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20 juin 1929, tribunal fédéral de Carson City. Jim Ferguson jure qu’il n’a rien à se reprocher. Deux agents sous couverture affirment le contraire : il leur a vanté son moonshine, expédié des tonnes d’alcool à Los Angeles, et assuré qu’il « embauchait et virait lui-même les policiers de Las Vegas ». Le jury délibère 40 minutes. Coupable sur tous les chefs.
Un verdict accablant, un maire blanchi
Le juge Norcross reporte la peine de Ferguson pour entendre d’abord le cas du maire Fred Hesse, du commissaire Roy Neagle et de l’ex-chef Spud Lake. Charles Bradshaw – dont le fils de huit ans a été tué par un tir policier – témoigne : il payait 50 dollars par mois à Ferguson pour « protection ». Après avoir cessé, il a été arrêté trois fois en quelques semaines. Un policier, Joe May, raconte que Neagle lui a ordonné de « laisser tomber » le Green Lantern Saloon, et l’a devancé pour vider les lieux avant une perquisition.
Pourtant, le juge Norcross ordonne un acquittement pour Hesse et Neagle : les preuves, dit-il, ne montrent qu’une politique municipale de revenus, pas un complot. Lake, lui, devra répondre devant un jury. Le 26 juin 1929, après 50 minutes de délibération, il est aussi acquitté.
La sentence de Ferguson : un an et un jour… mais libéré avant Noël
Le procureur fédéral répond à trois questions sur Ferguson : « Quelle est son activité ? Bootlegging. » « Ses associés ? Mauvais. » « Menace pour la société ? Criminel habituel. » Norcross le condamne à un an et un jour de prison – avec une clause : libération anticipée contre paiement d’une amende. Ferguson pourrait être dehors avant Noël 1929.
Mais le département de la Justice intervient : un juge fédéral n’a pas le pouvoir de prévoir une libération conditionnelle future. Ferguson reste incarcéré. Il sort finalement le 17 mai 1930, avec 41 jours de réduction pour bonne conduite.
Le retour à Las Vegas : un royaume disparu
À sa sortie, sa femme tient toujours le bordel Double O sur Block 16. Mais le pouvoir a changé de mains. Des gangsters de Californie du Sud, des familles locales comme les Stocker, et un nouveau shérif, Joe Keate, ont pris le contrôle. Ferguson n’est plus que « celui qu’on disait roi ».
Le soir de Noël 1930, le Green Lantern est braqué. La Cadillac bleue de Ferguson est vue sur le parking. Arrêté, il est relâché faute de preuves. Puis de nouveau arrêté pour vagabondage. Il paie l’amende et quitte Las Vegas.
Utah, Washington, retour en enfer
Le 18 octobre 1931, il est arrêté à Logan City (Utah) pour effraction de coffre-fort et vol de voiture. Plaidé coupable pour une peine réduite : un an et un jour dans une prison d’État, plus 1 820 dollars d’amende. Libéré le 7 novembre 1932. Il tente Spokane, Washington – la police locale lui fait 30 jours pour vagabondage. Il revient dans le Nevada.
Le 25 octobre 1933, les autorités de l’Utah l’arrêtent pour le vol d’un wagon de marchandises. Un journal écrit qu’on a « démantelé l’un des gangs criminels les plus dangereux du Nevada ». Le 12 décembre 1933, un tribunal fédéral l’envoie à la pénitencier de McNeil Island (Washington) pour trois ans et demi.
La disparition du roi
Libéré en 1936, Ferguson ne revient jamais à Las Vegas. Sa femme, Vera Magness, perd sa licence pour le Double O après qu’on lui a reproché d’héberger des mineures. Elle meurt en 1965, femme de ménage dans un motel.
On n’a plus trace de Ferguson. Il a passé la moitié de ses années dans l’Ouest derrière les barreaux. A-t-il refait sa vie droit ? Utilisé un autre pseudonyme ? Mort ignoré ? Les journaux de Las Vegas n’ont jamais publié sa nécrologie.
Ce que Ferguson a semé – la mainmise d’un gang sur une ville, la protection contre rançon, l’aveuglement volontaire des élus – est aujourd’hui impossible dans une démocratie locale. Mais l’idée d’une soirée sous le signe du jeu, du risque contenu et du spectacle, elle, a survécu. C’est ce que propose une soirée casino avec croupiers professionnels : l’ambiance d’un Arizona Club, sans le crime.
Le silence du roi
Ferguson n’a jamais été tué par un rival ni arrêté pour meurtre. Il s’est éteint hors des projecteurs, sans gloire ni foule. Son empire a duré cinq ans. Mais il a montré à ceux qui viendront après – Lansky, Siegel, la mafia des casinos légaux – comment acheter une ville sans en avoir l’air. Le roi du Tenderloin est mort inconnu. Son système, lui, est devenu une industrie.
FAQ
Quels ont été les chefs d’accusation retenus contre Ferguson en 1929 ?
Il a été jugé pour conspiration en vue de violer la loi fédérale sur la prohibition (Volstead Act), trafic d’alcool, et collecte de fonds de protection auprès d’autres bootleggers. Les agents sous couverture ont prouvé qu’il fournissait de l’alcool à Los Angeles et contrôlait la police locale.
Pourquoi le maire Hesse et le commissaire Neagle ont-ils été acquittés ?
Le juge Norcross a estimé que leurs actions – transférer des affaires fédérales au tribunal municipal, percevoir des amendes – relevaient d’une politique de revenus pour la ville, non d’un complot criminel personnel. Il a jugé les preuves insuffisantes.
Qu’est-il arrivé à Ferguson après 1936 ?
Plus aucune source ne le mentionne à Las Vegas. Il n’est ni mort en prison ni assassiné. Il a probablement changé d’identité ou vécu discrètement ailleurs. Sa femme a perdu son bordel en 1941 et finit femme de ménage. Ferguson disparaît de l’histoire criminelle.
Questions fréquentes
Pourquoi le jury a-t-il condamné Ferguson en 40 minutes alors que le maire et le commissaire ont été acquittés ?
Les agents infiltrés avaient piégé Ferguson en enregistrant ses vantardises sur le moonshine et sa mainmise sur la police. Pour le maire Hesse et le commissaire Neagle, le juge a estimé qu'il s'agissait simplement d'une 'politique municipale de revenus', pas d'un complot criminel – une distinction juridique qui les a sauvés.
Comment Ferguson est-il passé de roi du Tenderloin à suspect de braquage la nuit de Noël ?
Pendant son année de prison, le pouvoir à Las Vegas a basculé vers des gangsters californiens et de nouvelles familles locales. À sa sortie en mai 1930, Ferguson n'était plus qu'une ombre – si désespéré qu'on le retrouve impliqué dans le hold-up de son ancien fief, le Green Lantern, quelques mois plus tard.
Pourquoi Ferguson a-t-il écopé de peines bizarres d'un an et un jour, plutôt qu'un an rond ?
Cette durée précise n'était pas un hasard : à l'époque, une peine d'un an et un jour ouvrait droit à des réductions pour bonne conduite dans le système fédéral. C'était une astuce juridique pour écourter la détention – Ferguson a ainsi obtenu 41 jours de remise lors de sa première condamnation.
A-t-on vraiment perdu toute trace de Ferguson après 1936 ?
Totalement. Libéré après trois ans et demi à McNeil Island, l'ancien roi de Las Vegas s'évapore des archives. Aucune nécrologie, aucun registre, aucun indice. Soit il a refait sa vie sous un faux nom, soit il est mort dans l'anonymat le plus complet – une fin fantomatique pour celui qui terrifiait toute une ville.
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