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Israël interdit les casinos. Israël abrite Playtika, l’un des plus grands studios de jeux sociaux au monde. Les Israéliens comptent parmi les joueurs les plus prolifiques de la planète. Et le casino le plus fréquenté par des Israéliens se trouve en Égypte, juste de l’autre côté de la frontière d’Eilat.
La contradiction est totale — et parfaitement cohérente avec l’histoire de ce pays.
Ce que dit le Talmud, ce que dit la loi
La Mishnah du traité Sanhedrin est claire : quelqu’un qui « joue aux dés » ne peut pas servir de témoin. Pas parce que le jeu est explicitement interdit, mais parce que le joueur professionnel « ne contribue en rien d’utile au monde. » Une autre opinion talmudique va plus loin : le jeu est une forme de vol, puisque la partie perdante renonce à son argent contre sa volonté.
Ces débats millénaires ont directement inspiré le Penal Law 5737-1977, pierre angulaire de la législation israélienne sur le jeu. L’interdiction générale comporte trois exceptions : Mifal Hapayis (la Loterie nationale, créée en 1951 pour financer la construction d’hôpitaux), l’Israel Sports Betting Board (créé en 1967), et une exemption très limitée pour les jeux de nature purement sociale.
Les sanctions sont sérieuses. Organiser un jeu prohibé : jusqu’à trois ans de prison ou 452 200 shekels d’amende. Simplement y participer : un an ou 29 200 shekels.
Le casino de Jéricho
En 1998, l’Autorité palestinienne ouvre le Casino Oasis à Jéricho. Premier grand projet de développement transfrontalier impliquant Israël, l’Autorité palestinienne et la Jordanie. 92 millions de dollars de construction. 2 800 mètres carrés de jeu, 35 tables, 220 machines à sous. Construit et opéré par Casinos Austria — une entreprise dirigée par des Juifs, choisie par l’Autorité palestinienne.
La logique est limpide : techniquement situé en territoire palestinien, le casino permet aux Israéliens de jouer sans violer formellement la loi israélienne. Selon un ancien employé, environ 6 000 Israéliens visitent le casino chaque jour. « Les Israéliens, particulièrement les Juifs religieux, adorent jouer. »
La seconde Intifada met fin à l’expérience. Des militants utilisent prétendument le casino pour tirer sur des soldats de Tsahal, qui en retour font un trou dans la façade. L’absence de visiteurs israéliens force la fermeture.
L’industrie qui contourne l’interdiction
L’interdiction a produit un effet inattendu. Israël est devenu une puissance mondiale des jeux sociaux — ces applications qui émulent l’expérience casino (poker, machines à sous, roulette, bingo) sans permettre de gagner de l’argent réel. Playtika, SciPlay, des dizaines d’autres entreprises israéliennes dominent ce marché. Selon des estimations de la presse financière israélienne, les jeux liés aux casinos représentent environ 95 % des revenus de l’industrie du jeu en Israël.
La distinction légale est subtile : on peut dépenser de l’argent réel pour acheter des jetons virtuels, mais on ne peut pas convertir les gains en argent réel. Pas de jeu d’argent — juste une simulation parfaite du jeu d’argent. Cette nuance permet à Israël de maintenir ses interdictions morales tout en exportant des milliards de dollars de logiciels de casino dans le monde entier.
L’Égypte, juste en face
Le paradoxe le plus visible se joue à Eilat. À Taba, en Égypte, juste de l’autre côté de la frontière, un casino s’adresse presque exclusivement aux joueurs israéliens. Depuis les années 1990, des propositions périodiques émergent pour ouvrir un casino à Eilat — chaque fois bloquées par l’opposition des factions religieuses.
La dernière proposition en date : réserver l’accès aux non-Israéliens seulement. Une solution créative face à une contradiction fondamentale — sauf que de nombreux Israéliens détiennent des passeports étrangers.
En 2017, la loi est mise à jour pour bloquer les sites de jeux offshore. En 2018, premiers mandats de blocage ISP contre des casinos en ligne étrangers. En 2021, la Banque d’Israël interdit aux institutions financières de traiter les transactions liées aux jeux non autorisés. L’État s’adapte — sans jamais renoncer au principe de l’interdiction.
Résultat : les Israéliens jouent. En ligne sur des sites étrangers. Dans les pays voisins. Sur des applications développées par des entreprises israéliennes vendues dans le monde entier. L’interdiction est totale et la pratique est universelle. La négociation entre le Talmud et la réalité économique continue.
Questions fréquentes
Pourquoi un casino en plein territoire palestinien était-il construit spécifiquement pour attirer des Israéliens ?
Le Casino Oasis de Jéricho (1998) exploitait un vide juridique savoureux : techniquement situé hors d'Israël, il permettait à 6 000 Israéliens par jour de contourner l'interdiction nationale. L'ironie ultime ? Il était construit et géré par une entreprise autrichienne dirigée par des Juifs, choisie par l'Autorité palestinienne elle-même.
Comment Israël est-il devenu une superpuissance mondiale du jeu… sans autoriser le jeu d'argent ?
L'interdiction a créé un angle mort lucratif : les jeux sociaux qui simulent parfaitement les casinos sans gains réels. Playtika et autres géants israéliens dominent ce marché de plusieurs milliards, exportant des machines à sous virtuelles dans le monde entier tout en respectant la lettre de la loi.
Qu'est-ce qui rend un joueur de dés indigne de témoigner devant un tribunal selon le Talmud ?
Ce n'est pas tant une question de péché que d'utilité sociale : le joueur professionnel « ne contribue en rien d'utile au monde ». Une autre interprétation va plus loin en assimilant le jeu à une forme de vol, puisque le perdant renonce à son argent contre sa volonté.
Pourquoi les Israéliens traversent-ils la frontière égyptienne juste pour jouer au casino ?
À Taba, à quelques kilomètres d'Eilat, un casino cible quasi exclusivement la clientèle israélienne. Chaque tentative d'ouvrir un casino côté israélien est bloquée par les partis religieux, forçant les joueurs à ce pèlerinage transfrontalier devenu routine depuis les années 1990.
Cette magie des grands casinos est aujourd’hui accessible pour les fêtes privées : animation casino pour réception privée, avec tables et croupiers professionnels disponibles en Île-de-France.
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Borne de la loterie nationale israélienne Mifal HaPayis, principale forme de jeu légale en Israël — Source : Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
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