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15 mars 2004, Ritz Club Casino, Londres. Niko Tosa, Nenad Marjanovic et Livia Pilisi bondissent vers la table de roulette et placent leurs jetons sur 15 numéros simultanément — toujours après que la bille a déjà commencé à tourner. Ce soir-là, ils repartent avec 100 000 livres sterling. Ils reviennent le lendemain.
Le Ritz Club est le casino le plus sélect de Londres depuis 1998 — membres uniquement, famille royale britannique, héritières saoudiennes, magnats de la finance. La roulette y trône au centre des salles. Le chef de la sécurité John Wootten, qui vient de prendre ses fonctions, reçoit depuis deux semaines des rapports sur ce trio inhabituel : ils observent les tables longuement, puis se positionnent toujours dans la salle Carmen, plus isolée. Un responsable déclare que Tosa est « le joueur le plus chanceux qu’il ait vu en 25 ans de carrière. »
Le sector targeting
Selon les premières investigations, le trio utilise des scanners laser miniaturisés dissimulés dans ses téléphones portables. Ces dispositifs mesurent la vitesse de rotation de la roue et le mouvement de la bille pendant ses premiers tours. Les données sont transmises à un ordinateur qui calcule le secteur probable d’atterrissage. Les joueurs attendent six à sept tours, puis bondissent pour couvrir le secteur identifié.
Le personnel compare leurs mouvements à « une course déclenchée par un pistolet de starter. » En deux soirs : 100 000 livres le premier, 1,2 million le second.
Le casino remet 300 000 livres en espèces et établit un chèque pour le solde. Puis alerte Scotland Yard. Les trois joueurs sont arrêtés dans leur chambre d’hôtel — argent liquide, téléphones modifiés, et une liste de casinos couverte de symboles que les enquêteurs ne parviendront jamais à déchiffrer.
Gaming Act 1845
Les poursuites s’arrêtent net. En 2004, la loi britannique la plus récente sur la tricherie aux jeux date de 1845 — le Gaming Act 1845. Ce texte interdit uniquement l’usage de dispositifs qui interfèrent physiquement avec le jeu. Les scanners laser n’altèrent ni la roue ni la bille : ils observent et calculent. Aucune catégorie légale ne couvre cette méthode.
Les poursuites sont abandonnées. Le Ritz doit honorer ses dettes. Les trois complices conservent 1,3 million de livres — environ 433 000 livres chacun. Un détail émerge pendant l’enquête : Livia Pilisi figurait déjà sur une liste noire internationale des casinos pour des activités suspectes au Moyen-Orient. Si le Ritz avait effectué les vérifications d’usage, toute l’affaire aurait pu être évitée.
2023 : Tosa brise le silence
Près de vingt ans après, Niko Tosa accorde une interview à Bloomberg. Il nie catégoriquement l’usage de tout laser. Selon lui, leur succès reposait uniquement sur l’observation d’un léger défaut de la roue du Ritz et sur une technique de placement de mises de dernière seconde. « Il n’y avait pas de laser. Nous utilisions notre concentration et des années de pratique. J’ai une roue de roulette chez moi pour m’entraîner. »
Il révèle aussi avoir été agressé physiquement par des agents de sécurité dans certains casinos. Il continue de jouer sous de faux noms et des déguisements, du Royaume-Uni à la Roumanie en passant par le Kenya.
Les conséquences pour l’industrie
L’affaire provoque une onde de choc. Les casinos équipent leurs roues de capteurs laser et d’inclinomètres détectant le moindre défaut d’alignement. Le Ritz change toutes ses roues dans les mois qui suivent. Des conférences de sécurité se multiplient — lors d’une présentation à Las Vegas, l’expert Mark Barnett demande combien de participants croient possible de prédire la roulette : quelques mains se lèvent au début, presque toutes à la fin.
Le Ritz Club ferme définitivement en mars 2020, victime du Covid et de difficultés financières accumulées depuis 2016. Il ne s’était jamais vraiment remis de l’affaire de 2004.
Pour les soirées de roulette où personne ne scrute la vitesse de la bille avec un laser, les animations casino en Île-de-France de L’As du Casino offrent le frisson du jeu — sans Scotland Yard à la fin.
Questions fréquentes
Pourquoi les trois joueurs se précipitaient-ils vers la table comme s'ils entendaient un coup de feu ?
Ils attendaient six à sept tours de roue pour que leur scanner laser ou leur observation calcule le secteur probable d'atterrissage de la bille. Ensuite, ils bondissaient simultanément pour placer leurs jetons sur 15 numéros avant qu'il ne soit trop tard. Le personnel du Ritz comparait leurs mouvements synchronisés à une course déclenchée par un pistolet de starter.
Comment peut-on gagner 1,3 million de livres à la roulette et ne pas être condamné pour tricherie ?
En 2004, la loi britannique sur la tricherie aux jeux datait de 1845 et n'interdisait que les dispositifs altérant physiquement le jeu. Les scanners laser de Tosa et son équipe se contentaient d'observer et de calculer sans toucher à la roue ni à la bille. Aucune catégorie légale ne couvrait cette méthode, les poursuites ont été abandonnées et ils ont pu conserver leurs gains.
Est-ce que Niko Tosa utilisait vraiment un laser caché dans son téléphone ?
Mystère total. Les enquêteurs de Scotland Yard et le casino étaient convaincus qu'il utilisait des scanners laser miniaturisés dissimulés dans des téléphones. Mais en 2023, Tosa nie catégoriquement et affirme avoir simplement repéré un défaut dans la roue et s'être entraîné pendant des années avec sa propre roulette à domicile.
Le Ritz Club aurait-il pu éviter cette débâcle à 1,3 million de livres ?
Oui, et c'est le détail le plus embarrassant : Livia Pilisi, l'une des trois complices, figurait déjà sur une liste noire internationale pour activités suspectes au Moyen-Orient. Si le Ritz avait effectué ses vérifications d'usage avant de laisser jouer le trio, toute l'affaire aurait pu être évitée.