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Entre 2005 et 2009, l’acteur au sourire juvénile orchestrait l’un des réseaux de poker clandestin les plus lucratifs de Los Angeles. Trente à quarante millions de dollars. Et des méthodes qui feraient frémir Peter Parker.
Le personnage qu’il incarnait à l’écran répétait à l’envi qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Dans la vraie vie, Tobey Maguire avait une conception différente du pouvoir. Pendant quatre ans, l’acteur a utilisé sa célébrité, ses relations et un sens aigu de la manipulation pour transformer les mardis soirs d’Hollywood en machine à cash privée. Leonardo DiCaprio comme appât. Des milliardaires peu doués pour le poker comme proies. Et une discrétion à toute épreuve.
Jusqu’à ce qu’un gestionnaire de fonds spéculatifs fasse tout s’effondrer.
Tout commence dans les Hollywood Hills
En 2004, Tobey Maguire rencontre Houston Curtis lors d’un tournoi de poker à Los Angeles. Curtis est producteur de télévision, ancien arnaqueur reconverti, connaisseur des cercles underground. Maguire le repère immédiatement. Il l’invite dans son cercle privé.
Les premières parties se déroulent à domicile, dans les Hollywood Hills. Jennifer Meyer, la femme de Maguire, tient le rôle de croupière. Les invités sont triés : avocats, héritiers de milliardaires, quelques célébrités. L’ambiance est décontractée. Les enjeux, raisonnables.
Mais Maguire voit plus grand. Il veut un jeu hebdomadaire régulier. Des stars. De vraies baleines financières. Et Curtis pour l’aider à les attirer.
Le Viper Room et l’entrée de Molly Bloom
En 2005, la maison devient trop petite — ou trop risquée. « Il m’a dit : ‘Mec, je dois sortir ces salauds de chez moi.’ » Le jeu déménage au Viper Room, la boîte du Sunset Strip où River Phoenix était mort d’une overdose en 1993. Partiellement détenu par Johnny Depp jusqu’en 2004, le club offre l’infrastructure idéale.
C’est là qu’entre Molly Bloom, alors simple employée du copropriétaire Darin Feinstein. Son rôle : servir les boissons dans la salle de poker aménagée en sous-sol. Contrairement à ce que le film « Molly’s Game » laisse entendre, Curtis est formel — le cerveau de l’opération, c’est Maguire. Pas Molly.
Les parties s’installent dans un rythme hebdomadaire implacable. Chaque mardi. Alternance entre le Viper Room et le Four Seasons de Beverly Hills. Mise d’entrée : 10 000 dollars au départ. Puis 250 000 dollars à l’arrivée.
Leonardo DiCaprio comme leurre
Le système de Maguire reposait sur une mécanique cynique. Curtis jouait délibérément mal contre certains joueurs pour maintenir l’atmosphère conviviale — « sinon je n’aurais jamais été réinvité », expliquera-t-il. Il perdait sciemment des jetons auprès des gros poissons, qui les reperdaient ensuite face à Maguire.
Mais le vrai génie de l’opération, c’était DiCaprio. « Tobey m’a dit qu’on devrait miser sur Leo » — couvrir ses pertes, prendre une part de ses gains, et surtout utiliser sa présence pour attirer les milliardaires. « Tobey payait essentiellement leur droit d’entrée et utilisait Leo comme un leurre », résume Curtis. DiCaprio, probablement inconscient de son rôle, garantissait l’affluence chaque mardi soir.
Le casting autour des tables donnait le vertige : DiCaprio, Ben Affleck, Matt Damon, Macaulay Culkin, Pete Sampras, Alex Rodriguez. Molly Bloom racontera avoir vu quelqu’un perdre 100 millions de dollars en une nuit — et payer le lendemain.
L’homme derrière le masque
Maguire gagnait en moyenne un million de dollars par mois. Sur quatre ans, entre 30 et 40 millions de dollars au total. Des chiffres qui le placent parmi les plus grands gagnants non professionnels de l’histoire du poker privé.
Mais derrière les gains, une personnalité troublante se révèle. Molly Bloom écrira dans ses mémoires que Maguire lui a offert un jour 1 000 dollars pour « aboyer comme un phoque qui réclame un poisson » — puis s’en est allé furieux quand elle a refusé. Elle le décrit comme « le pire pour les pourboires, le meilleur joueur, et l’absolument pire perdant. »
Avec Curtis, ses méthodes n’étaient guère plus élégantes. Il lui imposa un accord d’une injustice flagrante : Curtis obtiendrait 50 % de ses gains jusqu’au remboursement d’une dette, mais aucune part des pertes. De l’usure, commentera le film. « Je pense que pour Tobey, c’était plus le frisson de savoir qu’il avait fait un bon accord », confiera Curtis.
La chute : un schéma de Ponzi et le FBI
L’empire s’effondre en 2009. Bradley Ruderman, gestionnaire de fonds spéculatifs et habitué des tables, avait perdu des millions au fil des mardis soirs. Des millions qui ne lui appartenaient pas. Il dirigeait un schéma de Ponzi à 25 millions de dollars. Quand le FBI frappe à sa porte, Ruderman avoue avoir utilisé 5,2 millions de dollars d’argent détourné pour payer ses dettes de poker.
Les investisseurs lésés passent à l’offensive. Maguire, Curtis, Molly Bloom, Dan Bilzerian et plusieurs autres sont poursuivis en justice. La logique est implacable : si les jeux étaient illégaux, toutes les transactions étaient nulles — et les gains récupérables. L’homme qui avait si habilement tendu ses filets se retrouvait pris dedans.
L’affaire fut finalement réglée à l’amiable, hors tribunal. Les montants ne furent jamais rendus publics. Molly Bloom, interrogée en 2017 sur une éventuelle excuse de Maguire, répondit en riant : « Non. Mais ça va quand même. » Puis : « Pouvez-vous encore le regarder comme Spider-Man de la même façon ? » Réponse : « Je n’ai même pas essayé. »
Questions fréquentes
Pourquoi Tobey Maguire utilisait-il Leonardo DiCaprio comme 'leurre' ?
Maguire couvrait les pertes de DiCaprio et prenait une part de ses gains, tout en exploitant sa célébrité pour attirer les milliardaires aux tables. La présence de Leo garantissait l'affluence chaque mardi soir, transformant la star en appât involontaire pour les 'baleines' financières.
Combien Tobey Maguire a-t-il réellement gagné avec ses parties clandestines ?
Entre 2005 et 2009, l'acteur empochait environ un million de dollars par mois. Sur quatre ans, ses gains sont estimés entre 30 et 40 millions de dollars, ce qui le place parmi les plus grands gagnants non professionnels du poker privé.
Qu'a demandé Tobey Maguire à Molly Bloom qui a révélé sa vraie personnalité ?
Il lui a offert 1 000 dollars pour 'aboyer comme un phoque qui réclame un poisson' devant les autres joueurs. Quand elle a refusé cette humiliation, Maguire est parti furieux, révélant un côté sombre derrière le sourire juvénile de Spider-Man.
Le film 'Molly's Game' raconte-t-il la vraie histoire de ces parties ?
Pas vraiment. Selon Houston Curtis, le véritable cerveau de l'opération, c'était Tobey Maguire, pas Molly Bloom. Elle n'était au départ qu'une employée servant les boissons au Viper Room avant de prendre plus d'importance dans l'organisation.
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📅 Repères chronologiques

Tobey Maguire lors du Festival de Cannes 2013, période où l’affaire des parties de poker clandestines était en pleine lumière médiatique. — Source : Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0