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5,5%, pas 70% : ce que révèle l’étude sur 35 000 gagnants
5,5%. C’est la proportion réelle de gagnants de loterie ayant fait faillite dans les cinq ans suivant leur gain, selon l’étude la plus citée sur le sujet — pas 70%.
Publiée en 2011 dans la revue Review of Economics and Statistics, l’étude a suivi 35 000 gagnants de la loterie Fantasy 5, en Floride, entre 1993 et 2002. Le vrai résultat, pourtant, est plus dérangeant que le mythe qu’il corrige.
Comment trois économistes ont suivi 35 000 gagnants pendant une décennie
Les économistes Scott Hankins, Mark Hoekstra et Paige Marta Skiba croisent les fichiers de la loterie floridienne avec les dossiers de faillite. Ils observent chaque gagnant sur une fenêtre de dix ans : cinq ans avant le tirage, cinq ans après.
Ils comparent deux groupes : les gagnants ayant remporté entre 50 000 et 150 000 dollars, et les petits gagnants, qui ont touché moins de 10 000 dollars. Les très gros gains, au-delà de 150 000 dollars, sont volontairement exclus de l’échantillon pour éviter les cas extrêmes.
L’objectif n’est pas de mesurer la ruine spectaculaire d’un joueur isolé. Il s’agit plutôt de mesurer l’effet réel d’une somme d’argent significative sur une situation financière déjà fragile, à grande échelle, sur près de 35 000 personnes.
Fantasy 5 reste un jeu à gains modestes comparé aux jackpots multimillionnaires des grandes loteries américaines. Cette modestie en fait, paradoxalement, un terrain d’étude solide : les gagnants y sont nombreux, assez ordinaires pour représenter une population statistiquement exploitable — contrairement aux rares mégagagnants médiatisés.
Le coussin qui dure deux ans
Dans les deux premières années suivant leur gain, les gros gagnants déposent bilan deux fois moins souvent que les petits gagnants. L’argent agit, à court terme, comme un coussin protecteur évident.
Trois à cinq ans après le gain, la tendance s’inverse. Les gros gagnants deviennent plus susceptibles de faire faillite que les petits gagnants — un renversement que les chercheurs n’attendaient pas.
Lorsqu’ils en arrivent là, leur niveau d’endettement et leurs actifs nets ressemblent étrangement à ceux des petits gagnants ruinés. Le gain n’a donc rien réglé sur le fond.
Il a repoussé l’échéance de quelques années, le temps que la somme s’épuise dans des dépenses qui n’ont pas traité la cause initiale du déséquilibre financier. La faillite, une fois reportée, finit par rattraper la même proportion de gagnants, gros ou petits.
Le rattrapage que personne n’attendait
Les chercheurs en tirent une conclusion qui dépasse le seul cas des loteries. Verser une somme d’argent à une personne déjà endettée ne suffit pas à la sortir durablement de cette situation.
Le montant gagné — 50 000 dollars ou 150 000 — change presque rien à l’issue finale.
Paige Marta Skiba, l’une des autrices de l’étude, observe qu’une partie des gros gagnants utilise leur prime pour prendre des risques financiers supplémentaires. D’autres optent pour des achats de luxe plutôt que pour rembourser leurs dettes existantes. Beaucoup, selon elle, n’ont jamais acquis les compétences nécessaires pour gérer une somme aussi inhabituelle.
Les chercheurs établissent un parallèle avec les politiques publiques d’aide financière ponctuelle, comme les chèques de relance ou les aides exceptionnelles. Verser une somme unique à des ménages déjà endettés ne suffit pas, selon eux, à corriger durablement leur situation si la cause structurelle du déséquilibre n’est pas traitée en parallèle.
Les gagnants de cette étude ne sont pas des joueurs de casino. Le profil diffère : un jackpot progressif de casino touche une population de joueurs réguliers, plutôt que des acheteurs occasionnels de tickets à gratter.
Le mécanisme observé par Hankins, Hoekstra et Skiba reste transposable à toute situation de gain inattendu, casino compris. Un soutien financier ponctuel retarde un déséquilibre plutôt qu’il ne le résout, quelle que soit son origine.
Cette nuance ne dispense pas de prudence face à un gain inattendu. Elle déplace seulement le bon réflexe : interroger la situation financière de départ plutôt que se fier au seul montant reçu pour préjuger de l’issue.
L’argent, montre cette étude, ne réécrit pas une trajectoire financière : il la prolonge, dans un sens ou dans l’autre. Une soirée casino entre collègues, budget maîtrisé fonctionne sur une logique inverse. Une soirée encadrée, des jetons sans valeur réelle, un budget fixé à l’avance — où le seul enjeu reste le plaisir du jeu partagé entre collègues.
L’étude floridienne ne dit pas que gagner à la loterie ruine les gens. Elle dit presque l’inverse : ceux qui étaient déjà fragiles avant leur gain le restent souvent après. La somme reçue, 50 000 dollars ou 150 000, n’a presque rien changé à cette trajectoire de fond.
C’est une conclusion plus nuancée que le chiffre des 70%, et plus utile aussi. Elle déplace la question du hasard du gain vers la situation qui précédait ce gain.
Le vrai sujet n’a jamais été l’argent lui-même, mais ce que chacun savait déjà en faire avant qu’il n’arrive. La leçon rejoint celle du mythe des 70% : la donnée la plus citée n’est pas toujours la plus exacte.
Questions fréquentes
Quel est le vrai taux de faillite des gagnants de loterie ?
Selon une étude publiée en 2011 sur 35 000 gagnants de la loterie Fantasy 5 en Floride, 5,5% d’entre eux ont fait faillite dans les cinq ans suivant leur gain — un taux très inférieur au mythe des 70% souvent répété.
Pourquoi les gros gagnants font-ils faillite plus tard que les petits gagnants ?
L’étude montre que les gros gagnants déposent bilan deux fois moins souvent que les petits gagnants dans les deux premières années, mais davantage entre trois et cinq ans après leur gain. L’argent retarde la faillite plutôt qu’il ne l’évite.
Le montant gagné change-t-il le risque de faillite à long terme ?
Non. Les gagnants de 50 000 à 150 000 dollars qui finissent par faire faillite présentent un niveau d’endettement similaire à celui des petits gagnants ruinés. Le facteur déterminant reste la situation financière avant le gain, pas la somme reçue.
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