Hazard : le jeu de dés médiéval qui a donné naissance au craps

Dés romains antiques

Illustration — Dés romains antiques. Photo : Rama, CC BY-SA 2.0 fr, via Wikimedia Commons.

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Au XIVe siècle, dans les tavernes d’Angleterre, les dés roulaient sur des tables de bois. Les joueurs, souvent ivres, parfois nobles, parfois misérables, hurlaient leur joie ou leur désespoir autour d’un jeu dont le nom même est devenu synonyme de danger : le Hazard. Cité par Geoffrey Chaucer dans les Contes de Canterbury, ce jeu de dés a régné sur l’Europe pendant plus de quatre siècles. Puis il a disparu, laissant sa place à un héritier plus simple, plus rapide, plus américain : le craps.

Le Hazard : un jeu né des croisades ?

Les origines du Hazard sont obscures, mais une piste domine : l’Orient. L’étymologie la plus répandue, bien que disputée, fait remonter le mot à l’arabe az-zahr, qui signifie « le dé ». L’Online Etymology Dictionary note cependant que le mot zahr est absent des dictionnaires d’arabe classique, ce qui jette un doute sur cette filiation. L’Encyclopædia Britannica, en revanche, la présente comme probable. Ce qui est sûr, c’est que Chaucer mentionne le jeu dans son Conte du Pardonneur, vers 1390, où trois ivrognes jouent au Hazard avant de partir à la recherche de la Mort. Le poète utilise le jeu comme symbole du vice et de la perdition, preuve que, déjà, le Hazard était associé à la débauche et à la ruine.

Des règles d’une complexité redoutable

Des règles d’une complexité redoutable

Charles Cotton, dans The Compleat Gamester (1674), consacre un chapitre entier au Hazard. Il l’ouvre par cette formule restée célèbre : « Hazard is a proper name for this Game; for it speedily makes a man or undoes him; in the twinkling of an eye either a Man or a Mouse ». Le jeu se joue avec deux dés. Un seul joueur, le caster, lance les dés à chaque tour. Mais avant de lancer, il doit annoncer un chiffre entre 5 et 9 : c’est son main.

Cotton détaille les règles avec une précision maniaque. Le premier lancer détermine tout :
– Si le résultat est égal au main, le caster gagne immédiatement. On appelle cela « nicker ».
– Si le résultat est 2 ou 3, le caster perd.
– Si le résultat est 11 ou 12, tout dépend du main choisi.

Si le caster n’a ni gagné ni perdu, le nombre obtenu devient son chance. Il relance alors les dés :
– S’il fait son chance, il gagne.
– S’il fait son main, il perd.
– Sinon, il relance jusqu’à ce que l’un des deux apparaisse.

Une popularité immense, malgré la complexité

Une popularité immense, malgré la complexité

Malgré ces règles labyrinthiques, le Hazard était « immensément populaire » en Europe médiévale. L’historien John Ashton, dans The History of Gambling in England (1898), consacre de nombreuses pages à ce jeu, témoignant de son emprise sur la société anglaise. Le jeu était si répandu qu’il a donné naissance à l’expression anglaise « at sixes and sevens » (être dans le désordre ou la confusion). Le Middle English Dictionary confirme que « sis and cink » (six et cinq) désignait un coup chanceux au jeu de dés.

La simplification : du Hazard au craps

La simplification est venue des États-Unis. Vers 1805, un jeune aristocrate louisianais nommé Bernard Xavier Philippe de Marigny de Mandeville introduisit le Hazard à La Nouvelle-Orléans. Il en modifia les règles : il fixa le main à 7, le choix mathématiquement optimal. Les lancers perdants (2 et 3), appelés « crabs » en Angleterre, devinrent « craps » par déformation américaine.

Cette version simplifiée séduisit d’abord les classes populaires le long du Mississippi. John H. Winn introduisit des règles équitables en 1907. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats américains popularisèrent le craps dans le monde entier.

La simplification : du Hazard au craps

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Conclusion : l’ancêtre oublié

Le Hazard est le chaînon manquant entre les jeux de dés antiques et le craps moderne. Il a traversé les siècles, les croisades, les tavernes et les clubs londoniens avant de s’éteindre, victime de sa propre complexité. Le craps, aujourd’hui, est partout. Le Hazard, lui, est le fantôme qui hante chaque table.

Le jeu d’argent comporte des risques. Jouer doit rester un divertissement. En cas de problème, contactez Joueurs Info Service au 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé).

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