chinoise, outil fiscal

La légende du Keno est emblématique. Ce jeu de loterie, qui ressemble au loto moderne, aurait été inventé sous la dynastie Han pour financer la construction de la Grande Muraille. Les joueurs choisissaient des caractères sur un tableau, et les gains étaient prélevés sur la mise collective.

L’histoire est peut-être apocryphe, mais elle illustre une réalité : les jeux d’argent ont été très tôt perçus en Chine comme un instrument potentiel de financement public. Le prélèvement sur les jeux, qu’il soit formel ou informel, est une pratique ancienne.

La fiscalité des jeux sous les Qing

La dynastie Qing (1644-1912) a formalisé la relation entre le pouvoir et les jeux. Des loteries officielles étaient organisées pour financer des travaux publics. Les jeux privés étaient soumis à des droits de licence dans certaines provinces.

Cette dualité — jeux officiels fiscalisés, jeux privés tolérés et taxés — préfigure le modèle des États modernes, qui distinguent les jeux autorisés (casinos, loteries nationales) et les jeux illégaux (jeux clandestins, paris non agréés).

Le legs chinois : le jeu comme instrument d’État

La Chine impériale a développé une relation pragmatique avec les jeux d’argent. Plutôt que de les interdire absolument — une entreprise vouée à l’échec, comme Rome l’avait déjà démontré — les dynasties successives ont oscillé entre prohibition et fiscalisation.

Ce pragmatisme fiscal est aujourd’hui incarné par Macao, l’unique région de Chine où les casinos sont légaux. Le gouvernement central prélève 40 % du produit brut des jeux via les opérateurs. La roue tourne. Le modèle impérial survit.

Articles connexes

La Chine impériale taxait-elle les jeux d’argent ?

Selon certaines sources historiques dont l’exactitude reste discutée, les dynasties Tang et Song auraient encadré les maisons de jeu et prélevé des droits sur ces activités. La pratique était informelle et variait selon les provinces et les périodes.

Qu’est-ce que le Keno et quel est son lien avec la fiscalité chinoise ?

Le Keno est une forme de loterie qui, selon la tradition, aurait été inventée sous la dynastie Han pour financer la construction de la Grande Muraille. Cette origine, même si elle est en partie légendaire, illustre la relation ancienne entre les jeux d’argent et le financement public en Chine.

Comment la Chine actuelle gère-t-elle la fiscalité des jeux ?

Les jeux de casino ne sont autorisés qu’à Macao, l’unique région à statut spécial. Les six opérateurs paient une taxe de 35 % sur le produit brut des jeux, plus des contributions sociales, portant le prélèvement total à 40 %. Les joueurs, eux, ne paient aucun impôt sur leurs gains.

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