Joseph Petrosino : le « Sherlock Holmes italien » qui défia la mafia et les tripots clandestins

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New York, 1883. Un gamin de 1,60 mètre qui cirait les chaussures des policiers devant le quartier général du NYPD vient d’intégrer le département. Vingt-six ans plus tard, 200 000 personnes suivront son cercueil dans les rues de Manhattan.

Giuseppe Petrosino naît à Padula, en Campanie, le 30 août 1860. Il arrive aux États-Unis à 13 ans avec ses parents, s’installe à Little Italy. Adolescent, il tient un stand de cirage de chaussures au 300 Mulberry Street — juste en face du quartier général de la police de New York. C’est là, les mains dans le cirage, qu’il décide de devenir policier.

Il doit obtenir une dérogation à l’exigence de taille minimale du département. Sa petite stature, considérée comme un obstacle, deviendra son plus grand atout.

Theodore Roosevelt le fait sergent

Petrosino intègre officiellement le NYPD en 1883. Il parle couramment plusieurs dialectes italiens — une rareté dans le département — et commence à travailler sous couverture comme informateur dans la communauté immigrante. En 1895, le commissaire de police Theodore Roosevelt le promeut personnellement au grade de sergent de détectives.

Sa réputation se construit rapidement. Dès qu’un délit grave survient dans les quartiers italiens, ses supérieurs lancent invariablement : « Qu’on aille chercher le Rital ! » Ce n’est pas un surnom flatteur. Petrosino le porte quand même, et continue de résoudre des affaires que personne d’autre ne peut élucider.

L’Italian Squad : les premiers flics sous couverture d’Amérique

À la fin des années 1800, une vague de terreur s’abat sur les immigrants italiens qui réussissent. Des lettres arrivent par la poste, signées d’une main noire — la Black Hand. Payer ou mourir. Les bâtiments explosent. Des enfants disparaissent.

En 1904, face à l’escalade de violence, le département crée une unité spéciale sous la direction de Petrosino. L’Italian Squad. Petrosino cherche dans les rangs du NYPD les cinq officiers qui parlent italien. Faute de bureau, l’appartement de Petrosino devient le premier quartier général de l’équipe.

Les méthodes développées sont révolutionnaires. Fausses moustaches, vêtements d’ouvriers, déguisements en femmes pour entrer et sortir du bureau sans être reconnus. Réseau d’informateurs structuré. Surveillance systématique. Infiltration des organisations criminelles. Petrosino et ses hommes deviennent les premiers détectives sous couverture de la nation. Il crée aussi l’équipe de désamorçage de bombes du NYPD — la première en Amérique. Elle fonctionne toujours aujourd’hui.

Les tripots de Little Italy

L’un des adversaires les plus tenaces de Petrosino est Enrico Alfano, qui dirige un tripot dans le sous-sol du 108 Mulberry Street. Alfano est un pilier de la Camorra new-yorkaise. Ces établissements clandestins ne sont pas seulement des lieux de jeu — ils servent de centres nerveux pour l’extorsion, le blanchiment d’argent, la planification de crimes.

Le 17 avril 1907, Petrosino et ses agents font une descente dans l’appartement d’Alfano et l’arrêtent. L’arrestation fait sensation jusqu’à Naples.

La même année, l’Italian Squad reçoit un cas qui implique Enrico Caruso, le ténor le plus célèbre du monde, qui se produit au Metropolitan Opera. Même les stars ne sont pas à l’abri de la Black Hand. Petrosino gère.

Le dîner du 12 mars 1909

En 1909, Petrosino part secrètement pour Palerme. Une nouvelle loi fédérale permet d’expulser les étrangers condamnés à l’étranger. Petrosino a une longue liste de criminels italiens établis aux États-Unis et veut réunir les preuves de leurs casiers pour les faire renvoyer définitivement.

Le problème : le secret n’en est pas un. Quelques semaines avant son départ, un journaliste du New York Times demande au commissaire où se trouve Petrosino. Réponse imprudente : « Il pourrait être sur l’océan en direction de l’Europe, pour autant que je sache. » La mafia de New York sait déjà.

Le soir du 12 mars, Petrosino dîne au Café Oreto, Piazza Marina. Pâtes à la marinara, poisson, pommes de terre frites, fromage, poivrons, fruits, vin. Il paie sa note et traverse la place, presque déserte. Deux hommes surgissent et tirent. Quatre balles. Trois touchent Petrosino. Il tire un coup de feu en direction des assaillants avant de tomber.

Il est mort sur le trottoir, son revolver à proximité.

200 000 personnes dans les rues de New York

Son corps traverse l’Atlantique à bord du S/S Slavonia. Le 12 avril 1909, les funérailles sont célébrées à la cathédrale Saint-Patrick. New York déclare le jour férié. Plus de 200 000 personnes suivent le cortège. Jamais dans l’histoire de la ville une telle foule n’était venue pour un homme de sa condition — un humble lieutenant de police, fils d’immigrants.

Au moment de sa mort, l’Italian Squad avait réalisé 3 557 arrestations avec un taux de condamnation de 36 %. L’assassinat reste officiellement non résolu. En 2014, des enregistrements policiers lors d’arrestations à Palerme captent un suspect affirmant que son arrière-grand-oncle « avait commis le meurtre du premier policier tué à Palerme, Joe Petrosino, pour le compte de Cascio Ferro. » Techniquement, le dossier est toujours ouvert.

Le gamin qui cirait les chaussures au 300 Mulberry Street avait inventé le travail sous couverture, le réseau d’informateurs structuré, l’équipe de désamorçage de bombes. Ses méthodes sont encore enseignées. Son nom est gravé sur le mur des héros du NYPD.

Questions fréquentes

Pourquoi la petite taille de Petrosino, initialement un handicap, est-elle devenue son atout majeur ?

Sa stature de 1,60 mètre lui permettait de se fondre facilement dans la foule des quartiers italiens et de passer inaperçu lors de missions d'infiltration. Là où d'autres policiers auraient été immédiatement repérés, Petrosino pouvait disparaître dans une ruelle, se déguiser et observer sans éveiller les soupçons.

Qu'est-ce que la Black Hand et pourquoi terrorisait-elle spécifiquement les Italiens qui réussissaient ?

La Black Hand (Main Noire) était un réseau d'extorsion qui envoyait des lettres de menace signées d'une main noire aux immigrants italiens prospères. Le message était simple : payer ou mourir, avec à la clé des explosions de bâtiments et des enlèvements d'enfants pour ceux qui refusaient.

Quel lien y avait-il entre les tripots clandestins et la criminalité organisée à Little Italy ?

Les tripots comme celui d'Enrico Alfano au 108 Mulberry Street n'étaient pas de simples maisons de jeu. Ils servaient de quartiers généraux pour la Camorra, où se planifiaient les extorsions, se blanchissait l'argent et s'orchestraient les crimes qui terrorisaient le quartier.

Comment la mission secrète de Petrosino en Sicile a-t-elle été compromise avant même son départ ?

Un journaliste du New York Times a interrogé le commissaire sur la localisation de Petrosino, qui a imprudemment révélé qu'il pourrait être « sur l'océan en direction de l'Europe ». Cette indiscrétion a alerté la mafia new-yorkaise, qui a pu prévenir ses complices à Palerme avant l'arrivée du détective.

Ces univers fascinants ont aussi inspiré un format événementiel très prisé des entreprises : organiser une soirée casino d’entreprise, avec tables et croupiers professionnels disponibles en Île-de-France.

📅 Repères chronologiques

1860
Naissance de Joseph Petrosino à Padula, dans le royaume des Deux-Siciles
1883
Intègre la police de New York (NYPD) comme l’un des premiers officiers italo-américains
1895
Crée la Italian Squad, unité spécialisée dans la lutte contre la criminalité italienne et la Main Noire
1909
Envoyé en mission secrète en Sicile pour collecter des renseignements sur la mafia
1909
Assassiné à Palerme le 12 mars, victime d’un guet-apens tendu par des hommes liés à la mafia
Joseph Petrosino, inspecteur du NYPD, vers 1900
🖻 Joseph Petrosino, inspecteur du NYPD, vers 1900
Portrait photographique de l’inspecteur Joseph Petrosino, célèbre policier italo-américain fondateur de l’Italian Squad au sein du NYPD. — Source : Wikimedia Commons — Domaine public
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