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**18 juin 2014, Nanterre. Une quarantaine d’officiers de la police judiciaire investissent les locaux de la Direction centrale de la criminalité financière. Une quinzaine d’interpellations simultanées en France. La cible : Michel Tomi, 67 ans, cloué dans un fauteuil roulant par une sclérose en plaques, que les policiers du grand banditisme surnomment « le dernier parrain ».**
Depuis son exil doré de Libreville, dans une villa sécurisée du quartier de la Sablière, l’homme d’affaires corse a bâti en vingt ans un empire en Afrique de l’Ouest — casinos, PMU, hôtellerie, immobilier, aviation d’affaires. Ce jour-là, la France lui demande des comptes.
Voici comment un croupier de Monaco est devenu l’un des hommes les plus puissants du continent africain.
Interdit de France : la naissance d’un empire africain
Michel Tomi naît en 1947 à Alger. Il entre dans le monde des jeux comme croupier à Monaco, dans des établissements liés aux cercles corses. Il se rapproche ensuite des cercles parisiens et niçois — le même milieu que Francisci, Fratoni, les barons de la Riviera. Mais une interdiction de gestion du casino de Bandol, prononcée par les autorités françaises, lui ferme les portes du marché hexagonal. Il doit trouver une autre scène.
Au début des années 1990, il choisit l’Afrique subsaharienne francophone, où les lois du jeu sont encore à écrire et les licences s’obtiennent par des voies que la France a depuis longtemps verrouillées. Il s’implante au Gabon d’abord, puis au Mali, au Cameroun, au Congo. Il crée le groupe Kabi — une holding tentaculaire : casinos, machines à sous, paris mutuels, BTP, hôtellerie, et une compagnie d’aviation d’affaires baptisée Afrijet, dont les jets transportent régulièrement des chefs d’État. Tomi lui-même reconnaît gagner deux millions d’euros par mois. Il est devenu l’un des hommes les plus riches du continent.
La Corsafrique : présidents, jets privés et caisses noires
Son ascension repose sur un système précis. Tomi noue des liens personnels avec les présidents africains : Omar Bongo, puis son fils Ali au Gabon ; Ibrahim Boubacar Keïta au Mali. Le mécanisme est rodé : en échange de concessions de jeux et d’avantages commerciaux, Tomi prend en charge les dépenses des chefs d’État lors de leurs séjours en France — hôtels de luxe, vols en jet privé, virées shopping pour leurs proches. La police le surnomme le parrain des parrains. Il ne le nie pas.
Les écoutes téléphoniques publiées par Mediapart révèlent l’intimité de ces liens. On entend les présidents plaisanter avec lui, évoquer ses surnoms, traiter les affaires d’État comme des conversations entre amis. La Corsafrique — ce mélange de grand banditisme, de diplomatie occulte et d’argent du jeu — fonctionne à plein régime. En 2008, une première condamnation tombe : quatre ans de prison dont deux ferme, 150 000 euros d’amende, pour corruption active dans l’affaire du casino d’Annemasse — le même dossier où son ami Charles Pasqua est impliqué. En 2013, la justice monégasque ajoute 18 mois avec sursis et 500 000 euros d’amende pour blanchiment.
Le coup de filet de 2014 et le non-lieu surprise
Le coup de filet de juin 2014 ouvre une information judiciaire pour blanchiment aggravé en bande organisée, corruption d’agents publics étrangers, abus de confiance et trafic d’influence. Les charges sont lourdes. L’affaire semble terminée pour Tomi.
Cinq ans plus tard, surprise : les charges les plus graves sont abandonnées. Le juge d’instruction rend une ordonnance de non-lieu, faute d’éléments suffisants. Tomi échappe au procès. Il plaide coupable pour complicité et recel d’abus de biens sociaux — une commission illégale de 1,6 million d’euros sur un contrat d’achat de vedettes par l’État gabonais. En décembre 2018, audience expéditive de vingt minutes : un an de prison avec sursis, 375 000 euros d’amende. Le groupe Kabi continue d’exister.
L’héritage : la dernière génération
Michel Tomi est la dernière figure d’une longue séquence. Francisci avait les réseaux gaullistes et la SAC. Fratoni avait Jacques Médecin. Tomi a eu les présidents africains et Charles Pasqua. Chaque génération a trouvé son parrain politique, sa zone grise, son continent de repli quand la France se refermait.
Ce qui change avec Tomi, c’est l’échelle. Francisci opérait sur la Riviera. Tomi a opéré sur un continent entier. L’argent des casinos africains a financé des campagnes électorales, des infrastructures d’État, des flottes de jets privés. Le modèle de la Corsafrique a atteint une dimension que même les grands parrains des années 1960 n’auraient pas imaginée.
Ce que ces empires illustrent — le casino comme instrument de pouvoir autant que de jeu — a laissé une empreinte durable dans l’imaginaire collectif. Aujourd’hui, cet univers s’exprime dans un cadre radicalement différent : celui d’une soirée casino entreprise, où la tension des mises et la mécanique des tables restent entières, sans les arrière-cours qui les ont longtemps accompagnées.
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FAQ
**Pourquoi Michel Tomi a-t-il été interdit de gestion de casino en France ?**
Dès ses débuts dans le milieu des jeux, Michel Tomi a fait l’objet d’une interdiction de gestion du casino de Bandol, dans le Var. Cette sanction l’a poussé à orienter ses activités vers l’Afrique subsaharienne, où il a bâti son empire via le groupe Kabi. Il est depuis persona non grata dans le secteur des jeux en France métropolitaine.
**Qu’est-ce que le groupe Kabi ?**
Kabi est la holding créée par Michel Tomi, regroupant ses activités en Afrique de l’Ouest : casinos, PMU au Gabon et au Cameroun, machines à sous, BTP, hôtellerie, immobilier et aviation d’affaires via la compagnie Afrijet. Afrijet transporte régulièrement des chefs d’État africains. Le groupe continue d’exister après les condamnations de Tomi.
**Quel est l’héritage de Michel Tomi dans l’histoire du grand banditisme corse ?**
Tomi incarne la dernière génération de la Corsafrique — ce réseau mêlant clans corses, dirigeants africains et hommes politiques français. Condamné à plusieurs reprises mais absous des charges les plus lourdes, il représente l’aboutissement d’un modèle né avec Francisci dans les années 1960 : utiliser l’argent des casinos pour financer des réseaux d’influence politique, en cherchant toujours un nouveau territoire quand le précédent se referme.