⏱ Temps de lecture : 7 min
19 juillet 1995. Un avion privé décolle en Vendée par temps de brouillard. Le pilote n’est pas qualifié pour voler aux instruments. L’appareil manque de kérosène. Diane Barrière-Desseigne a 38 ans.
Diane n’est pas née Barrière. Lucien Barrière, l’homme qui a construit le premier groupe hôtelier et de casinos français, l’a adoptée. Elle grandit dans cet empire : 13 palaces, 30 casinos, 80 restaurants gastronomiques. Deauville, Cannes, Enghien-les-Bains. Elle en épouse les valeurs — discrétion, élégance, sens des affaires — et en devient l’héritière désignée.
Le vol du 19 juillet
L’enquête établira les faits un par un. Le pilote aux commandes n’est pas habilité au vol aux instruments. La météo exige pourtant exactement cette qualification. L’avion décolle quand même. En vol, les moteurs s’arrêtent : panne de kérosène. La préparation du vol n’avait pas vérifié les jauges.
L’appareil s’écrase dans la campagne vendéenne. Diane survit à l’impact. Elle est gravement brûlée. Les médecins posent un diagnostic définitif : tétraplégie.
Six ans
Du 19 juillet 1995 au 18 mai 2001, Diane Barrière-Desseigne vit alitée. Ses enfants Alexandre et Joy, 19 et 16 ans au moment de l’accident, regardent leur mère s’éteindre lentement. Dominique Desseigne, son mari, partage son temps entre les conseils d’administration de l’empire et les couloirs de l’hôpital.
Elle meurt six ans après le crash.
Ce que l’enquête révèle
Desseigne refuse les conclusions initiales qui pointent la seule responsabilité de la compagnie d’aviation Centre Aff’Air. Il creuse. Il découvre que Centre Aff’Air n’était pas habilitée à transporter des passagers. Il découvre ensuite que la DGAC — Direction générale de l’aviation civile — le savait.
La compagnie avait été créée avec le concours de la Chambre de commerce et du Conseil général de l’Indre, pour développer l’activité économique locale. Les irrégularités étaient connues. Personne n’avait agi.
Treize ans de procédure
Desseigne engage une bataille judiciaire en 2001. Elle dure treize ans. En 2014, la cour d’appel de Paris valide la mise en examen d’un fonctionnaire de la DGAC. La cour administrative reconnaît la responsabilité de l’État : surveillance « très insuffisante » de Centre Aff’Air.
Le ministère des Transports se pourvoit en cassation. L’argument : les fautes de pilotage restent la cause première. Desseigne répond que sans les autorisations accordées par la DGAC, le pilote n’aurait jamais décollé ce matin-là.
L’empire après
Alexandre et Joy Desseigne ont repris le groupe Barrière. Les palaces tournent, les casinos accueillent leurs clients, les restaurants maintiennent leurs étoiles. La mécanique de l’empire fonctionne.
Le groupe Barrière est aujourd’hui l’un des principaux acteurs des animations casino en entreprise et de l’hôtellerie de luxe en France. Diane Barrière-Desseigne n’a pas vécu pour le voir.
Si l’héritage de l’empire Barrière demeure intact, on retrouve cette même passion du jeu dans les animations casino factices qui animent aujourd’hui de nombreux événements en Île-de-France.
Questions fréquentes
Pourquoi l'avion a-t-il décollé malgré des conditions aussi dangereuses ?
Le pilote n'était pas qualifié pour voler aux instruments alors que le brouillard l'exigeait. Pire encore, personne n'avait vérifié les jauges de kérosène avant le décollage. L'appareil s'est écrasé après une panne sèche en plein vol.
Comment l'État français s'est-il retrouvé impliqué dans cette tragédie ?
La DGAC savait que la compagnie Centre Aff'Air n'était pas habilitée à transporter des passagers, mais n'a jamais agi. La cour administrative a reconnu en 2014 une surveillance « très insuffisante », validant la responsabilité de l'État après treize ans de bataille judiciaire.
Diane Barrière-Desseigne était-elle vraiment une Barrière ?
Non, Diane n'est pas née Barrière. Lucien Barrière, le fondateur de l'empire des casinos et palaces, l'a adoptée et en a fait son héritière désignée. Elle a grandi au cœur de cet univers de luxe avant d'en incarner les valeurs.
Qu'est devenu l'empire Barrière après la mort de Diane ?
Ses enfants Alexandre et Joy ont repris les rênes du groupe familial. Les 13 palaces, 30 casinos et 80 restaurants gastronomiques continuent de fonctionner, faisant de Barrière l'un des leaders français de l'hôtellerie de luxe et des casinos.