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Nevada, 1854. Une femme française de 25 ans ouvre un casino. Elle s’appelle Eleanor Dumont. Elle deal elle-même les cartes. Les mineurs font la queue pour jouer contre elle — non par curiosité, mais parce qu’elle est meilleure qu’eux.
Un monde fermé à clé
Au 19ᵉ siècle, les établissements de jeu sont des sanctuaires masculins. Les femmes n’y entrent pas — ou alors dans des rôles subalternes : serveuses, danseuses. Elles ne peuvent ni voter, ni posséder de biens après le mariage, ni exercer la plupart des professions. Le casino représente l’antithèse absolue de ce qu’on attend d’elles.
Quelques-unes retournent cette exclusion à leur avantage. Leur rareté devient un atout. Leur marginalité, une force.
La Tules : reine des saloons du Nouveau-Mexique
Marie Gertrudis Barceló naît vers 1800 en territoire mexicain. Elle bâtit un empire de saloons le long du Santa Fe Trail, profitant du flux de marchands, soldats et aventuriers traversant le Nouveau-Mexique pendant la guerre américano-mexicaine. Sa spécialité : le monte, jeu de cartes d’origine espagnole dont elle maîtrise chaque subtilité.
Elle conserve obstinément son nom de jeune fille et gère ses affaires sans tutelle masculine — acte révolutionnaire pour l’époque. Les chroniqueurs américains, scandalisés, la surnomment la « reine du péché ». Elle comprend intuitivement que le scandale attire la clientèle. Son chiffre d’affaires s’en porte bien.
Eleanor Dumont : de France au Far West
Eleanor Dumont débarque à San Francisco vers 1850 avec une maîtrise exceptionnelle du vingt-et-un — l’ancêtre du blackjack. Elle commence au Bella Union Hotel, où ses talents de croupière font sensation. Quand des soupçons de tricherie circulent, elle ne se défend pas. Elle part fonder son propre établissement au Nevada.
Son casino, baptisé « Vingt-et-Un », devient le rendez-vous des mineurs locaux. Les hommes affluent pour jouer contre cette Française élégante qui manie les cartes avec une dextérité sans équivalent. Quand la ruée vers l’or s’épuise, ses revenus s’effondrent. Elle tente l’élevage, tombe amoureuse d’un escroc qui la ruine. Elle le traque et l’abat. La légende du Far West retient le geste, pas le désastre financier qui l’a précédé.
Poker Alice : 250 000 dollars et une Bible
Alice Ivers naît en Angleterre en 1851, émigre aux États-Unis, apprend le poker avec son premier mari dans les camps miniers isolés. Il meurt dans un accident de mine. Elle a 24 ans, aucune ressource, et un talent exceptionnel pour les cartes. Elle en fait sa profession.
Ses gains cumulés dépassent 250 000 dollars de l’époque — plusieurs millions d’euros actuels. Elle devient également propriétaire du Poker Palace à Fort Meade, Dakota du Sud. Profondément religieuse, elle refuse de jouer le dimanche. Le reste de la semaine, elle porte une arme et s’en sert quand la situation l’exige. Sa devise : « Louez le Seigneur et placez vos paris… je prendrai votre argent sans regrets. »
Lottie Deno : l’ange de San Antonio
Carlotta Thompkins — alias Lottie Deno — grandit dans le Kentucky auprès d’un père passionné de paris. Quand il meurt, sa mère l’expédie à Detroit pour un mariage convenable. Elle dilapide son argent de poche au jeu et choisit une autre voie : joueuse professionnelle itinérante au Texas.
Elle accumule les victoires et les surnoms — « Mystic Maud », « l’Ange de San Antonio ». Elle finit par s’associer avec Frank Thurmond, joueur professionnel lui aussi. Ensemble, ils fondent leur établissement au Nouveau-Mexique, puis raccrochent avec suffisamment d’argent pour s’installer paisiblement à Deming. Lottie devient membre fondatrice de l’Église épiscopale locale. Le Far West a ses propres fins heureuses.
Mayme Stocker : la première licence de Las Vegas
En 1931, le Nevada légalise officiellement les jeux de hasard. La toute première licence de casino délivrée à Las Vegas porte le nom d’une femme : Mayme Stocker. Elle dirige son établissement avec une rigueur qui en fait un modèle de respectabilité. Elle décède en 1972 à 97 ans, ayant vu Las Vegas passer de bourgade poussiéreuse à capitale mondiale du divertissement.
Les mêmes obstacles, un après l’autre
Ces femmes affrontent des handicaps que leurs concurrents masculins ignorent. L’accès au crédit, d’abord : les capitaux nécessaires au jeu et à l’équipement sont difficiles à obtenir pour une femme. Beaucoup doivent s’associer avec des hommes ou accepter des partenariats défavorables. La presse, ensuite : quand elle ne les diabolise pas, elle hypersexualise leurs succès, réduisant leurs compétences à leur pouvoir de séduction.
Barceló, Dumont, Ivers, Deno, Stocker ont contourné ces obstacles, chacune à sa façon. Elles ont posé les premières pierres d’une industrie qui, aujourd’hui, emploie des millions de personnes. Pour ceux que l’univers du casino fascine sans les contraintes du 19ᵉ siècle, L’As du Casino organise des soirées casino anniversaire où tout le monde joue — quel que soit son genre.
Questions fréquentes
Pourquoi les mineurs faisaient-ils la queue pour jouer contre Eleanor Dumont ?
Pas par simple curiosité face à une femme croupière, mais parce qu'elle était tout simplement meilleure qu'eux au vingt-et-un. Sa maîtrise exceptionnelle des cartes et son élégance française ont fait de son casino « Vingt-et-Un » le rendez-vous incontournable des mineurs du Nevada dans les années 1850.
Comment Poker Alice a-t-elle concilié foi religieuse et profession de joueuse ?
Elle refusait catégoriquement de jouer le dimanche par respect pour le Seigneur. Le reste de la semaine, elle empochait les mises sans le moindre scrupule, portait une arme et l'utilisait au besoin, accumulant plus de 250 000 dollars de gains — plusieurs millions actuels.
Qu'est-il arrivé à Eleanor Dumont après la fin de la ruée vers l'or ?
Ses revenus se sont effondrés, elle a tenté l'élevage sans succès, puis est tombée amoureuse d'un escroc qui l'a ruinée. Elle l'a traqué et abattu — un geste spectaculaire que la légende du Far West a retenu, occultant le désastre financier qui l'avait précédé.
Qui a obtenu la toute première licence de casino à Las Vegas en 1931 ?
Une femme : Mayme Stocker. Quand le Nevada légalise officiellement les jeux de hasard, c'est elle qui reçoit la première licence délivrée à Las Vegas, dirigeant son établissement avec une rigueur qui en fait un modèle de respectabilité.
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