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15 novembre 1950, palais de justice fédéral de Las Vegas. Devant le sénateur Estes Kefauver, William J. Moore, membre de la Nevada Tax Commission, livre un fait troublant : pour recevoir les résultats des courses dans votre casino, vous deviez reverser une partie de vos gains à Benjamin « Bugsy » Siegel. Ceux qui refusaient étaient « amèrement opposés » au parrain. Siegel a été abattu trois ans plus tôt. Le race wire était peut-être le vrai mobile.
Ce qu’était le « race wire »
Avant le câble, les satellites et les téléphones portables, les bookmakers dépendaient d’un réseau télégraphique pour connaître les résultats des courses de chevaux, de lévriers, des combats de boxe et autres événements sportifs. Ce réseau s’appelait le race wire. Celui qui le contrôlait détenait une arme absolue sur les paris. Bugsy Siegel, surtout connu pour avoir bâti le Flamingo Hotel, gérait le race wire en Californie, en Arizona et au Nevada. Le contrôle du wire, c’était le pouvoir de décider qui pouvait offrir des paris sportifs à ses clients – et qui en était exclu.
Le témoignage qui accuse
William J. Moore, cadre du New Frontier, raconte devant le comité : Siegel exigeait une participation aux bénéfices des livres de courses en échange du service. La querelle menaçait de dégénérer en « bataille rangée », selon Moore. C’est à l’apogée de ce conflit, en juin 1947, que Siegel fut abattu d’une balle de fusil M1 dans la maison de sa compagne Virginia Hill à Beverly Hills. L’affaire n’a jamais été élucidée, mais le race wire figure désormais en bonne place parmi les mobiles possibles.
La réponse de l’État : la loi de 1949
Face à ces tensions, le gouverneur Vail Pittman signe en 1949 une réforme majeure : tout casino titulaire d’une licence doit avoir accès au race wire, contre un paiement standard. Fin de l’arbitraire mafieux. Mais le mal était déjà fait. Siegel était mort deux ans avant l’entrée en vigueur de la loi.
Moe Sedway, l’homme aux trois infarctus
Le comité interroge aussi Moe Sedway, ancien ami de Siegel. Le sénateur Charles Tobey (New Hampshire) lui lance une diatribe mémorable : « Vous êtes de mèche avec des gens comme Bugsy Siegel… Je considère les gens de mon État qui gagnent 2 000 dollars par an comme bien plus riches que vous. Ils ont la paix de l’esprit. » Sedway rétorque : « Voyez ce que ça m’a rapporté, sénateur : trois crises cardiaques et des ulcères. On ne devient pas aussi riche que vous le pensez. C’est du travail difficile. » Puis il ajoute : « Je reste au lit 15 ou 16 heures par jour. »
L’héritage du wire : du monopole mafieux à la régulation
Ce que révèle l’audience de Kefauver à Las Vegas, c’est la mécanique brutale d’un monopole de l’information sportive. Sans résultats en temps réel, pas de pari. Sans pari, pas de casino. Siegel avait compris cela avant tout le monde. Sa mort ouvre la voie à une régulation qui casse son outil le plus efficace. Aujourd’hui, les paris sportifs sont légaux et encadrés. Le frisson de l’anticipation se retrouve sans la violence dans des animations où le jeu reste un spectacle. C’est ce que proposent les soirée casino avec croupiers professionnels appliquées lors de soirées d’entreprise : on y joue, on y espère, mais personne n’y meurt pour un wire.
Le comité Kefauver à Las Vegas : une leçon de choses
L’audience du 15 novembre 1950 n’a pas eu le glamour des témoignages new-yorkais. Mais elle a montré, preuve technique à l’appui, comment la pègre transformait un service banal – les résultats sportifs – en machine à racket. Et comment, parfois, une balle dans la tête d’un gangster peut précéder une loi.
FAQ
Qu’est-ce que le « race wire » dans le contexte des casinos de Las Vegas ?
C’était un réseau télégraphique qui transmettait en temps réel les résultats des courses et des événements sportifs aux bookmakers. Dans les années 1940, Bugsy Siegel en contrôlait l’accès en Californie, Arizona et Nevada.
Pourquoi ce témoignage devant le comité Kefauver a-t-il été important ?
Il a révélé publiquement le lien entre le monopole du wire et le crime organisé. Cela a conduit à la loi de 1949 imposant un accès égal pour tous les casinos.
Qui était Moe Sedway et pourquoi a-t-il comparu ?
Sedway était un associé de Siegel, présent lors de la prise de contrôle du Flamingo après la mort de Siegel. Il a minimisé son rôle et évoqué ses problèmes de santé pour suggérer que le crime ne paie pas vraiment.
Questions fréquentes
Bugsy Siegel a-t-il vraiment été tué à cause d'un simple fil télégraphique ?
Le race wire n'était pas un simple fil : c'était le nerf de la guerre des paris sportifs. Contrôler ce réseau télégraphique signifiait décider qui pouvait faire fortune à Las Vegas et qui devait fermer boutique. Les conflits autour de ce monopole étaient si violents que le meurtre de Siegel en 1947 pourrait bien avoir été orchestré par ceux qui voulaient briser son emprise.
Pourquoi Moe Sedway parlait-il de ses crises cardiaques devant le Sénat ?
Face aux accusations du sénateur Tobey qui le traitait de gangster sans honneur, Sedway a tenté une défense désespérée : trois infarctus, des ulcères et 16 heures par jour au lit. Sa réponse pathétique révélait surtout que même les hommes de main de Bugsy payaient le prix fort pour ce monde de violence et de racket.
Comment une loi de 1949 a-t-elle tué le business de Bugsy… deux ans après sa mort ?
L'ironie est totale : la loi du gouverneur Pittman imposait un accès équitable au race wire pour tous les casinos licenciés, détruisant ainsi le monopole que Siegel avait bâti. Mais Bugsy était déjà sous terre depuis 1947, abattu peut-être précisément parce que son racket devenait insoutenable pour ses rivaux.
Qu'est-ce qui reliait un fusil M1 à Beverly Hills et les casinos du Nevada ?
Le 20 juin 1947, Bugsy Siegel est abattu dans le salon de Virginia Hill par une balle de M1. Ce qui relie cette scène sanglante à Las Vegas, c'est le race wire : ce système télégraphique que Siegel contrôlait d'une main de fer, au point que certains ont préféré le faire taire définitivement plutôt que de continuer à payer tribut.
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