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Septembre 1963. Les librairies new-yorkaises reçoivent un livre à couverture verte. À l’intérieur, une vérité que le Strip avait passé quinze ans à étouffer : Las Vegas n’appartient pas à ses touristes. Elle appartient à la mafia.
Ed Reid et Ovid Demaris, deux journalistes criminels, viennent de publier The Green Felt Jungle. En quelques semaines, le livre entre dans la liste du New York Times — 23 semaines consécutives. Las Vegas, l’oasis du divertissement légal, est dévoilée pour ce qu’elle est : un mirage. Les promoteurs locaux crient au sensationnalisme. Les propriétaires de casinos regardent l’annexe — 22 pages de noms, de pourcentages, d’adresses — et tremblent. Le livre ne raconte pas une histoire. Il livre des preuves.
Qui étaient Ed Reid et Ovid Demaris ?
Reid n’était pas un débutant. En 1951, sa série d’articles pour le Brooklyn Eagle avait exposé un réseau de bookmakers protégé par la police de New York. Le maire William O’Dwyer avait démissionné. Reid avait reçu le prix Pulitzer.
Arrivé à Las Vegas en 1954 pour le Las Vegas Sun, il avait une certitude : la ville concentrait « le plus grand nombre de voyous dans le plus petit espace ». En mars 1954, des hommes de main l’avaient passé à tabac au Desert Inn. Les gangsters ne supportaient pas qu’on regarde trop près. Reid a continué à regarder.
The Green Felt Jungle est l’aboutissement de quinze ans d’enquêtes. Reid et Demaris nommaient les propriétaires cachés — Meyer Lansky au Thunderbird, Benny Binion, Gus Greenbaum, Bugsy Siegel. Ils reliaient le sénateur Barry Goldwater au racketteur Willy Bioff. Goldwater menaça de poursuivre l’éditeur.
Que révélait le livre sur Las Vegas ?
The Green Felt Jungle décrivait Las Vegas comme un « grotesque Disneyland du désert voué à dépouiller les touristes ». Les propriétaires officiels n’étaient pas les vrais propriétaires. Le livre détaillait la prostitution, la corruption des officiels, les connexions entre casinos et crime organisé. Une conversation enregistrée entre un avocat et un client souhaitant devenir tenancier de maison close figurait parmi les pièces à charge. Frank Sinatra et le Rat Pack au Sands étaient cités. Rien n’était épargné.
Le Kirkus Review notait : « Reid, lauréat du Pulitzer, s’associe au journaliste Demaris pour fouiller une ville avec plus de documentation et moins d’indignation que les livres précédents. » Ce n’était pas un pamphlet. C’était un dossier.
Comment Las Vegas a-t-elle réagi ?
La communauté d’affaires locale cria au sensationnalisme. Les promoteurs craignaient le retentissement économique. Les gangsters, eux, craignaient une chose plus précise : l’attention du gouvernement fédéral. Ils avaient raison de s’inquiéter.
Dans les années qui ont suivi, les casinos ont glissé des mains du crime organisé vers celles d’entreprises cotées en Bourse. La Nevada Gaming Control Board a durci ses critères. Les anciens propriétaires cachés ont été chassés ou ont négocié leur sortie. Ce que la commission Kefauver avait tenté en 1951 sans y parvenir, The Green Felt Jungle l’a accompagné par la pression de l’opinion publique.
Un livre qui a survécu à la ville qu’il décrivait
Le livre a également ouvert la voie à d’autres réformes. En 1978, le Nevada adopte le Corporate Gaming Act, qui permet aux sociétés cotées de détenir des licences sans que chaque actionnaire soit individuellement examiné. Le Strip corporate — MGM, Hilton, Caesars — devient possible. La même trajectoire que Scorsese documentera trente ans plus tard dans Casino : de la jungle mafieuse à la corporation anonyme.
Reid a payé le prix — les coups, l’hostilité de la ville, la fin de sa carrière au Las Vegas Sun. Demaris a continué à écrire sur le crime organisé jusqu’à sa mort en 1998. The Green Felt Jungle est encore lu. Il figure dans les bibliographies des grandes enquêtes sur le crime organisé américain. Il rappelle que le journalisme documenté peut transformer une ville — et que Las Vegas, pour brillante qu’elle soit, a longtemps été une jungle de feutre vert.
Cette tension entre le jeu et ses ombres est celle qu’une animation casino clé en main pour séminaire résout sans ambiguïté : le frisson des tables, sans la jungle.
La mainmise mafieuse que Reid et Demaris ont exposée s’était construite pendant les années fastes, notamment lors du boom de 1955 qui avait vu quatre casinos ouvrir en six semaines sur le Strip.
Questions fréquentes
Pourquoi The Green Felt Jungle a-t-il provoqué un scandale à sa sortie en 1963 ?
Le livre révélait que les casinos de Las Vegas étaient contrôlés par le crime organisé, et non par leurs propriétaires officiels. Une annexe de 22 pages listait les noms des gangsters, leurs pourcentages de participation et leurs adresses. La communauté locale craignait pour son économie. Les gangsters craignaient l’attention fédérale.
Qui étaient Ed Reid et Ovid Demaris ?
Ed Reid était un journaliste lauréat du prix Pulitzer pour avoir exposé la corruption policière à New York en 1951. Il avait été passé à tabac au Desert Inn en 1954 pour ses enquêtes. Ovid Demaris était un journaliste spécialisé dans le crime organisé. Les deux hommes avaient enquêté sur Las Vegas pendant plus d’une décennie avant de publier.
Quel a été l’impact concret du livre sur Las Vegas ?
Le livre a accéléré la transition du Strip du contrôle mafieux vers la propriété par des entreprises légitimes. Il a renforcé la pression sur la Nevada Gaming Control Board et ouvert la voie au Corporate Gaming Act de 1978, qui a permis aux sociétés cotées de détenir des casinos. Il reste une référence dans les études sur le crime organisé américain.
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