Johnny Hughes ‘The Texas Road Gambler’ : portrait d’une légende du poker américain

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Lubbock, Texas, années 1950. Un lycéen joue au poker avec Buddy Holly avant et après que celui-ci devienne célèbre. Le lycéen s’appelle Johnny Hughes. Il sera arrêté plusieurs fois, braqué à main armée, professeur d’université, manager de Joe Ely, et finira comme le meilleur historien du poker américain.

Lubbock, Texas : la même ville que Buddy Holly

Johnny Hughes naît et grandit à Lubbock, au cœur du West Texas. Sa mère joue excellemment au bridge — c’est elle qui lui apprend les cartes. Il l’accompagne enfant dans les tournois à travers le Texas et le Sud-Ouest. Au lycée, il côtoie Buddy Holly et les futurs membres des Crickets. Il assiste aux concerts d’Elvis Presley à Lubbock, juste avant que le King ne devienne une superstar. « Buddy était incroyablement poli et n’avait jamais la grosse tête », se souviendra-t-il. « Le pays n’a connu Buddy Holly que pendant moins de deux ans avant sa mort. »

L’école de la route

Sa formation au poker commence sous la tutelle de Curly Cavitt, joueur légendaire du circuit texan. À cette époque, le poker au Texas est illégal, clandestin, stigmatisé. « Nous étions, par définition, des hors-la-loi. Nous ne demandions pas aux joueurs leurs noms de famille, d’où ils venaient ou où ils allaient. »

Hughes sera arrêté plusieurs fois. Braqué à main armée à plusieurs reprises. « J’ai été volé de fusils de chasse, de pistolets, et d’un avocat avec un stylo à bille », note-t-il avec son humour caractéristique. « J’ai tiré au-dessus de la tête d’un voleur et j’ai escorté trois personnes différentes hors de mon tripot avec mon flingue qui aboyait. » C’est dans ce monde qu’il rencontre Doyle Brunson, Amarillo Slim Preston, Johnny Moss — les futurs piliers du poker moderne.

Las Vegas, Benny Binion et les géants

À 21 ans, Benny Binion l’embauche comme « shill » à Las Vegas — joueur payé par la maison pour animer les parties. Hughes observe de près le marathon légendaire de 1949 entre Nick « The Greek » Dandalos et Johnny Moss. Il côtoie Titanic Thompson, roi des paris impossibles, et Arnold Rothstein, joueur le plus riche d’Amérique, assassiné après une partie de poker. Ces expériences lui fournissent une mine d’anecdotes qu’il mettra trente ans à coucher sur le papier.

Professeur, manager, historien

Hughes utilise ses gains au poker pour financer un doctorat en psychologie organisationnelle. Il enseigne vingt ans à Texas Tech. En 1976, il devient le manager original du Joe Ely Band — groupe de country rock qui signe chez MCA Records et enregistre trois albums sous sa direction. Poker, université, rock’n’roll : Hughes navigue entre ces mondes sans jamais choisir.

En 2007, il publie Texas Poker Wisdom. En 2012, Famous Gamblers, Poker History, and Texas Stories — 227 pages de chroniques parues dans Bluff Europe, reconnu immédiatement comme un classique. Doyle Brunson écrit : « Tu as un excellent style d’écriture, très crédible et divertissant. C’étaient des temps dangereux. Presque tous ces gars sont partis. »

Le style : entre Tom Wolfe et Hemingway

Son style narratif part dans tous les sens — un paragraphe commence sur un sujet et finit sur une tangente complètement différente. Paul « Dr. Pauly » McGuire l’analyse ainsi : « Johnny Hughes peint des images avec des coups de pinceau riches rappelant Tom Wolfe, mais avec la concision audacieuse d’Ernest Hemingway. » Ses aphorismes texans sont devenus cultes : « Ne caresse jamais un chien en feu. Ne fais jamais confiance à un homme avec un chapeau à petit rebord et une chevalière. Ne monte jamais dans un bus si le chauffeur est nu. »

2016 : la fin des Texas road gamblers

Hughes s’éteint paisiblement dans son sommeil en 2016, à 78 ans, après une brève maladie. Nolan Dalla, directeur médiatique des WSOP, le qualifie de « William Manchester des historiens du poker ». Sa disparition marque symboliquement la fin d’une époque — celle des joueurs qui sillonnaient le Texas avec des cartes et un pistolet pour seul bagage, avant que le poker ne devienne un spectacle télévisé.

« Il n’y a pas de mauvais beat », répétait-il. « C’est de la musique de pigeon, de la musique à mes oreilles. » Pour ceux que l’univers du poker fascine dans un cadre moins périlleux, animation casino clé en main pour séminaire — sans fusils de chasse ni braquages.

Questions fréquentes

Johnny Hughes a-t-il vraiment joué au poker avec Buddy Holly au lycée ?

Oui, ils se côtoyaient à Lubbock dans les années 1950. Hughes se souviendra de Holly comme quelqu'un d'« incroyablement poli » qui n'avait jamais la grosse tête, avant que le rockeur ne meure tragiquement après moins de deux ans de célébrité nationale.

Pourquoi dit-on que Hughes a été volé par un avocat avec un stylo à bille ?

C'est l'une de ses formules ironiques préférées. Après avoir été braqué plusieurs fois au fusil et au pistolet dans les parties clandestines du Texas, Hughes considérait qu'un avocat malhonnête pouvait voler tout aussi efficacement — avec simplement un stylo.

Comment un joueur de poker illégal devient-il professeur d'université ?

Hughes a utilisé ses gains au poker pour financer un doctorat en psychologie organisationnelle. Il a ensuite enseigné vingt ans à Texas Tech, tout en continuant à jouer et en devenant même manager du Joe Ely Band, groupe de country rock signé chez MCA Records.

Qu'est-ce qui rend le style d'écriture de Johnny Hughes si particulier ?

Ses récits partent dans tous les sens, mélangeant anecdotes et digressions comme Tom Wolfe, avec la concision d'Hemingway. Ses aphorismes texans sont devenus cultes, comme : « Ne caresse jamais un chien en feu » ou « Ne fais jamais confiance à un homme avec un chapeau à petit rebord et une chevalière ».

📅 Repères chronologiques

1938
Naissance de Johnny Hughes au Texas
1950
Débuts comme joueur itinérant dans les salles de jeu clandestines du Texas
1959
Contemporain de Buddy Holly à Lubbock, Texas, au moment de la mort du chanteur
1970
Fréquente les cercles de poker professionnels du Texas, dont ceux de Doyle Brunson
2012
Publication de son roman semi-autobiographique ‘Texas Hold Em’ retraçant l’ère des road gamblers texans

Questions fréquentes

Johnny Hughes a-t-il vraiment joué au poker avec Buddy Holly au lycée ?

Oui, Hughes et Buddy Holly fréquentaient le même lycée à Lubbock, Texas, dans les années 1950. Hughes se souvient d'un Buddy Holly « incroyablement poli » qu'il a côtoyé avant que celui-ci ne devienne la légende du rock que le monde n'a connue que moins de deux ans avant sa mort tragique.

Pourquoi dit-on que Hughes a été volé par un avocat avec un stylo à bille ?

Cette phrase culte illustre l'humour caustique de Hughes : après avoir survécu à des braquages à main armée dans les tripots clandestins du Texas, il considère qu'un avocat l'a escroqué légalement, avec un simple stylo. Pour lui, la vraie arnaque venait parfois des gens respectables, pas des hors-la-loi.

Comment un joueur de poker illégal devient-il professeur d'université ?

Hughes a utilisé ses gains au poker pour financer un doctorat en psychologie organisationnelle. Il a ensuite enseigné vingt ans à Texas Tech, tout en continuant à jouer et en devenant manager du Joe Ely Band, naviguant entre trois mondes sans jamais vraiment choisir.

Qu'est-ce qui rend le style d'écriture de Johnny Hughes si particulier ?

Hughes écrit comme il raconte une histoire au bar : ses récits partent dans tous les sens, passent d'un sujet à l'autre par tangentes. Paul McGuire le compare à Tom Wolfe pour la richesse narrative et à Hemingway pour la concision, créant un mélange unique d'aphorismes texans et de récits vivants.


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