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Fremont Hotel and Casino, Las Vegas, avril 2009. John Kane s’installe devant sa machine Game King habituelle. Elle lui accorde un jackpot de 1 000 dollars. Il n’a pas gagné. Il le signale au superviseur. Le superviseur éclate de rire.
Cette erreur de jugement va coûter des centaines de milliers de dollars aux casinos de Las Vegas.
Un pianiste qui jouait 12 millions par an
John Kane n’est pas un joueur ordinaire. Son avocat dira qu’il « jouait plus que quiconque aux États-Unis » — ni exagéré, ni embelli. En une seule année, Kane avait misé 12 millions de dollars au vidéo poker. Il possédait une machine Game King chez lui. Il connaissait ces appareils mieux que leurs techniciens.
Après l’incident du Fremont, il passe des mois à décortiquer ce qui s’est passé. Essais, erreurs, recommencer. Il finit par isoler la séquence exacte.
Le bug : une quinte flush à 4 000 dollars devient 40 000
Les machines Game King permettent de jouer en plusieurs dénominations : 1, 2, 5 ou 10 dollars par crédit. C’est cette flexibilité qui contient la faille.
La séquence : jouer à mise minimale jusqu’à obtenir une main gagnante. Appuyer sur « More Games », changer de variante, jouer quelques mains, revenir au menu. Recharger de l’argent. Sélectionner la dénomination maximale. La machine rejoue alors la main gagnante précédente — mais calculée au nouveau tarif. Une quinte flush royale à 4 000 dollars devient 40 000 dollars. Légalement. Sans dispositif externe. En appuyant sur des boutons.
André Nestor et l’été des jackpots
Kane contacte André Nestor, ami de longue date. Nestor porte en lui la frustration du malchanceux : quinze ans plus tôt, il avait rêvé de numéros de loterie mais omis de les jouer. Il avait manqué un jackpot millionnaire. Quand Kane lui montre la séquence, il comprend immédiatement.
Le 3 juillet 2009, Kane entre au Silverton Casino. En six minutes : 4 300 dollars. Onze minutes plus tard : 2 800. Puis 4 150. À minuit : septième jackpot de la soirée, 10 400 dollars. Le directeur de surveillance observe depuis sa salle de contrôle. Kane n’utilise aucun dispositif connu. Il presse des boutons, comme n’importe quel joueur autorisé.
Texas Station, Harrah’s, le Rio, le Wynn, le Golden Nugget. Habillés élégamment, Kane et Nestor demandent poliment l’activation du mode « Double Up ». Les employés, ravis d’accueillir des gros joueurs, s’exécutent.
Pennsylvanie : 61 jackpots en deux mois
Nestor exporte la technique dans sa région natale. Au Meadows Racetrack and Casino près de Pittsburgh, un technicien active le « Double Up » puis oublie de sauvegarder la désactivation demandée par son superviseur. La faille reste ouverte. En deux mois, Nestor accumule 61 jackpots pour 429 945 dollars.
L’arrestation et le procès
En janvier 2011, les autorités fédérales inculpent Kane et Nestor pour conspiration pour fraude électronique et violation du Computer Fraud and Abuse Act — la même loi utilisée contre Aaron Swartz. L’accusation : avoir « dépassé leur accès autorisé » en exploitant le bug.
La défense répond simplement : ils n’ont fait qu’utiliser les machines comme elles étaient programmées. « Nous n’avons pas trafiqué les machines. Si elle a une programmation qui ne prend pas votre argent et que vous gagnez, ils vous jetteront en prison ! »
Le tribunal tranche : pas un crime
La cour refuse de considérer les machines de vidéo poker comme des « ordinateurs protégés » au sens de la loi — elles n’ont « aucune capacité à transmettre ou recevoir des informations à travers les frontières d’État ». Et puisque Kane et Nestor étaient autorisés à jouer, criminaliser leur façon de jouer « transformerait des catégories entières de comportements par ailleurs innocents en crimes fédéraux simplement parce qu’un ordinateur était impliqué ».
En juillet 2013, les charges de fraude informatique sont abandonnées. En novembre, les charges de conspiration suivent. Les procureurs avaient proposé à l’un des accusés cinq ans de probation sans prison s’il témoignait contre l’autre. Les deux refusent de parler.
L’épilogue
Kane et Nestor ne se sont plus parlé depuis 2009. Kane enseigne le piano. Nestor a dû restituer ses 480 000 dollars au Meadows Casino, poursuivi en plus par le fisc pour arriérés d’impôts. IGT a corrigé le bug dans toutes ses machines Game King — sept ans après son apparition.
Ils avaient appuyé sur des boutons dans l’ordre prévu par la machine. Les soirées casino en Île-de-France qu’organise L’As du Casino fonctionnent à l’inverse : l’argent y est factice, le frisson, lui, est bien réel.
Questions fréquentes
Comment un simple bug de machine à sous a-t-il pu rapporter près d'un demi-million de dollars ?
Les machines Game King permettaient de changer de dénomination entre les parties. Kane a découvert qu'en jouant une main gagnante à mise minimale, puis en rechargeant à dénomination maximale, la machine rejouait automatiquement la même main… mais calculée au nouveau tarif. Une quinte flush royale de 4 000 dollars devenait ainsi 40 000 dollars.
Pourquoi le superviseur du Fremont Casino a-t-il éclaté de rire quand Kane a signalé un jackpot erroné ?
Le superviseur pensait simplement que Kane s'était trompé dans sa lecture de la machine. Cette erreur de jugement fut catastrophique : au lieu d'identifier le bug immédiatement, le casino a laissé Kane repartir avec l'information qui lui permettrait de reproduire consciemment la faille pendant des mois.
Pourquoi Nestor était-il particulièrement motivé à exploiter cette faille ?
Quinze ans plus tôt, Nestor avait rêvé de numéros de loterie gagnants mais avait omis de les jouer, manquant ainsi un jackpot millionnaire. Quand Kane lui a montré la séquence, il a vu là une seconde chance que le destin lui offrait.
Comment le tribunal a-t-il pu déclarer leur méthode légale alors qu'ils ont gagné des centaines de milliers de dollars ?
La cour a refusé de considérer les machines de vidéo poker comme des « ordinateurs protégés » au sens fédéral, car elles ne transmettaient pas d'informations entre États. Surtout, criminaliser leur façon de jouer aurait transformé « des comportements par ailleurs innocents en crimes fédéraux simplement parce qu'un ordinateur était impliqué ».